L’Odyssée, récit culte de l’aède Homère, se voit gratifier d’une nouvelle adaptation cinématographique sous la houlette de Christopher Nolan. Réussit-il à ouvrir son cinéma vers de nouveaux horizons ?
L’ambition d’un projet risqué
À l’annonce du prochain projet du réalisateur, beaucoup d’interrogations émergeaient. Avait-il les épaules pour porter une histoire aussi épique au sein d’une vision beaucoup plus terre-à-terre et cérébrale ? Surtout que l’annonce du casting et des différents lieux choisis affirmaient une volonté d’aller aussi loin que possible dans un grand spectacle affirmé. Qu’avons-nous à l’arrivée ? Du bon et du moins bon.
Premièrement, cette balance se ressent du côté des actrices et acteurs présents dans le film. Au vu de la forte présence de noms connus, on se demandait si leurs apparitions n’allaient être que de simples passages sans véritable matière de jeu. Certains n’y échappent pas, comme une Mia Goth visiblement sacrifiée au montage et une Zendaya qui semble jouer la même expression durant l’entièreté du film, mais qui est sauvée par le rebondissement final autour de son personnage. D’autres se démarquent malgré un temps d’écran limité, à l’image d’un Robert Pattinson dans un rôle aussi cruel que ridicule.

Pour ce qui est du casting principal, Matt Damon fait le nécessaire pour s’affirmer dans le rôle mais rien d’exceptionnel ne s’en dégage réellement. Du côté des personnages principaux d’Ithaque, nous avons d’un côté un Tom Holland qui semble emprisonné par sa propre persona et qui n’arrive pas à faire ressurgir le personnage qu’il interprète et de l’autre une Anne Hathaway impériale. Elle porte chacune de ses scènes et fait ressortir toute l’émotion brute du long-métrage. Elle est possédée par le rôle de Pénélope et imprègne de son charisme chacune de ses apparitions.
Le reste du film est à l’image de son casting : ambitieux mais inégal. On retrouve ce déséquilibre dans les différentes séquences de L’Odyssée. Après une introduction qui s’embourbe dans son propre concept de casser la structure temporelle de son récit, on commence à suivre les aventures d’Ulysse à la suite du sac de la ville de Troie. Certaines séquences n’ont malheureusement pas la substance ou le temps de montrer un quelconque potentiel.

La rencontre avec le Cyclope est complètement dénaturée de tout propos et offre un spectacle terne malgré un visuel alléchant. Le montage n’aide pas en nous déboussolant pendant les phases d’action. Le travail sonore finit par nous achever avec un son parfois saturé que l’on retrouvera malheureusement durant certains passages qui suivront jusqu’au générique de fin.
Néanmoins, certains moments nous marquent considérablement. Que ce soient les phases navales intenses, les lieux emblématiques avec une certaine recherche visuelle et structurelle ou ce qui est fait autour de la figure d’Agamemnon, le film ne nous laisse pas indifférents. Et la séquence avec Circé témoigne d’une véritable volonté de varier les genres et de le faire avec brio dans ce cas précis.
Quand on compare tout cela avec ce qu’a fait le cinéaste par le passé, on peut clairement affirmer qu’il sort de sa zone de confort. Il essaie à son échelle de faire ressurgir tout ce qui fait la puissance de ce récit millénaire tout en n’oubliant pas d’inscrire sa propre interprétation en son sein.

L’humanité d’Ulysse, point d’orgue du film
Christopher Nolan n’a jamais cherché à rendre épique ce qu’il adaptait. Sa volonté première a toujours été d’ancrer ses personnages dans une réalité concrète et terre-à-terre. C’est ce qui l’a fait connaître mondialement avec la trilogie autour du Chevalier Noir centrée sur l’humanité de son personnage et le symbole de son alias super-héroïque. Cette recherche constante dans un semblant de réalisme avait même atteint son paroxysme avec Tenet, où le réalisateur admettait lui-même avoir atteint ses limites en nous demandant de ressentir les choses plutôt que d’y réfléchir.
Les fêlures humaines ont toujours intéressé le cinéma de Nolan comme l’a prouvé Oppenheimer, sa dernière réalisation jusqu’à aujourd’hui. Ici, elles deviennent le cœur même de son récit par le biais d’Ulysse. Ce ne sont pas les traits distinctifs de ce personnage qui l’intéressent. La ruse, l’intelligence et la sagesse d’Ulysse sont mises de côté pour faire ressortir un homme brisé par des années de guerre et ayant perdu ce qui faisait son humanité.

Son retour en Ithaque devient donc un voyage initiatique pour retrouver cette âme perdue et chercher un pardon inespéré. C’est là où le film frappe fort et finit par nous attacher émotionnellement au personnage. En désacralisant l’épopée qui constitue la clé de voûte de l’œuvre d’Homère, Nolan en fait ressurgir toute son humanité. Même si la musique de Ludwig Göransson se perd dans son propre design sonore pendant la majorité du film, elle offre tout de même ce qu’il faut durant sa conclusion salvatrice où Ulysse se réconcilie avec son lui du passé.
Un des éléments qui fonctionne également se situe dans les séquences durant le siège de Troie, plus particulièrement ce qui est fait autour des soldats assiégeant la ville. Il y a notamment les scènes à l’intérieur du cheval, où la focale se fait sur des hommes enfermés, empêtrés dans une structure inadaptée et attendant d’accomplir un plan risqué.

On y retrouve quelques idées du film Dunkerque qui s’insèrent habilement dans cette nouvelle production. La fragilité de ces soldats en émerge et dessine un peu plus la trajectoire fixée par le réalisateur. Le tout finit par devenir la membrane principale du long-métrage et prouve tout son intérêt au moment du rebondissement final qui englobe toute la thématique abordée par Nolan.
L’Odyssée ne cherche pas à suivre le chemin attendu par une adaptation de l’œuvre majeure d’Homère. Les différents traits de la personnalité d’Ulysse sont minimisés et l’épopée mise de côté pour pouvoir développer d’autres thèmes où l’humanité de ses personnages ressort petit-à-petit. Christopher Nolan propose ainsi une réinterprétation intéressante variant tout de même entre le moins et le moins bon mais prouvant une volonté pour le réalisateur de sortir de ses sentiers battus.
Restez à jour : découvrez toutes les vidéos de Cultea sur notre chaîne TikTok
![« L'Odyssée » de Christopher Nolan : un voyage entre le bon et le moins bon [critique]](https://cultea.fr/wp-content/uploads/2026/08/odysseus.png)

