Alejandro González Iñárritu, on ne l’avait pas revu depuis 2022 et sa comédie dramatique Bardo sur Netflix. Le revoilà, cette fois-ci, sur grand écran, avec une comédie satirique très attendue, emmenée par l’iconique Tom Cruise, la bien nommée Digger. Focus sur une étonnante proposition qui va incontestablement diviser les critiques et le public.
Synopsis : L’homme le plus puissant au monde se lance dans une mission effrénée pour s’ériger en sauveur de l’humanité avant que la catastrophe, qu’il a lui-même déclenchée, n’anéantisse la planète.
Digger : des montagnes russes
Digger ne va clairement pas créer un consensus. Alejandro González Iñárritu propose ici un long-métrage qui ne mettra absolument personne d’accord. Une œuvre excentrique, tantôt géniale, tantôt boursouflée, tantôt bavarde, tantôt incroyablement pertinente. Un film qui se fiche de la bien-pensance, des mœurs cinématographiques, et qui cherche, avant tout, à diviser, à l’instar de son personnage principal, à la fois insupportable et pourtant, par moments, par fulgurances, étonnamment attachant.
ATTENTION SPOILERS :
Une double casquette qui prend place grâce au récit d’Alejandro González Iñárritu. Un double récit entre fiction et réalité, dans deux (fausses) temporalités différentes, dans lequel Tom Cruise incarne un double personnage : Digger. Un entrepreneur imbuvable, carricature de Donald Trump, stupide, goujat, inconscient, imprudent, égoïste, un magnat du pétrole, qui surfe sur une société dépendante des énergies fossiles tel un être profondément répugnant. Et qui, pourtant, est un élément indispensable au confort des petites gens.

De l’autre il y a le comédien qui incarne Digger sur scène. Un miroir de Tom Cruise, un artiste torturé, qui essaye de trouver sa place dans une société en perdition où l’art est l’un des derniers bastions pour la liberté dans un monde en pleine décrépitude. Parce que oui, Digger propose un film dans le film. Et sans en dire davantage, cette mise en abyme prend son sens au fur et à mesure que le récit avance.
Au départ, on pourrait croire à un procédé artificiel, une manière pour Alejandro González Iñárritu de simplement se distinguer de ses pairs d’une manière insolente et pas franchement pertinente. Et pourtant, plus le film avance, plus le récit prend sens, jusqu’à une conclusion perspicace, qui fait un point pragmatique et dramatique sur l’état écologique de notre pauvre planète Terre.
FIN DE SPOILERS.
Digger : fatiguant et passionnant
Au départ, Digger va clairement vous intriguer et vous fatiguer. Alejandro González Iñárritu va briser la continuité de son récit via des procédés méta inattendus et pas franchement adéquats. Finalement, l’intrigue va se révéler petit à petit et justifier ces ruptures de ton. Des ruptures de ton, qui, dans un premier temps, ne permettent pas aux spectateurs de réellement s’imprégner des personnages, du récit, des décors et des éléments scénaristiques.

Et malgré quelques fulgurances exceptionnelles, quelques monologues déjà cultes (Tom Cruise pendant le procès), le film se vautre souvent dans une complaisance artistique et un bavardage éreintant. Encore une fois, cette approche prend tout son sens dans les derniers instants du métrage. Comme si Alejandro González Iñárritu avait confiance en son audience. Une audience qu’il met volontairement à mal, qu’il fatigue pour ensuite la libérer à travers une conclusion culte. Un public qu’il ne prend pas pour un con, en qui il a confiance pour capter l’essence de sa proposition.
À travers une mise en scène qui rappelle énormément le cinéma de Wes Anderson, faite de décors théâtraux, d’accessoires volontairement kitsch, de gros plans sur des visages excentriques et caricaturaux, de voix off interminables et de plans symétriques propres au réalisateur de The Grand Budapest Hotel, Digger veut confronter la fiction et la réalité. Il questionne notre société moderne et ses abus. Jusqu’où les puissants de notre monde iront-ils pour étancher notre soif de confort ? Jusqu’où notre société va-t-elle pousser la Terre dans ses retranchements les plus dangereux ?

Digger est une œuvre profondément écologique, qui vient questionner notre approche politique, économique, et personnelle de l’écologie. Ou comment notre mode de consommation va mener notre belle planète bleue à sa perte ? Par le biais d’une fiction réaliste, d’une fausse catastrophe naturelle qui aurait pu ou pourrait arriver dans les prochaines années, Alejandro González Iñárritu utilise la fiction pour parler de la réalité. L’art, le cinéma, le théâtre comme vecteurs d’informations, de mise en garde, de rappel, mais aussi de célébration. Une collision de deux mondes qui est sans doute le nerf de Digger.
Bref, Digger est une œuvre assez complexe à analyser, qui va clairement diviser le public et la critique. Une œuvre excentrique, bavarde, fatigante, aux fulgurances géniales et à la conclusion extrêmement intelligente, mais indéniablement entière. Quant à Tom Cruise, il offre une des meilleures prestations de sa carrière.
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!["Digger" : une proposition excentrique qui va diviser le public [critique]](https://cultea.fr/wp-content/uploads/2026/09/Digger_film_2026.jpg)

