La trilogie « The Dark Knight » par Christopher Nolan : la renaissance de la légende

La trilogie « The Dark Knight » par Christopher Nolan : la renaissance de la légende

La trilogie de Christopher Nolan a marqué durablement le monde super-héroïque du milieu des années 2000. En revenant à des origines plus introspectives en 2005, puis en redéfinissant le box-office en 2008 avec The Dark Knight et en se concluant plus ou moins bien au début des années 2010, cette trilogie fait partie des références des adaptations cinématographiques du monde des comics.

Aux origines du mythe

Au début des années 2000, la marque Batman au cinéma n’est pas au beau fixe. Malmenée par la sortie de Batman & Robin en 1997, les studios Warner préfèrent mettre au placard toute éventualité de suite. En coulisses, les discussions demeurent. Il y aura bien une possibilité de reprise en main par Darren Aronofsky avec une approche beaucoup plus sombre et radicale du Chevalier Noir mais cela n’aboutira pas.

En 2003, Christopher Nolan est rattaché au projet de réadaptation. Le réalisateur s’est fait connaître avec la sortie de Memento en 2000 qui nous plongeait dans la psyché de son protagoniste amnésique, caractéristique reprise dans la structure même de sa narration. Au vu de son pedigree, l’approche semble se tourner vers un côté plus réaliste et plus terre-à-terre du héros.

Le projet commence à prendre forme avec le recrutement de David S. Goyer, scénariste de comics, à l’écriture. Le casting se met en place avant le tournage qui débutera en 2004 pour viser une sortie courant 2005. Des premières images sont dévoilées et annoncent la rupture de ton avec les précédentes réalisations. Ici, place à l’introspection et aux origines plus urbaines. Le film sort durant la saison estivale de 2005 et même s’il ne rencontre pas un succès retentissant, il reste rentable et rassure Warner dans leur volonté de relancer la franchise au cinéma.

Parce qu’il y avait fort à faire pour faire revenir les gens en salles pour voir un nouveau Batman. C’est ce qui nous marque en premier en voyant cette réintroduction. Fini les pirouettes, l’humour léger et les méchants hauts en couleur. Batman Begins s’intéresse à toute la psychologie du personnage, à ses tourments et à ses propres peurs. Ces thématiques deviennent la source principale du scénario de cette réinvention.

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On nous fait donc découvrir un Bruce Wayne enfermé dans une prison quelque part en Asie avant sa rencontre avec Henri Ducard. Cette introduction montre déjà l’intention derrière ce nouveau volet. Beaucoup plus humanisé, plongé dans un monde poisseux, Bruce Wayne y est dépeint comme un simple être humain qui affrontera ce qui le terrifie pour sauver Gotham de sa propre destruction. Il sera pour cela entouré de nombreux alliés et amis dans sa quête.

C’est l’une des plus grandes forces de Batman Begins. On a affaire ici à un casting quasiment impeccable. Michael Caine incarne un Alfred bienveillant et ne manquant pas d’auto-dérision tout en y procurant la sagesse nécessaire pour soutenir Bruce dans sa mission. Gary Oldman apporte dans le rôle de James Gordon tout ce qui manquait au personnage dans les précédents films : de la caractérisation. Il représente ce qu’il reste de la vertu de cette police corrompue par la pègre et devient le bras droit de Batman au fur et à mesure du film.

Morgan Freeman amène tout son charisme dans les brèves scènes où il apparaît, rendant ce Lucius Fox attachant. Il n’y a que Katie Holmes qui ternit l’ensemble du tableau en donnant l’impression de ne jamais savoir sur quel pied danser avec son personnage, la transformant en simple love interest.

Du côté des antagonistes, Cillian Murphy arrive à transmettre toute la folie et la démence sous-jacente de Jonathan Crane mais Liam Neeson finit par lui voler la vedette avec son interprétation de Ra’s Al Ghul, pleine de sobriété et dressant un portrait plein de complexité.

