Qui était Malik Oussekine, symbole des violences policières ?

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Décembre 1986 : Malik Oussekine, un étudiant âgé de seulement 22 ans, meurt après avoir été matraqué à répétition par plusieurs policiers. Plus de 30 ans après, cette histoire demeure comme un symbole des violences policières perpétrées en France. Ce drame très sensible et criant d’actualité est aujourd’hui à découvrir dans une série lui étant entièrement consacrée sur Disney+. 

Malik Oussekine 

Né en octobre 1964, Malik Oussekine est le fils de Miloud Oussekine, ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale devenu par la suite mineur à Thionville. Malik est le dernier-né d’une famille de sept enfants et souffre de déficiences rénales. Malgré ses problèmes de santé (l’obligeant à être sous dialyse), Malik Oussekine est un garçon très sportif.

Il pratique ainsi le basket trois fois par semaine et s’essaye en parallèle à la guitare. Sa passion sportive le suivra jusqu’à sa mort, puisque sur son corps fut retrouvée une carte de l’association sportive de l’Université de Paris Dauphine. Malik est mort dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, en marge d’une manifestation devenue tristement célèbre. Une manifestation à laquelle il ne participait même pas…

Aux origines de la manifestation, le projet de loi Devaquet 

Le projet de loi Devaquet avait pour objectif de réformer les universités françaises. Il fut à l’époque porté par le ministre délégué en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Alain Devaquet. Ce projet a pour objectif d’accorder plus d’autonomie aux universités, notamment en ce qui concerne la « sélection ». Problème : les étudiants ne sont absolument pas pris en compte par cette nouvelle législation. Les seuls concernés sont les enseignants-chercheurs. Face à cette réforme leur paraissant déséquilibrée, les syndicats étudiants se mobilisent.

La crainte principale est que cette « autonomie » amène, à terme, à une hausse drastique des frais universitaires. Les syndicats clament ainsi leur attachement à l’encadrement étatique des universités. De surcroît, de grandes craintes se font ressentir face aux nouveaux modes de « sélection ». En effet, cette réforme pouvait mettre un frein à l’entrée en université pour les catégories d’élèves déjà défavorisées. Enfin, les étudiants craignent l’exacerbation des disparités entre les universités, avec d’un côté quelques écoles prestigieuses et de l’autre, des « sous-écoles ».

Manifestation contre la loi Devaquet

La violence s’immisce dans les manifestations

En toute logique, diverses manifestations éclatent et dépassent le simple cadre syndical. Les lycéens se joignent aux protestations, faisant gonfler les rangs étudiants. Mais malheureusement, des actes de violence commencent à parsemer les protestations. On peut notamment citer des exactions commises par l’UNEF, syndicat d’extrême gauche. Ces actes de violences restent cependant épars, car non organisés, ceux-ci éclatant de façon sporadique.

Toutefois, le GUD, mouvement d’extrême droite, vient se joindre à la « fête », venant exacerber les violences. En effet, le GUD ne vient pas rejoindre le mouvement contestataire, mais uniquement s’attaquer aux grévistes postés à Jussieu. Face à ces offensives, les militants d’ultra-gauche répliquent. Plusieurs assauts menés par les deux camps ont ainsi lieu en marge des contestations. Ceux-ci sont rapidement dispersés par les CRS, mais leurs actions marquent tout de même l’opinion publique.

Et Malik Oussekine dans tout ça ? 

Dans tout ce bazar politique et social, vous vous demandez peut-être, quel était le rôle de Malik Oussekine. La réponse est simple : AUCUN. En effet, Malik s’est tenu à l’écart du mouvement estudiantin. Toutefois, au moment des faits, celui-ci se trouvait à proximité dans un club de jazz où il avait ses habitudes. Il est alors minuit quand il en sort et est pris en chasse par trois voltigeurs (des motards chargés de disperser les foules et de pourchasser les casseurs).

Paniqué, Malik prend la fuite. Il arrive près d’une porte d’immeuble où un autre jeune homme, Paul Bayzelon, est en train de rentrer. Ce dernier, voyant Malik effrayé, le laisse entrer et tente de refermer la porte du hall. Malheureusement, un des policiers parvient à se glisser par la porte et à faire entrer ses deux collègues.

« [Les policiers] se sont précipités sur le type réfugié au fond et l’ont frappé avec une violence incroyable. Il est tombé, ils ont continué à frapper à coups de matraque et de pied dans le ventre et dans le dos… »

Témoignage de Paul Bayzelon à la Télévision.

