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Eugénie Guillou : religieuse, prostituée et indic pour la police

Nonnes qui fument

France culture

Eugénie Guillou a vécu de nombreuses vies dans le Paris de la Belle Epoque. Du couvent aux maisons closes en passant par la préfecture de police, on vous propose de découvrir cette femme à l’histoire incroyable mais vraie. 

Vie au couvent et découverte du fouet

Eugénie naît le 13 septembre 1861 à Paris. Elle devient une femme de lettres brillante pour l’époque, puisqu’elle a le brevet en poche et un diplôme d’institutrice, ce qui est très rare pour les jeunes filles à la fin du XIXème siècle.

Sa famille étant pauvre et n’ayant pas de dot, Eugénie Guillou n’est pas intéressée par les perspectives que lui offre la vie conjugale, ne souhaitant pas épouser un homme qui ne serait pas à la hauteur de ses ambitions. Elle décide donc de se tourner vers la vie religieuse et intègre la congrégation des sœurs de Sion à l’âge de 20 ans. Elle y retrouve les vices du monde extérieur et une grande hypocrisie. Après douze ans au couvent, elle se voit refuser le droit de devenir bonne sœur. La mère supérieure s’oppose à la prononciation de ses vœux et l’exclut du couvent car elle craint qu’Eugénie ne pervertisse les autres religieuses. En effet, Eugénie y a découvert les châtiments corporels, alors très courants pour éduquer les jeunes filles, et a développé un goût prononcé pour la fessée et le fouet.

Eugénie Guillou – La Religieuse

Prostitution

De retour à Paris, Eugénie est une femme seule de plus de trente ans, une « vieille fille », ce qui est alors très mal vu. Après avoir travaillé comme gouvernante chez un proxénète, elle décide de mettre à profit ce qu’elle a retenu du couvent – ses habits de religieuse, le fouet et les fessées – pour se lancer dans une toute autre activité. Elle offre ses services par des petites annonces dans le journal pour trouver des clients qui voudraient recevoir ou donner la fessée.

« Recevoir le fouet est chez moi une passion, un besoin. Si vous pouvez me trouver un monsieur aisé aimant fesser la femme, je vous dédommagerai généreusement ».

Proxénétisme et travail secret pour la police

Petit à petit, son activité grandit. Eugénie Guillou ouvre des maisons de rendez-vous avec plusieurs filles sous ses ordres, devenant ainsi proxénète et femme d’affaires. Elle propose différents services, et devient notamment la reine des jeux de rôles. Elle se fait alors remarquer par la police qui, à cette époque, veut démanteler les réseaux de prostitution de mineurs. Travaillant dans le milieu, elle devient indic pour la brigade des mœurs. Elle va leur fournir des renseignements précieux et cruciaux qui permettront de sauver bon nombre d’enfants. Elle tire également avantage de ses relations avec la police. Cela lui permet en effet de limiter sa concurrence et de ne plus se faire importuner par les policiers. En 1912, elle propose même à la prefecture de police de devenir agent secret et de participer à des infiltrations sous couverture. Sa requête ne débouche pas et en 1913, on perd sa trace.

Si on connaît aujourd’hui Eugénie Guillou grâce aux archives, son histoire, digne d’un film, demeure encore peu connue. Entre religion, prostitution et police secrète, cette femme aux mille et une vies n’a finalement jamais eu à choisir. Elle reste aujourd’hui un symbole du libertinage français, et pourquoi pas d’une forme de réussite féminine ?

 

Sources : 

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