Comment sont choisis les mots qui entrent dans le dictionnaire ?

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Il y a quelques jours, le pronom personnel de la troisième personne du singulier « iel » faisait son apparition dans la version en ligne du dictionnaire Le Robert. Cette entrée qui fait débat est aussi l’occasion de se pencher sur la façon dont sont choisis les nouveaux arrivants de la source de définition la plus exhaustive qui soit.

Le Robert paraît pour la première fois en 1967. Parmi ses auteurs, on trouve Paul Robert, le créateur de la maison d’édition qui l’édite, mais aussi Alain Rey et Josette Rey-Debove, tous les deux lexicologues.

Le concurrent du Robert est le non moins connu Larousse. Ce dernier est plus ancien ; la première édition est publiée en 1905 par Claude Augé. Son nom vient de Pierre Larousse, créateur du Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, dont le Larousse reprend le projet.

Que ce soit pour l’un ou l’autre, le choix des nouveaux mots est assez similaire. Ce sont les lexicologues qui constituent les équipes de rédaction des dictionnaires qui sont chargés de repérer les candidats.

Des critères peu précis, mais une mécanique bien huilée

L’équipe a une méthode qui pourrait paraître hasardeuse, la « veille lexicologique ». Pas de critères précis, juste des yeux et des oreilles qui traînent. Ils étudient un corpus de textes divers : de la littérature, des articles de presse, des posts de réseaux sociaux… tout passe au scanner. Edouard Trouillez, lexicographe pour Le Robert explique sa méthode de travail :

« En écoutant la radio, en regardant la télévision, en discutant avec nos amis, en allant au cinéma… La langue évolue tout le temps, donc on est tout le temps aux aguets. On essaye de repérer ces mots nouveaux en permanence. »

La récurrence d’un mot est importante pour qu’il sorte du lot et qu’il soit adopté. Si le néologisme est souvent employé, alors il a sa chance. Par la suite, si on reconnaît que la fréquence d’emploi est significative et que le mot peut possiblement intégrer le dictionnaire, le mot passe le test des discussions houleuses qui ont lieu entre les membres de l’équipe. Le mot est alors adopté définitivement par un système de vote.

Des mots qui reflètent notre société

Outre le fait que les nouveaux mots soient souvent utilisés de façon récurrente dans nos quotidiens, ils en disent également beaucoup sur notre société actuelle. Le Robert a la réputation d’être progressiste, pas étonnant donc qu’il ait intégré le pronom « iel », un néologisme qui a émergé avec l’affirmation de la communauté LGBTQI+.

Parfois, les nouveaux mots surprennent… En 2015, on voyait « bolos » se faire une place parmi les définitions ; en 2019, « liker » intégrait lui aussi la grande famille du dictionnaire. Dans la nouvelle édition imprimée, sont mis à l’honneur les mots qui émergent de la crise sanitaire. On trouve ainsi dans la nouvelle édition du Larousse « vaccinodome » ou encore « antivax ». Pour un peu plus de gaieté, « s’enjailler » fait aussi partie des nouveaux.

Pour résumer cela plus simplement, un dictionnaire ne décide pas de la langue française, il la recense ! Ce n’est pas le dictionnaire qui décide des usages, mais bien les usages qui décident du dictionnaire…

De nouveaux mots entrent, d’autres en sortent

Certains domaines voient de nombreux nouveaux mots entrer dans les nouvelles éditions. Par exemple, la gastronomie démocratise de plus en plus de plats étrangers, comme les mets chinois où japonais qui sont en pleine expansion. L’univers du numérique produit lui aussi de nombreux nouveaux mots, ce qui peut s’expliquer par une évolution constante des pratiques et des découvertes technologiques.

En termes de niveau de langage, il n’y a pas de restriction. Cependant, si un terme est issu du langage familier, cela sera stipulé dans sa définition. Par exemple, le mot « Bling-bling » avait suscité de nombreux débats, avant d’être finalement intégré.

Mais si environ 150 nouveaux mots font leur entrée chaque année dans le dictionnaire, certains en sortent également. Le Larousse réexamine ainsi ses mots tous les 10 ans. En 2012, 400 mots ont été supprimés. C’est le cas pour « avant-soirée » ou encore « miniteler » ; l’utilisation du minitel étant aujourd’hui très réduite…

 

Sources :

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