Avec la sortie récente du tome 2, l’éditeur Urban Comics propose la conclusion des premières aventures du Dynamic Duo sous l’égide de Mark Waid et Chris Samnee. Entre hommage et réintroduction, la mini-série Batman & Robin Année Un parvient-elle à s’émanciper de son passé ou cherche-t-elle plutôt à s’y complaire ?
Entre hommage et continuité
Ce qui marque durant les premiers chapitres, c’est le style de narration et artistique choisi par le duo de créateurs. Le talent de Chris Samnee en tant que dessinateur n’est plus à démontrer avec un style marqué faisant référence au passé du monde des comics. Ainsi, sa présence au sein d’une équipe créative amène souvent un sous-texte transmis par le biais de la série dans laquelle il est impliqué.
C’est exactement le cas dans cette mini-série de 12 épisodes. Les inspirations sont ici nombreuses et magnifiquement bien digérées par le dessinateur. On lorgne ainsi du côté de Batman Année Un avec un Batman possédant la même carrure athlétique et le même costume épuré. Mais on lorgne surtout du côté de la série animée Batman des années 90. La série a définitivement eu une grande influence durant la création de la mini-série. Rien que les designs du commissaire Gordon, de Bruce Wayne et de Gueule d’Argile ne s’en cachent pas.

Le style iconique de la série en devient le fil directeur, mais les auteurs ne se cachent pas non plus de reprendre ce qui faisait l’identité du Chevalier Noir durant les années 40/50. Rien que la manière dont sont présentés les soubassements du Manoir Wayne appuie cette initiative.
Néanmoins, cet hommage est parfois trop appuyé et casse la cohérence du récit, notamment via l’apparition de la Batmobile des origines. Cette version se démarque trop de l’ambiance générale et déteint sur l’immersion que nous offre l’œuvre. C’est peut-être un des défauts que l’on peut imputer à cette série en 12 chapitres.
En faisant une quantité de clins d’œil à l’univers riche du héros, elle n’arrive pas à s’en dépêtrer et finit par s’enfermer dedans. Elle parvient tout de même à délivrer une histoire qui se suit, reprenant la structure de la série animée culte de Bruce Timm. Nous sommes plongés dans une Gotham City vivante et peuplée de personnages hauts en couleur au sein d’une histoire classique, mais possédant une efficacité évidente.
Mark Waid a toujours réussi à bien assimiler les codes du passé du monde des comics ainsi que de ses dérivés cinématographiques et télévisuels et fait preuve du même talent ici. Et ce qui est certain et encore prouvé dans cette mini-série, c’est son attachement pour les personnages.

Un duo cherchant sa dynamique
L’élément central de Batman & Robin Année Un se trouve dans la relation entre Bruce Wayne et Dick Grayson. Mark Waid se penche sur la dysfonctionnalité de ce duo iconique, chose que l’on a rarement vu les concernant. Cette suite indirecte au Long Halloween de Jeph Loeb et Tim Sale voit ainsi interagir deux personnages aux personnalités diamétralement opposées.
Batman incarne encore ce héros solitaire et à l’esprit calculateur qui n’a jamais pris en considération une collaboration sur le terrain dans son combat contre le crime. De l’autre, Robin amène une légèreté et une provocation enfantine qui cachent au fond une fuite en avant face aux événements traumatisants qu’il a récemment vécus.
On assiste aux débuts difficiles d’un duo qui n’arrive pas à se comprendre. Ils tenteront malgré tout de s’ouvrir l’un à l’autre pour passer ce handicap, avec l’appui d’un Alfred toujours présent quand il le faut. Cette dynamique devient la qualité principale de ce récit et participe en grande partie à l’intérêt de cette lecture.
Cependant, ce duo n’est pas le seul élément important de l’histoire. Au fur et à mesure des chapitres, Mark Waid finit par faire côtoyer deux figures mythiques, mais trop souvent délaissées du bestiaire du Chevalier Noir. Durant un enchaînement de diverses circonstances, Gueule d’Argile et Double-Face finissent par s’allier pour contrôler la pègre de Gotham.

Ce qui marque tout d’abord, c’est de voir à quel point les deux vilains se complètent habilement bien. L’un se cache par le biais de plusieurs identités tout en tentant de rester ce qu’il a été par le passé, tandis que l’autre est partagé par deux identités qui le divisent, mais font malgré tout partie d’un seul et même être. Ces deux monstres à l’âme désespérée et possédant plusieurs facettes offrent des interactions intéressantes et prouvent tout leur potentiel.
L’histoire se termine donc dans l’affrontement de deux duos aux personnalités qui semblent différentes au premier abord mais qui, en creusant un peu, s’assemblent étonnamment bien. C’est là que l’on ressent toute la compréhension de l’univers dans lequel nous plonge le scénariste Mark Waid.
Batman & Robin Année Un est une lecture plaisante. Elle ne cherche malheureusement pas à marquer les mémoires comme d’autres récits en leur temps, mais offre un hommage appuyé et réussi au passé riche de l’Homme Chauve-souris. Le duo d’artistes n’oublie pas d’y apporter un soupçon de nouveauté, que ce soit dans la dynamique des deux héros et dans celle du duo de vilains tragiques.
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