Canada : la crise du verglas de janvier 1998

Canada : la crise du verglas de janvier 1998 - Cultea

En janvier 1998, l’Amérique du Nord fait face à la pire catastrophe naturelle jamais connue de l’histoire canadienne. La crise du verglas est une crise sans précédent, paralysant tout le sud du Québec, faisant de la région une véritable mer de glace. Cette dernière aura nécessité une forte mobilisation de la population, en plus de celle de l’armée.

Les festivités de la nouvelle année 1998 sont coupées court, tandis qu’une tempête de neige s’abat en Amérique du Nord. Une tempête qui résulte des courants d’air chaud à basse pression du golfe du Mexique combinés aux courants d’air froid à haute pression de l’Arctique. Ainsi, du 4 au 10 janvier, des granules glacés de 100mm provenant de la pluie verglaçante vont foudroyer le sud du Québec.

La violence de la crise du verglas

Les premiers dégâts matériels

Cette pluie verglaçante cause de nombreux dégâts dans les villes. A Montréal, par exemple, des dizaines de milliers d’arbres sont gelés et les branches s’écrasent au sol. Ces dernières tombent également sur les voitures et sur les toits des maisons. Le gel s’attaque au réseau électrique : des fils électriques extrêmement lourds pendent désormais dangereusement à quelques mètres du sol. En Montérégie, des pylônes censés être indestructibles succombent au froid. 3 000 kilomètres de lignes électriques d’Hydro-Québec s’écroulent, plongeant la moitié du Québec dans le noir.

« Tous les pylônes en Montérégie étaient couchés. C’était comme un jeu de Meccano qui s’était écroulé. Du métal tordu jonchait le sol, comme si le secteur avait été bombardé. »

Pierre-Yvon Bégin, rédacteur en chef du quotidien La Voix de l’Est

Si le premier jour engendre la tombée des poteaux électriques, ainsi que le décrochage des câbles, le deuxième jour ne calme pas le jeu. Les pannes électriques s’étendent désormais à des milliers de foyers. Des centres d’hébergement d’urgence sont ouverts par le ministère de la Santé publique, en collaboration avec les municipalités. 434 refuges pour les sinistrés seront ouverts pendant la crise : plus de 140 millions de personnes y dormiront au moins une fois.

L’impact de la crise du verglas sur la population

La population est prisonnière de cette tempête de glace. 19% de la population active du Québec ne peut pas se rendre au travail, soit 2,6 millions de personnes. De nombreuses institutions sont impactées et paralysées, comme des institutions financières, des raffineries de pétrole ou également des hôpitaux, qui verront leurs services fortement réduits.

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La ville est paralysée par le verglas et la population peine à se déplacer.

Des propriétaires de vaches laitières sont également impactés et rencontrent de grandes difficultés lorsque leur réseau électrique tombe en panne. Les usines de transformation de lait sont fermées et les vaches tombent malades. Ce sont plus de 10 millions de litres de lait qui ont dû être jetés, dont la valeur s’élevait à 5 milliards de dollars. On estime qu’il faudra plusieurs décennies pour que l’industrie se remette des dégâts économiques causés par la crise.

La mobilisation de l’armée

La déclaration d’Etat d’urgence dans plusieurs municipalités entraîne le déploiement de l’armée canadienne par le gouvernement fédéral, pour venir en renfort de la population. « L’opération de récupération » mobilisera plus de 15 000 militaires, déployés entre le Québec et l’Ontario. Il s’agit du déploiement militaire le plus important en temps de paix de l’histoire canadienne.

« L’arrivée de l’armée a envoyé un signal de grande mobilisation sociale. Ça a rassuré des gens et en même temps, ça les a inquiétés. Dans le sens où ils se disaient : « eh ! attends une minute, si on doit faire appel à l’armée, c’est que ça va vraiment mal ». »

Luc Boileau, directeur de la santé publique de la Montérégie

Ainsi, l’armée mène les travaux d’Hydro-Québec dans la réparation du réseau électrique. Les soldats nettoient les débris, évacuent la population et fournissent du matériel. En ces temps de crise, ils se verront même attribuer les pouvoirs des gardiens de la paix.

« On avait acheté une centaine de scies à chaîne pour permettre aux soldats de couper les arbres et rétablir la circulation. »

Gaston Côté, brigadier général à la retraite

Les jours qui suivent, Hydro-Québec demande aux soldats de jeter des billots de bois du haut d’un hélicoptère sur les pylônes pour briser la glace qui les recouvrait. De fait, la situation était si inédite et désespérée qu’ils étaient prêts à tout. L’électricité manquait et cela devenait de moins en moins gérable.

« Nos troupes de reconnaissance avaient comme mandat de cartographier tous les endroits où il n’y avait pas d’électricité, car Hydro-Québec n’était plus en mesure de le faire. Les lignes téléphoniques classiques étaient tombées. Les antennes cellulaires étaient encombrées de 6cm à 10cm de glace et n’étaient plus capables de transmettre le signal. »

Gaston Côté

La fin de la crise

Après la tempête de glace, il faudra encore des semaines pour que le réseau électrique soit entièrement restauré. De fait, en attendant, le Premier ministre de l’époque appelle à la solidarité. Les habitants pourvus d’électricité sont appelés à accueillir des personnes qui n’en ont pas. Une réelle mobilisation se crée au sein de la population. Les Canadiens échangent du bois de chauffage et des génératrices. Heureusement pour eux, les températures suivant la tempête étaient « correctes », avoisinant les 10 degrés.

« Ça travaillait de jour et de nuit. Tu finis ta journée, tu prends tes huit heures de repos, t’es déjà prêt à recommencer. Tout ça se met à décongeler, ce qui fait qu’on a les pieds dans l’eau. On revient le soir, on est mouillé des pieds à la tête. »

Dany Pineault

Malheureusement, cela n’aura pas épargné la vie d’une trentaine de personnes. Certains furent intoxiqués par une mauvaise qualité de chauffage, d’autres périront d’hypothermie ou d’une mauvaise chute. Par ailleurs, les éleveurs devront se résoudre à abattre leur bétail, tombé malade. Cependant, de la prévention se fait en Montérégie. Des policiers et militaires frappent à plus de 500 000 portes pour s’assurer que tout va bien. Grâce à cette opération, des vies seront sauvées.

Ainsi, après plus d’un mois de sinistre, le réseau électrique sera réparé. Malgré cela, cette crise du verglas deviendra l’une des catastrophes les plus coûteuses de l’histoire canadienne. De fait, selon le Conference Board du Canada, les pertes de l’économie canadienne se sont élevées à 1,6 milliard de dollars. De plus, des recherches effectuées après la catastrophe ont démontré la possibilité inquiétante d’un lien entre celle-ci et le changement climatique.

 

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