Plaque commémorative sur le trottoir devant le 20 de la rue Monsieur-le-Prince.

Un déchaînement de violences

Les trois policiers commencent à rouer Malik de coups de matraques, sous les yeux stupéfaits de Paul. Ce dernier tente de s’interposer mais reçoit également plusieurs coups. Malgré les supplications de Malik qui leur dit n’avoir rien fait, les coups continuent de pleuvoir. Paul tente alors de raisonner les policiers en leur montrant sa carte de fonctionnaire, puisqu’il était lui-même affilié à l’état (plus précisément au ministère des finances). Cette information parvient à calmer la violence des policiers, mais il est déjà trop tard.

Quelques minutes plus tard, le SAMU arrive. Il prodigue à Malik les premiers soins et le transporte en urgence à l’hôpital pour le réanimer. Mais ce dernier est déclaré mort à 3h20… ce qui était un mensonge. En effet, selon le rapport du médecin régulateur du SAMU, rendu quatre jours plus tard, Malik était déjà décédé dans le hall d’immeuble où il avait été tabassé.

Après le drame 

Immédiatement, ce drame choque l’opinion publique. Dès le lendemain, une marche silencieuse est organisée en mémoire de Malik. La marche s’effectue dans le calme, mais une fois la foule dispersée, quelques affrontements éclatent dans la nuit. Durant les jours qui suivirent, les gerbes de fleurs s’amoncellent devant la porte de l’immeuble où le jeune homme a été tué.

En parallèle, le samedi 6 décembre, Alain Devaquet pose sa démission, choqué par les événements. Sa démission est acceptée le 8 décembre, mais le projet de loi reste en discussion encore quelques temps. Il sera finalement retiré, mais la sélection sera progressivement mise en place par le biais d’autres réformes. Rajoutant de l’huile sur le feu, Robert Pandraud, le Ministre chargé de la sécurité, déclare à propos de la victime :

« Si j’avais un fils sous dialyse, je l’empêcherais de faire le con dans la nuit. […] Ce n’était pas le héros des étudiants français qu’on a dit. »

Des propos qui choquèrent profondément, car ils sous-entendaient que Malik Oussekine n’était pas une victime, mais faisait partie des factions violentes (méritant de fait le passage à tabac qu’il a subi). Or, il fut démontré très vite qu’il n’était pas affilié aux mouvements contestataires.

S’agissant des policiers, deux sont considérés comme directement impliqués dans la mort de l’étudiant : Jean Schmitt (brigadier-chef) et Christophe Garcia (gardien de la paix). Ils seront respectivement condamnés et cinq ans et deux ans de prison… avec sursis. Des peines « symboliques » considérées comme bien dérisoires au regard de la gravité des faits.

« Après la parodie de procès […], je me suis rendue compte que, dans ce pays qui est le mien, où je suis née, je serai toujours une citoyenne de deuxième zone »

Sarah Oussekine en 2017

La série événement sur Malik Oussekine 

Comme beaucoup d’affaires impliquant des violences policières, le sujet Malik Oussekine est vecteur de beaucoup de crispations dans l’opinion publique. De fait, aucune fiction n’avait alors pris à bras-le-corps ce sujet, pourtant emblématique. Quelle ne fut pas la surprise du public quand une série sur le sujet fut annoncée pour être diffusée sur… Disney+ !

Oussekine”, sur Disney+ : l'histoire vraie de Malik Oussekine, dont la série s'inspire : Femme Actuelle Le MAG

Oui oui, la plateforme de streaming de la Walt Disney Company a décidé de s’emparer du sujet, dans une mini-série en quatre épisodes relatant le combat de la famille Oussekine. Un fait qui en surprendra plus d’un, mais qu’on ne peut que saluer. Cette série très documentée a été portée par d’Antoine Chevrollier, à qui on doit déjà les séries Baron Noir et Le Bureau des Légendes.

Encore aujourd’hui, l’affaire Malik Oussekine résonne comme étant l’une des plus grandes bavures policières commises en France. Une affaire devenue tristement célèbre et qui s’apprête à dépasser les frontières de l’hexagone par le prisme de Disney+ ce mercredi 11 mai. 

 

Sources : 

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Robin Uzan

Journaliste, photographe et réalisateur indépendant, écrire et gérer Cultea est un immense plaisir et une de mes plus grandes fiertés.
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