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L’histoire folle des bateaux piégés 8 ans dans le canal de Suez !

L'histoire folle des bateaux piégés 8 ans dans le canal de Suez ! - Cultea

De 1967 à 1975, pendant 8 ans, 14 bateaux se retrouvèrent bloqués dans le canal de Suez. Bloqués à cause de la guerre des Six Jours, les équipages de tous horizons vécurent une vraie expérience de fraternité et de vivre ensemble. Retour sur cette histoire invraisemblable.

La guerre des Six Jours

Sous la direction de Gamal Abdel Nassar, l’Égypte mobilise, en mai 1967, des soldats à la frontière israélienne. Ce dernier fait savoir, qu’en cas de confrontation, le pays n’hésiterait pas à attaquer son voisin. Le voisin syrien profère aussi des menaces contre Israël.

Après quelques semaines de tension, la guerre des Six Jours commence le 5 juin 1967. Ce jour-là, Israël attaque par surprise et par voie aérienne l’Égypte et la Syrie. Cette attaque détruit 90% des avions militaires égyptiens. De son côté, l’armée de l’air syrienne est hors de service.

À ce moment-là, 14 bateaux de commerce traversent le canal de Suez. Allant vers le nord, ces derniers acheminaient des cargaisons vers l’Europe. Lorsqu’ils arrivent au lac Amer, situé en Égypte, le pays ordonne aux bateaux de jeter l’ancre.

Des navires qui sont actuellement connus sous le nom de « La Flotte Jaune ».

De 1967 à 1975, ces bateaux de 8 nationalités différentes se retrouvent bloqués, avec l’équipage à bord, dans le canal de Suez. La guerre des Six Jours avait condamné les deux accès au canal. Les équipages finirent prisonniers et spectateurs d’une guerre qu’ils n’attendaient pas.

« A peine avions-nous franchi l’extrémité sud du canal que le capitaine m’informa que la guerre avait éclaté entre Israël et les pays arabes. Au fur et à mesure que nous avancions, les avions décollaient du sable, je m’en souviens très bien, et attaquaient la base aérienne égyptienne, volant à basse altitude et leur attaque était très précise. » – Peter Flack, un marin du navire britannique pour BBC Radio 4

Une bonne ambiance

Lors de leur long arrêt forcé, les marins sont au premier rang pour assister aux raids israéliens sur les Égyptiens. Pendant les affrontements, les équipages ne peuvent pas sortir. Cependant, lors des cessez-le-feu, les équipages, de différentes nationalités, apprennent à se connaître.

Une cohabitation en pleine guerre froide.

Alors que nous sommes en pleine guerre froide, cohabitent sur le même lacs des bateaux allemands, américains, soviétiques, polonais ou même français. Étonnamment, une bonne ambiance règne dans cet attroupement de navires. Pourtant, les Allemands et Français soutiennent Israël, alors que les Soviétiques et Polonais soutiennent, quant à eux, les Egyptiens.

On formait une ONU miniature perdue sur le lac Amer et on en était fiers. Il n’y avait pas de frontière entre l’Est et l’Ouest : chacun s’entraidait.” – Un membre de l’équipage

Très rapidement, la vie s’organise, et les activités aussi. Les Polonais s’occupaient du service de poste. Les Anglais organisaient des matchs de football. Des navires servaient d’hôpitaux ou de cinéma. Une vraie petite ville. Les dimanches matin, comme sur la terre ferme, les cloches sonnaient. Tous étaient invités à la messe sur le bateau allemand.

Le temps pouvait se faire assez long sur les bateaux. Alors, les passagers trouvaient des activités afin de tuer le temps. Par exemple, ils organisèrent eux-mêmes leurs propres Jeux olympiques en 1968. Les menuisiers construisirent des voiliers avec les moyens du bord. « Les JO du lac Amer » voyaient se confronter les 8 nations représentées sur 14 disciplines !

“Quand les combats aériens se déchaînaient, on s’installait sur des transats, un verre de whisky à la main, et on regardait le spectacle.” – Un membre de l’équipage

Le temps se fait long

Cependant, au bout d’un moment, et c’est plutôt logique, le mental n’est plus au rendez-vous. Les saisons et fêtes défilent. Afin d’éviter de mettre à mal la santé mentale des hommes à bord, les équipages sont renouvelés tous les six mois.

Les marchandises en soute aussi vivent mal le temps qui se fait long. Les produits commencent à pourrir. Les capitaines doivent alors jeter un nombre considérable de marchandises par-dessus bord. Ils jetteront ainsi à la mer 600 tonnes de pommes et 8 millions d’œufs.

Finalement, au bout de deux ans, le nombre d’hommes sur les bateaux est réduit. Une dizaine de marins s’occupent de 4 à 5 bateaux. Les 14 navires furent baptisés « la flotte Jaune ». En effet, le sable, avec le temps, recouvrit les navires, donnant cet aspect jaunâtre aux bateaux. Dessus, les oubliés du lac Amer mangent de la nourriture pour chiens et boivent de l’eau gardée dans des cuves depuis 7 ans.

La guerre du Yom Kippour (6 octobre 1973 au 25 octobre 1973).

Un bateau fut d’ailleurs touché en octobre 1973 lors de la guerre du Yom Kippour. Il sera coulé par des chars israéliens qui suspectaient le bâtiment d’avoir un poste d’observation ennemi sur son mat. Le cargo coula au fond de l’eau, mais personne ne fut blessé.

Ce séjour forcé m’a appris que les gens ne sont pas mauvais. Si tout le monde se comportait comme nous l’avons fait, nous, les marins du lac Amer, il n’y aurait plus de problèmes politiques. Si les hommes, en effet, prenaient la peine de se connaître mieux… » – Un membre de l’équipage

En 1974, les soldats israéliens s’en vont des rives du canal de Suez. Et finalement, c’est le 8 mai 1975 que les bateaux purent reprendre leur voyage. Décidément, le voyage le plus long de l’histoire de la marine marchande !

 

Sources :

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