Concernant le rôle principal, Christian Bale n’est pas écrasé par le poids du rôle et s’en sort admirablement en tant que Bruce Wayne. Il propose une interprétation singulière du Chevalier Noir avec un ton de voix qui fait encore débat aujourd’hui mais qui fonctionne avec le ton du film. En parlant du héros, le costume est réussi ainsi que son utilisation tout le long du film. A chacune de ses brèves apparitions, il y amène une prestance et une menace réelle face à la pègre de Gotham.

Cependant, la réalisation des scènes d’action ne permet de le rendre totalement iconique. Quelque peu foutraque par moment, ces dernières ne possèdent pas une lisibilité assez claire pour comprendre ce qui s’y passe. Cela confirme que Nolan n’a pas l’habitude de ce genre de productions et n’a pas encore la pleine maîtrise de ses moyens à ce niveau-là.

Néanmoins, pour ce qui est du reste, le réalisateur s’en sort plutôt bien. La ville de Gotham City possède sa propre personnalité à travers ses rues malfamées et offre une vision intrigante qui rejoint les thématiques abordées.

Le tout est joliment englobé par la bande originale du duo Hans Zimmer/James Newton Howard. Ils réussissent à proposer un thème puissant et entraînant pour Batman, même si l’ombre du thème intemporel de Danny Elfman est toujours présente. C’est plutôt durant les parties plus intimistes que le duo réussit à nous marquer. Au passage, saluons le clin d’œil fait dans l’ordre des titres où les premières lettres des pistes 4 à 9 forment un nom très reconnaissable.

Batman Begins est ainsi une franche réussite et une réinterprétation intéressante du Chevalier Noir. Elle sert ainsi d’introduction à ce que la trilogie arrivera à offrir dans son second volet.

La légende et sa némésis

Après le succès modeste mais réconfortant de Batman Begins, le chantier de sa suite débute dès l’année suivante. Ce chantier est de taille avec l’annonce du retour du Joker sur grand écran. Ce sera Heath Ledger qui l’interprètera, ce qui amène un flot de réceptions négatives sur Internet qui est malheureusement devenu la norme aujourd’hui. Peu importe, le choix est fait et la production continue.

Pendant ce temps-là, la promotion est au plus haut. Les studios sentent le potentiel et veulent en tirer le plus de profit.  Une première bande-annonce très cryptique est également dévoilée au même moment, avec à l’écran un symbole qui se fragmente petit-à-petit et en fond une discussion entre Bruce et Alfred finissant par le rire du Joker. Un site Internet apparaît et tourne autour de l’antagoniste principal, ce qui débouchera sur une flopée d’autres sites avec en toile de fond un jeu de pistes pour y découvrir d’autres contenus. La campagne promotionnelle est officiellement lancée et les attentes s’en font ressentir.

Le film, intitulé The Dark Knight, sort en 2008 et frappe un grand coup dans le box-office en atteignant le milliard, ce qui n’avait été fait que trois fois auparavant. On comprend pourquoi pendant le visionnage. Cela est en grande partie dû à la présence du personnage du Joker. Heath Ledger est à deux cents pour cent dans le rôle. Ses mimiques, sa personnalité et ses différentes apparitions habitent le film comme on l’a rarement vu dans un film de super-héros.

Sa crédibilité le rend encore plus fascinant. Il pourrait très bien se retrouver transposé facilement dans le monde réel tant il représente cette nouvelle forme d’imprévisibilité que le monde de 2008 vivait face au terrorisme. Ce n’est pas pour rien que l’acteur reçut à titre posthume l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle masculin. Malheureusement décédé avant la sortie du film, il ne verra jamais sa prestation à l’écran.

L’arrivée de ce personnage permet de proposer un scénario à la hauteur de son interprétation. Il tire les ficelles de l’intrigue durant l’intégralité du long-métrage en ayant toujours une longueur d’avance sur les autres, amenant à une conclusion très amère le rendant victorieux. Un choix très audacieux mais en adéquation avec cette recherche de réalisme voulu par son réalisateur.

