Witold Pilecki : l’espion qui se fit volontairement déporter à Auschwitz

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Witold Pilecki fut un grand oublié de l’histoire durant plusieurs décennies. Pourtant, il fut un héros unique en son genre durant la Seconde Guerre mondiale… Un héros s’étant volontairement fait prisonnier à Auschwitz pour en découvrir et dévoiler les horreurs. Il devint ainsi le premier homme à tirer la sonnette d’alarme sur la véritable nature du camp de concentration et d’extermination. 

C’est en septembre 1940 que Witold Pilecki décide d’infiltrer le camp d’Auschwitz. Il y restera jusqu’en 1943, lorsqu’il parviendra à s’évader. Durant sa captivité, il fera parvenir des informations cruciales sur ce lieu.

Qui est Witold Pilecki ?

Commençons par le commencement… Qui est donc ce Witold Pilecki, au nom quasiment inconnu de tous ? Witold Pilecki est né le 13 mai 1901 au sein d’une famille aristocratique polonaise. Du fait de la révolution russe, le jeune homme se retrouve très rapidement au cœur des conflits armés. Il rejoindra notamment une milice d’autodéfense, où il recevra un semblant d’éducation militaire.

Witold Pilecki — Wikipédia

Tout comme ses parents, Witold Pilecki rêve d’une Pologne libre et indépendante. Seulement, l’histoire en décidera autrement… Outre la révolution russe qui aura un impact non-négligeable sur le pays, les armées allemande et russe envahissent la Pologne en septembre 1939. Pilecki est alors mobilisé en tant que commandant de peloton de cavalerie pour y faire face. Malheureusement, la Pologne ne fera pas le poids et subira une humiliante défaite. Furieux de cette invasion et fidèle à ses idéaux familiaux, Witold entre en résistance.

Infiltrer Auschwitz : une nécessité stratégique 

C’est en 1940 que Witold Pilecki présente à ses supérieurs son projet aussi fou que dangereux : infiltrer Auschwitz ! L’objectif est de pénétrer volontairement ce camp de concentration installé sur le territoire polonais. Pourquoi ? Tout simplement car on ne sait à cette époque rien de ce lieu aussi inquiétant. Que peuvent bien cacher les Allemands dans ce soi-disant camp « d’internement » ?

Ses supérieurs approuvent donc ce plan périlleux. Pour le mener à bien, ils lui fournissent une fausse carte d’identité au nom de « Tomasz Serafiński ». Ainsi, le 19 septembre 1940, Witold Pilecki se laisse volontairement capturer par les Allemands à l’occasion d’une rafle. Commencèrent alors deux ans et demi d’un véritable enfer pour le résistant.

« Qu’aucun d’entre vous n’imagine qu’il quittera cet endroit vivant » […] « Les rations ont été calculées pour que vous ne surviviez que six semaines. »

Un garde S.S. lors de l’arrivée de Witold Pilecki à Auschwitz

Espionnage et résistance au sein du camp de concentration 

Au moment où Witold Pilecki arrive à Auschwitz, les gazages de masse n’ont pas encore commencé. Mais les gardes font comprendre une chose aux prisonniers : la seule façon de sortir de ce lieu sera par la cheminée du crématorium. À cela s’ajoutent les épidémies de Typhus, la malnutrition, le travail forcé, l’insalubrité et les actes de torture de la part des gardes… Comme tous les autres prisonniers, Pilecki connaît alors le désespoir. Mais ce n’est pas ça qui arrêta le soldat infiltré !

Pilecki : histoire d'une « rafle » volontaire pour entrer à Auschwitz

Une fois au cœur de l’enfer, il décide d’organiser la résistance. Il créera ainsi le Związek Organizacji Wojskowych (« union clandestine des organisations militaires » ou ZOW). L’objectif ? Collecter un maximum d’informations sur les activités des Allemands dans le camp et les transmettre à la résistance polonaise. En parallèle, le ZOW tente de préparer une lutte depuis l’intérieur d’Auschwitz. Enfin, cette organisation cherchait à améliorer le moral des détenus comme elle le pouvait. Cela s’est notamment traduit par un réseau d’entraide, se faisant passer de la nourriture, des vêtements ou encore des médicaments.

Bien évidemment, cela ne passa pas inaperçu auprès de la Gestapo, présente dans le camp. Plusieurs exécutions des membres du ZOW eurent donc lieu, afin de mater la résistance. Pourtant, malgré cela, Witold Pilecki parvint toujours à échapper à la mort.

