Site icon Cultea

La révolution russe : que s’est-il passé en 1917 ?

La révolution russe : que s'est-il passé en 1917 ? - Cultea

La révolution russe de 1917 a de multiples sources. Au début du XXe siècle, la Russie vit sous un régime monarchique tsariste. Son économie évolue positivement, mais seulement pour une certaine partie de la population. Ce développement crée un double prolétariat, l’un ouvrier, l’autre paysan. En 1914, le pays entre en guerre, mettant à mal le réseau ferroviaire et la production dans les usines.

Révolution de février

L’hiver est rude, les récoltes sont mauvaises et la guerre a déjà trop duré. Ces causes vont provoquer des grèves générales spontanées à Pétrograd (Saint-Pétersbourg) le 18 février 1917 (3 mars 1917 dans notre calendrier). Une rumeur de rationnement du pain installe la panique au sein des habitants. Le lendemain, les ouvriers de l’usine Poutilov se réunissent dans la rue à la suite de la fermeture de celle-ci. Les habitants de Pétrograd demandent alors du pain et du travail. Dans le même temps, Nicolas II, le tsar, quitte la ville pour Moguilev, en actuelle Biélorussie.

Quatre jours après la fermeture de l’usine, soit le 8 mars du calendrier grégorien, les femmes rejoignent les hommes dans la rue. Des étudiantes et ouvrières rejoignent les cortèges d’ouvriers. À leurs revendications s’ajoute celle d’un autre type de gouvernement, certains demandant une république.

Les Cosaques, soldats du tsar, sont débordés par les quelque 50 000 manifestants. Le 9 mars, des centaines de personnes tombent sous les coups des soldats armés. Trois jours plus tard, alors que Nicolas II leur ordonne de tirer sur les manifestants, ils se mutinent pour rejoindre la révolte. Le 12 mars marque ainsi le passage de la garnison de Pétrograd du côté de la révolution populaire.

Le tsar abdique le 15 mars, sans que personne ne réclame la couronne. La révolution russe est en marche. Les révolutionnaires tentent de structurer le mouvement, et cet épisode se clôture avec des négociations entre un groupe de députés, les Cosaques mutins et des ouvriers grévistes. Un gouvernement provisoire est mis en place.

Avril 1917

La guerre ne s’arrête pas, alors que la demande populaire est au retrait des troupes. Le gouvernement provisoire est remis en cause. Le ministre des Affaires étrangères démissionne et des socialistes entrent au gouvernement.

Dans le même temps, Lénine décrit la « phase de putréfaction » dans laquelle est rentrée le capitalisme. Il s’oppose au gouvernement provisoire et propose de donner tout le pouvoir aux soviets, les assemblées d’ouvriers. Il souhaite une république composée de ces conseils ouvriers acquis au marxisme. La pensée de Lénine devient majoritaire au sein du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, et peu à peu au sein du soviet de Pétrograd : les bolcheviks prennent de l’envergure.

Juillet 1917

La guerre n’a toujours pas pris fin, et plusieurs courants s’opposent dans la population. D’abord, il y a ceux qui, comme Lénine, souhaitent accepter la défaite et en profiter pour mener à bien la révolution nationale. Ceux-là sont ultra-minoritaires, même chez les bolcheviks. D’autres sont pour mener la guerre jusqu’à son terme, d’autres encore acceptent d’attendre une ultime offensive avant de se décider.

La population prend connaissance de l’échec d’une offensive, dite « offensive Kerenski » les 3 et 4 juillet. Les soldats de Pétrograd ne veulent plus rejoindre le front et demandent aux cadres du soviet de leur ville, où ils ont eux aussi des délégués, de prendre le pouvoir. Les ouvriers se joignent à eux, mais les bolcheviks souhaitent attendre avant de renverser le gouvernement provisoire. Ils veulent que celui-ci s’écroule de lui-même de par son incapacité à gérer les revendications populaires.

Les bolcheviks, de plus en plus nombreux à Moscou et Pétrograd, subissent cependant une vague de répression. Trotski est jeté en prison, les bolcheviks sont désarmés et marginalisés. Kornilov, nouveau chef de l’armée, ordonne de tirer à la mitrailleuse sur les potentiels déserteurs. Le mouvement tsariste reprend du poil de la bête et va tenter de reprendre la capitale, ainsi que le pouvoir.

Août 1917

Alors que le mouvement monarchiste reprend espoir, les syndicats et les bolcheviks se préparent. Kornilov, lui, veut tenter un putsch pour asseoir une dictature militaire. Fin août, il envoie sur Pétrograd des régiments de cavalerie de l’armée, afin de mater définitivement les bolcheviks et de faire tomber le gouvernement provisoire. Les Cosaques à cheval n’atteindront jamais la capitale, confrontés à une alliance de circonstance entre les bolcheviks et Kerenski à la tête du gouvernement. Ce dernier a en effet fait appel à tous les partis pour défendre la capitale et a ainsi réarmé les « rouges ».

Les prisonniers politiques, dont Trotski, sont libérés, la Garde rouge est armée. Selon Lénine, le nouveau mot d’ordre est :

« Aucun soutien à Kerenski, lutte contre Kornilov. »

Les bolcheviks vont désormais pouvoir se lancer à la conquête du pouvoir. Leur vision de la révolution se répand dans le pays, ralliant des militants d’autres partis et atteignant les provinces. Les soviets de 127 localités, dont celui de Pétrograd, votent pour une prise de pouvoir des soviets.

Révolution d’Octobre

Lénine et Trotski souhaitent en finir avec le pouvoir ambivalent. La Russie ne peut plus être dirigée par le gouvernement provisoire et les différents soviets. C’est l’heure de la révolution armée. Tous les cadres du parti ne sont pas d’accord avec l’insurrection, mais celle-ci aura bien lieu. C’est le second grand acte de la révolution russe.

Le 24 octobre 1917 (6 novembre dans le calendrier grégorien), l’insurrection est lancée. Sans rencontrer de résistance, les gardes rouges prennent le contrôle des ponts, des gares, de la banque centrale et des centres postaux et téléphoniques. Le gouvernement provisoire ne dispose que de peu troupes, ayant reçu peu d’entraînement. La prise du palais d’Hiver se déroule de la même manière. Au cours de l’insurrection, on ne comptera que cinq morts et quelques blessés. Le gouvernement provisoire n’a plus de soutiens, et celui-ci est dissous le lendemain par Léon Trotski. Il est remplacé par le Conseil des commissaires du peuple, qui devient la plus haute autorité du nouveau régime soviétique.

La nature de cette insurrection connaît aujourd’hui toujours des débats, entre révolution, coup d’État ou les deux à la fois. Quoi qu’il en soit, les bolcheviks prennent tout le pouvoir à Pétrograd lors de cette révolution russe. L’unification d’un système politique dans tout le pays prendra du temps, et même plusieurs années, avec la constitution des armées rouges et blanches, entamant un cycle de guerre civile particulièrement sanglante.

 

Sources :

Quitter la version mobile