Ici, la production fait le choix de rendre Gotham City encore plus réaliste que possible en faisant omission de la vision offerte dans Batman Begins. Est-ce un mal pour un bien ? Pas vraiment car la ville finit par devenir une Chicago transposée à l’écran, ce qui fait perdre le charme qu’elle avait précédemment.

Concernant le reste du casting, il est dur de se démarquer face à cette nouvelle incarnation du Joker mais certains arrivent à s’en dépêtrer. Aaron Eckhart est certainement celui qui s’en sort le mieux en proposant un Harvey Dent jouant avec les limites de la justice jusqu’à finalement y plonger à jamais. Cette dualité est la plus grande réussite de cette interprétation et permet à l’acteur de montrer tout son talent.

Le reste du casting reste toujours impeccable malgré une Rachel Dawes toujours écrite avec une ambition moindre que pour les autres. Malgré le remplacement de Katie Holmes par Maggie Gyllenhaal, cette dernière n’arrive pas à insuffler le souffle qui permettrait au personnage de s’émanciper de son écriture hasardeuse.

Le personnage qui souffre le plus de l’aura du Joker est certainement son personnage principal. Bruce Wayne devient la victime de ses machinations et n’arrive jamais à sortir de ce statut. Cela n’est pas un défaut en soi que le personnage soit ombragé par son propre vilain car son développement tourne autour de cette obscuration inattendue. Il reste toutefois difficile de se démarquer avec ce genre de caractérisation.

Christian Bale prouve encore une fois qu’il restera dans les mémoires comme une des meilleures incarnations de Bruce Wayne tant il réussit à assimiler tout ce qui fait le sel du personnage. Pour son alter ego, c’est une autre histoire. Cette voix enrouée dessert parfois son interprétation, même si la scène de l’interrogatoire deviendra le pinacle de cette trilogie.

Le duo Zimmer/Newton Howard est encore aux commandes de la composition musicale et reprend les thèmes écrits dans Batman Begins tout en les peaufinant. L’un des tours de force de cette bande originale se trouve dans le travail des thèmes d’Harvey Dent et du Joker. Tandis que l’un représente une certaine élégance et droiture, le second est désaccordé et dérangeant. Cette dichotomie finit par changer au fur et à mesure de la descente en enfer d’Harvey, rejoignant la volonté du Joker de le modeler à son image.

Ce second volet est porté par un Heath Ledger au sommet de son talent et par un scénario malin qui joue habilement avec les autres protagonistes. Sa conclusion qui voit ses héros chuter provoquera de grandes attentes pour sa suite.

Symbole et héritage

On ne saura jamais ce que la conclusion de cette trilogie voulait réellement aborder. Il y avait l’idée d’un procès du Joker mais le décès d’Heath Ledger fait rebattre toutes les cartes. Christopher Nolan et son frère Jonathan, en charge de l’écriture de ce troisième volet, décident de revenir vers les antagonistes de Batman Begins.

La Ligue des ombres reviendra avec à sa tête le personnage de Bane. Il sera incarné par Tom Hardy, qui est alors en pleine ascension à Hollywood. Selina Kyle apparaîtra également sous les traits d’Anne Hathaway. D’autres acteurs sont annoncés au casting, comme Joseph Gordon-Levitt et Marion Cotillard dans des rôles inédits.

Les attentes sont démesurées face au statut de film culte acquis par son prédécesseur ainsi que les différentes déclarations l’annonçant comme étant le dernier film de la trilogie avec un budget estimé à plus de 200 millions de dollars. Ce troisième volet, nommé entretemps The Dark Knight Rises, débarque au cinéma durant l’été 2012. Même si l’engouement est moins puissant que le volet de 2008, le film réussit à atteindre la barre symbolique du milliard et à asseoir Christopher Nolan comme le nouveau grand nom du cinéma hollywoodien.

