Gore Verbinski, c’est le petit malin derrière des films comme Rango, Lone Ranger et surtout la trilogie Pirates des Caraïbes. Un réalisateur inventif, créatif, capable de mettre en scène des divertissants exigeants, qui sortent des carcans habituels du blockbuster basique et paresseux hollywoodien. Cette semaine, il est de retour avec Good luck have fun don’t die, une comédie de science-fiction étonnante, emmenée par Sam Rockwell, Juno Temple, Michael Pena et Zazie Beetz.
Synopsis : un soir, dans un resto minable de Los Angeles, un homme étrange et débraillé débarque avec un détonateur à la main et affirme venir du futur. Ce serait la 117ème fois qu’il remonte le temps pour empêcher l’apocalypse déclenchée par une IA et sauver une humanité lobotomisée par les écrans. Son ultime stratégie : recruter les clients du restaurant pour former une équipe capable de sauver le Monde. Si ce groupe aussi improbable que mal préparé y parvient, alors l’Humanité a peut-être encore une chance… Ou peut-être pas. Qui sait ?
Good luck have fun don’t die : inventif, bavard et chaotique
Tout repose finalement sur la prestation de Sam Rockwell. Gentiment dérangé, excessif, ostentatoire, à la limite de la fracture physique et mentale, Sam Rockwell incarne un visiteur du futur hirsute, un SDF temporel à la recherche d’une dernière forme de véracité pour garder un semblant de pieds sur terre. Impeccable, le comédien semble prendre du plaisir à camper ce pastiche de Le Visiteur du Futur justement, créé par François Descraques. Alors, simple coïncidence ou Gore Verbinski est-il tombé sur la proposition de Florent Dorin ? Difficile à dire, mais les points de comparaison sont nombreux.

Bref, Sam Rockwell est incontestablement l’attraction du film. A tel point que le récit, le schéma narratif, ses nombreux twists, son joyeux chaos, et son manque parfois de clarté, sont à l’image de ce protagoniste. Good luck have fun don’t die est un grand huit en roue libre total. Généreux, le film part parfois dans tous les sens, perd sa cohérence et laisse même certains personnages incontestablement sur le carreau. Mais ce n’est pas si grave, tant Good luck have fun don’t die convoque des références SF passionnantes, de Black Mirror à Terminator en passant par Matrix, tout en conservant une liberté de ton et d’identité assez rare dans le paysage audiovisuel hollywoodien.
Pour autant, comme on l’a évoqué juste avant, Good luck have fun don’t die est un récit souvent brouillon. Il manque même certains éléments clés, certaines bases narratives, autour de quelques personnages secondaires. Certains flashbacks ont été coupés du montage final, entraînant souvent un manque de clarté global autour du récit, et ne permettant pas aux personnages secondaires de réellement exister. Certains sont même évincés du récit sans réelle logique ou préliminaire. Une situation qui construit souvent un manque d’impact émotionnel autour des « petits » personnages. Good luck have fun don’t die est aussi une œuvre souvent bancale, un peu décousue et extrêmement bavarde. Mais c’est surtout drôle, fun et très divertissant.

« Voilà ce qui va se passer ! »
Dès la géniale séquence d’ouverture dans le restaurant. Scène dans laquelle le personnage de Sam Rockwell essaye de recruter une équipe de joyeux guerriers temporels amateurs, la vision de Gore Verbinski explose l’écran. Même si la mise en scène est légèrement en deçà des standards habituels de Verbinski, force est de constater la capacité du metteur en scène à offrir des séquences rythmées, créatives, inventives et extrêmement divertissantes. Le cinéaste à l’intelligence de ne pas tomber dans le cliché, en évitant le récit classique et répétitif du die and repet. Même si on n’a fondamentalement rien contre ce procédé, c’est agréable de voir Good luck have fun don’t die partir vers d’autres horizons.
Good luck have fun don’t die multiplie ainsi les références. Black Mirror de part son regard sur le danger de l’IA, des écrans, de la technologie et du tout connecté ; notamment via les personnages de Michael Pena et Zazie Beetz qui nous offrent un remake de Smile et/ou de Les Profanateurs de sépultures, par le prisme de la dépendance aux écrans, et de la zombification de l’individu par un système de masse. Good luck have fun don’t die convoque évidemment Matrix, par le biais de son regard sur la réalité elle-même, sur ce qui défini une réalité, et une perte de réalité.
L’IA est-elle l’avenir de notre humanité, et donc de notre réalité ? L’esthétique rappelle aussi parfois Everything Everywhere all at Once, avec moins d’inventivité cependant. Et on retrouve aussi un peu du cinéma de Terry Gilliam, notamment dans le visuel de certains personnages ou de certains décors. Le climax final semble tout droit être sorti de l’esprit génial du réalisateur de Brazil et de L’Armée des 12 singes.

On peut également souligner l’interprétation de Juno Temple, qu’on n’avait pas vu à ce niveau là depuis… et bien pratiquement jamais en fait. La comédienne britannique de 36 ans propose ici une incarnation touchante et efficace d’une femme déconnectée de l’IA et de la technologie. Un contre-pouvoir idéologique, une rebelle taciturne et dépassée par la bêtise humaine, une guerrière déconcertée et déconnectée du tout connecté, une femme blasée et désenchantée, face à laquelle il est aisé de s’identifier. Une bouffée d’air frais et une dynamique qui fonctionne à la perfection avec le personnage de Sam Rockwell.
Bref, Good luck have fun don’t die est loin d’être parfait, est souvent trop long, trop bavard et trop brouillon, mais c’est une œuvre généreuse, dans l’esprit du cinéaste, qu’on n’avait plus revu depuis A Cure for Life en 2016. Il nous avait clairement manqué, et c’est une joie non dissimulée de retrouver son cinéma enivrant et créatif.
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