« Killers of the Flower Moon » de Martin Scorsese : des cowboys au pays de l’or noir [critique]

Arrêtez tout, le maître est de retour ! Après un tabac au festival de Cannes en mai dernier, le nouveau long-métrage de Martin Scorsese, Killers of the Flower Moon, arrive dans les salles obscures françaises. Un mélange de thriller et de western explosif avec pour toile de fond les violences des blancs contre les Indiens dans une Amérique nouvelle qui déborde de pétrole.

Synopsis : Ernest Bukhart, un soldat de retour de la Première Guerre mondiale, part s’installer chez son oncle, Bill Hale, à Fairfax dans l’Oklahoma. Ce même bill Hale, alias « King », l’entraîne rapidement dans ses entreprises criminelles pour s’accaparer les richesses des Indiens Osages de la région, devenus millionnaires grâce aux gisements de pétrole découverts sur leur réserve. Empoisonnements, coups dans le dos et explosions, mais aussi mariages et soi-disant bonnes œuvres, tout est bon pour faire disparaître un à un les membres de la tribu. Consciemment ou non, Ernest y participe et en devient l’un des principaux commanditaires. Jusqu’au jour où des agents du FBI débarquent et déterrent des casseroles…

Du sang sur les mains

Martin Scorsese est dans son élément. Montrer la corruption et la violence, il l’a déjà fait à de nombreuses reprises. Souvent sur le thème de la mafia. Cette fois, il s’attaque à un fragment brûlant de l’histoire des États-Unis, les exactions commises par les colons blancs envers les populations amérindiennes.

Crimes, corruption, plans diaboliques pour s’emparer de l’or noir et des richesses qui en découlent, les blancs étaient visiblement prêts à tout. Et la totale absence de scrupules du personnage de Bill « King » Hale, incarné par Robert de Niro, frappe le spectateur. Elle est si affreuse que l’on se demande si elle n’est pas exagérée.

Mais les doutes s’effacent quand on sait que le réalisateur a adapté son film de La Note américaine, un roman de David Grann. Ce journaliste du New Yorker a effectué un travail d’archives considérable sur les Osages pour narrer sous forme de roman ces faits ayant réellement existé. Et son travail est unanimement reconnu aux États-Unis.

Lily Gladstone e Leonardo DiCaprio dans Killers of the Flower Moon © Apple TV +

Killers of the Flower Moon, de l’art à tous les étages

L’alchimie entre Robert de Niro et Leonardo DiCaprio est puissante. Les scènes qui opposent les deux acteurs sont de véritables instants de cinéma. Et on se délecte de chacune de leurs confrontations. De Niro en parrain totalement amoral et vicieux. DiCaprio en homme de main crédule et trop peu conscient de la cause criminelle qu’il sert. Sa femme, Mollie, est une Indienne dont « King » convoite la fortune. Cette dernière est campée tout en finesse et en retenue par une grande Lily Gladstone. Et son jeu nous fait ressentir toute l’horreur qui habite les membres de la tribu Osages. À côté, des pointures comme Jesse Plemons en agent du FBI, ou Brendan Fraser en avocat véreux, tiennent les quelques rôles secondaires.

La mise en scène de Martin Scorsese est tout à fait maîtrisée. Le film débute dans les grands espaces des plaines de l’Oklahoma. Pour se resserrer ensuite de plus en plus et finir dans des pièces sombres aux volets fermés et aux stores tirés. Si la première heure est palpitante, la dernière est irrespirable. Mais les presque 4 heures du long-métrage se ressentent et la partie centrale pourra sembler longue. Une durée qui n’est pas sans rappeler The Irishman (disponible sur Netflix).

Un thriller immersif

La musique de Robbie Robertson est profonde et étouffante. C’est Eric Roth (Forrest Gump, Postman, Dune) qui adapte le scénario, d’une main de maître et sans incohérences, mais non sans en avoir bavé. Les décors sont d’une authenticité remarquable. Sans doute grâce à ce souci du détail et de la précision qui a toujours habité Scorsese. L’atmosphère pesante, entretenue par un mauvais temps presque permanent, est omniprésente. On ne respire qu’à la fin du film. Et c’est bon !

Bref, si chez certains, vieillir est une contrainte, cela ne semble pas concerner Martin Scorsese. Avec Killers of the Flower Moon, le maestro apparaît au contraire plus jeune – et plus actuel – que jamais. Sa caméra nous transporte et ne nous lâche plus. Et si vous pensez que cela risque de ne plus durer, pas de panique. Lui et DiCaprio ont déjà acheté les droits du nouveau roman de David Grann, Les Naufragés du Wager, en vue d’une potentielle adaptation. Au menu : un navire de la marine anglaise, un équipage qui disparaît, des rescapés et des versions des faits qui divergent… 

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