Analyser The Dark Knight Rises n’est pas chose aisée. Coupé dans ses plans initiaux par la mort prématurée d’un de ses acteurs, le film a forcément dû être refaçonné. Les pressions d’un studio qui voulaient capitaliser sur cette nouvelle poule aux œufs d’or n’ont certainement pas dû aider d’où probablement cet aspect fragmenté à l’écran.

L’introduction reprend quelques années après la fin de The Dark Knight et nous fait découvrir un Bruce Wayne emprisonné dans sa propre culpabilité. Ayant raccroché la cape, il se morfond dans le Manoir Wayne avant de se voir forcé de remettre le costume face à l’arrivée d’une nouvelle menace.

On a ici une des qualités de ce troisième volet. On développe les conséquences de l’intrigue du précédent film et on y va même encore plus loin via la relation entre Bruce et Alfred. Ce dernier y connaît un développement beaucoup plus en profondeur avec des choix scénaristiques intéressants, sublimé par Michael Caine devenu maître dans le jeu du « less is more ».

On constate également que les figures du passé commencent à vaciller et que le poids de leurs choix se fait ressentir, à l’image d’un Bruce Wayne vieillissant et d’un Gordon diminué. Leur humanité en transparaît un peu plus ainsi que le réalisme de cet univers où les failles ne sont pas omises.

L’arrivée de nouveaux personnages renforce d’autant plus ces remises en question. Bane en est l’archétype principal pendant un temps avec un Tom Hardy impressionnant de stature mais dont la voix est difficile à entendre. Cela a même dû être retouché durant la post-production car le masque empêchait l’entière compréhension de ses répliques.

Le personnage de Selina Kyle, interprété brillamment par Anne Hathaway, représente aussi cette vision en étant l’incarnation d’une ville délaissée par ses grandes figures et qui retombe dans ses travers d’antan. Malgré tout, l’espoir demeure via John Blake, jeune officier bercé par le message prodigué par les actions du commissaire Gordon et de Batman.

À partir du climax de la première partie, l’ensemble finit par vite retomber et par s’enfermer au sein d’un scénario aux nombreux rebondissements douteux. Il reste néanmoins une force vitale qui nous tient en haleine, que ce soit la scène d’ascension du puits ou le retour de Batman dans une Gotham City en quarantaine.

Toute cette partie maladroite est facilement imputable à un personnage, celui de Miranda Tate. Ce n’est pas l’interprétation de Marion Cotillard qui est le principal défaut, même si l’actrice semble avoir l’air de ne pas savoir quoi faire avec le rôle. Non, le principal défaut réside dans sa caractérisation. Reliant beaucoup trop de liens avec les précédents évènements de la trilogie, Miranda Tate finit par desservir le récit principal et décrédibilise le pauvre Bane qui redevient un simple subalterne. Elle n’arrive jamais à créer sa propre personnalité et n’est qu’une simple passerelle pour réintroduire certains éléments.

C’est peut-être là que l’on décèle les limites du réalisme recherchée par cette trilogie. En voulant être trop terre-à-terre, il devient difficile de rendre le tout crédible, à l’image d’un final qui questionne encore aujourd’hui. Malgré cela, le divertissement est toujours là et l’attachement des créateurs envers ses personnages également. Hans Zimmer délivre de son côté une bande originale dans la lignée de ses précédentes productions mais l’absence de sensibilité, due au départ de James Newton Howard, se ressent vite.

Cette conclusion arrive malgré tout à s’en sortir avec les honneurs. Elle pavera ainsi la voie vers une refonte de l’univers sous l’égide d’un autre créatif

La trilogie The Dark Knight par Christopher Nolan aura refaçonné l’industrie du cinéma. Après un nouveau départ discret mais prometteur, sa suite aura bousculé les codes afin de les redéfinir pour les années à venir. Sa conclusion, malgré sa qualité moindre, aura permis d’apposer un point final à l’ensemble de ces créations et d’asseoir cette trilogie comme une figure incontournable du cinéma hollywoodien.

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