Mieux encore : le ZOW et Pilecki parviennent à communiquer avec l’extérieur afin de prévenir les alliés de ce qu’il s’y passe. Peu de sources permettent de comprendre comment il y est parvenu, mais il semblerait que le ZOW, grâce à plusieurs pièces récupérées durant 7 mois, ait construit un petit émetteur radio afin de transmettre ses connaissances.

Witold Pilecki face au déni 

En 1943, après une dangereuse captivité, Witold Pilecki parvient à s’évader (ce qui en soi constitue déjà un sacré exploit). Une fois dehors, il entre en contact avec des unités de l’Armia Krajowa, puis parvient à rejoindre Varsovie. Il leur transmet alors un rapport avec toutes les informations qu’il a pu glaner. Mais c’est là que les problèmes continuent…

En effet, Pilecki se heurte rapidement au déni de ses supérieurs. Malgré la proximité de l’Armée Rouge au camp de concentration, ceux-ci se montrent peu enclins à intervenir. Il faudra attendre l’insurrection de Varsovie pour que l’armée se décide à s’impliquer. En attendant, Pilecki resta responsable de la coordination des activités de la ZOW et de l’Armia Krajowa. Par la même occasion, il fut promu capitaine de cavalerie (Rotmistrz).

Après les nazis, l’Union Soviétique… 

Après la guerre, Pilecki est réaffecté à une division du renseignement militaire polonais. En parallèle, il commence à rédiger un rapport détaillé de ses expériences au cœur d’Auschwitz. Mais très vite, les relations entre le gouvernement polonais et le régime de Bolesław Bierut (soutenu par l’URSS) se détériorent. La moitié de l’Europe est sous domination soviétique et les méthodes de ce régime rappellent étrangement ce qu’à vécu Pilecki…

En décembre 1945, il commence donc à organiser un réseau de collecte de renseignements. Parmi les membres, on retrouve plusieurs anciens « camarades » d’Auschwitz. Malgré le fait qu’il agisse sous couverture, la véritable identité de Pilecki est rapidement découverte. En 1946, on l’exhorte à quitter le pays, ce qu’il refuse de faire.

En 1947, l’ancien d’Auschwitz commence à recueillir des preuves sur les atrocités commises par les Soviétiques en Pologne durant l’occupation de 1939-1941. Il réunit également des preuves d’arrestations arbitraires et illégales contre les opposants au régime, débouchant généralement sur des exécutions (plus ou moins officielles). Face aux découvertes de Pilecki, le Ministère de la Sécurité publique décide de l’arrêter et de le faire torturer. Malgré cela, il ne révélera aucune information confidentielle sur ses complices.

Witold Pilecki, un déporté volontaire à Auschwitz – Chacaille

Déchéance et réhabilitation 

« J’ai essayé de vivre ma vie de telle sorte qu’à l’heure de ma mort, je préfère ressentir de la joie que de la peur. »

Le nom Witold Pilecki sera ainsi sali, déshonoré et oublié. Il fallut attendre les années 1990 pour que Zofia et Andrzej Pilecki découvrent que leur père était un héros. En effet, après la chute du bloc soviétique, le ministre de la Justice demanda à la Cour suprême de Pologne de vérifier la validité des actes juridiques effectués durant les années staliniennes. La cour suprême militaire reconnut alors le caractère abusif de la condamnation de Pilecki, tout comme celles de ses camarades. Ce dernier fut alors réhabilité et ses actes de bravoure reconnus et officialisés.

Aujourd’hui, Witold Pilecki est considéré comme l’un des plus grands héros de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, celui-ci n’est guère connu du grand public et souvent oublié des livres d’histoire. Il n’en demeure pas moins un personnage unique en son genre, ayant vécu les pires atrocités humaines pour les faire connaître au grand public. 

« Lorsque Dieu créa l’homme, Dieu pensa que nous devrions tous être comme le capitaine Witold Pilecki, de mémoire bénie » 

Le rabbin polonais Michael Schudrich dans « The Auschwitz Volunteer: Beyond Bravery »

Sources : 

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Robin Uzan

Journaliste, photographe et réalisateur indépendant, écrire et gérer Cultea est un immense plaisir et une de mes plus grandes fiertés.
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