En 2018, le film Roma d’Alfonso Cuarón sort sur Netflix. Le réalisateur de Gravity ou encore des Fils de l’homme sort un film en noir et blanc inspiré de sa jeunesse au Mexique et qui prend place durant un évènement marquant de l’histoire du pays : le massacre de Corpus Christi. En parallèle de ce drame principal, on y suit le quotidien d’une famille aisée de la capitale ainsi que de leur domestique Cleo d’origine indigène.
La fête de Corpus Christi, ou Fête-Dieu, est une célébration religieuse catholique qui se déroule en juin. Il correspond également au jour du massacre, le 10 juin 1971, d’où le nom de l’évènement. Aussi nommé El Halconazo, ce massacre fut perpétué par le gouvernement mexicain lors d’une manifestation étudiante.

Une période de contestation étudiante
La fin des années 60 est marquée par une vague de contestations étudiantes à travers le globe avec par exemple Mai 68 en France. Au Mexique, le président Alvarez semble dès 1970 redonner espoir aux jeunes du pays. Certains membres importants du mouvement étudiant de l’époque sont libérés de prison tandis que d’autres reviennent au pays après un exil au Chili.
Cependant, dès février 1971, des désaccords naissent entre les étudiants et le gouvernement. L’Etat coupe alors dans les budgets alloués à certaines universités et impose des lois qui limitent l’autonomie du conseil universitaire. L’université autonome de Mexico, concernée par ces mesures, planifie avec l’Institut polytechnique une grande manifestation pour le 10 juin pour s’inscrire dans la continuité de la récente grève massive des étudiants et du personnel universitaire. Un appel à la solidarité est également lancé envers l’ensemble des facultés du pays avec comme objectif de faire accélérer les promesses démocratiques du président.

Corpus Christi et répression massive
Le 10 juin, les manifestants traversent donc la capitale. Un grand nombre de policiers encadre le rassemblement tout en étant accompagné par des militaires. Leur présence est telle qu’ils bloquent rapidement la voie aux citoyens. Arrive ensuite un groupe armé paramilitaire nommé les Faucons, un groupe entraîné par la Sécurité Mexicaine et la CIA. Ils vont alors attaquer massivement les étudiants à coups de matraques et de bambous afin de pousser à une contre-attaque.
Certains étudiants ripostent alors avec des armes à feu, ce qui crée une fusillade entre étudiants et forces militaires. Les Faucons coupent l’accès à tout moyen de fuite et aux transports en commun tout en s’infiltrant également dans certains hôpitaux pour traquer les blessés. La police est quant à elle passive et laisse le massacre se dérouler. Ce jour-là, le gouvernement ne déclare que 11 pertes malgré les nombreux témoignages venant de la rue qui dénombrent un total de 120 morts âgés de 14 à 22 ans. .
Encore aujourd’hui, un certain tabou existe chez le gouvernement concernant sa responsabilité dans les évènements. Le président de l’époque a souvent atténué les faits et sa responsabilité.

Une mise en lumière dans Roma
Le réalisateur américano-mexicain s’empare dans son dernier film de ce sujet méconnu du reste du monde. L’évènement sert plus de contexte historique à son histoire, d’autant qu’il a été enfant durant le massacre. Dans le film, on voit un personnages membre des Faucons s’entraîner à plusieurs reprises pour se battre avec des bâtons. Plus tard, le drame est montré du point de vue de Cleo, témoin partiel de la fusillade alors qu’elle fait du shopping. L’évènement est redouté, aperçu, mais pas véritablement documenté dans le film.

Néanmoins, Roma fait preuve de justesse dans la violence représentée. Elle n’est pas minimisée, les Faucons sont mis en cause et la terreur se lit dans les yeux des victimes et des témoins. Cela s’inscrit dans une démarche d’authenticité du cinéaste, qu’on retrouve dans sa reconstitution du quartier de Roma et de la représentation ethnique des natifs américains.
Le film est encore aujourd’hui disponible sur Netflix et a été récompensé de trois oscars pour sa réalisation, sa photographie et en tant que meilleur film étranger.
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