Trent Reznor : retour sur le parcours d’un artiste « torturé » !

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Trent Reznor, leader et compositeur de Nine Inch Nails, est un artiste complet au parcours exceptionnel. Entre torture synthétique et poésie éthérée, son œuvre est réellement à part. Au-delà de son œuvre, l’artiste s’est intéressé à divers genres et domaines de composition. De plus, il a toujours remis en question le rapport de l’artiste à son public et la diffusion de ses œuvres. Revenons ensemble sur la carrière de cet individu d’exception.

Trent Reznor e(s)t Nine Inch Nails

Né en 1965, Michael Trent Reznor démontre des précocités vis-à-vis du piano. Suite au divorce de ses parents, il passe sa jeunesse chez ses grands-parents dans un bled champêtre de Pennsylvanie (USA). Là-bas il vit une enfance heureuse, à l’abri du « vrai monde ». Il apprend sur place à jouer du tuba et du saxophone tout en se perfectionnant aux claviers.

Arrivant à l’université, Reznor intègre un groupe avec lequel il joue trois fois par semaine. Sa décision est prise, il arrête la fac après un an pour se consacrer à la musique. Trent s’installe alors à Cleveland (Ohio) et joue pour divers groupes locaux. A la fin des années 80, il obtient un job dans un studio d’enregistrement où il est assistant ingénieur et concierge. Coup classique, il négocie alors avec le gérant pour y enregistrer ses maquettes en dehors des horaires d’ouverture. Mais les démos de Trent sont complexes et il ne trouve pas de groupe pour jouer. Ainsi, il prend les choses en mains et décide de jouer tous les instruments, en s’aidant évidemment de synthétiseurs. L’aboutissement est une démo en 1988 que plusieurs labels trouvent positives.

Nine Inch Nails

Le premier album sous le nom de scène Nine Inch Nails, Pretty Hate Machine sort en 1989. L’accueil est très enthousiaste. On trouve des morceaux autant metal, qu’électroniques voir industriels. Il y a définitivement une inspiration du côté de Depeche Mode mais également de Bowie et de groupes prog et metal des années 80. Mais les relations de Trent avec son label se désintègrent assez vite. En effet, devant le succès du premier projet, l’éditeur entend avoir plus de contrôle sur la direction artistique de Reznor. Ce dernier leur intente un long et fastidieux procès.

Le second EP du « groupe », Broken, remporte un Grammy Award dès 1993. Pour continuer sur la lancée, Trent entend offrir une suite digne de ce nom à NIN. Pour ce faire, il loue l’ancien manoir où Sharon Tate et ses amis se sont fait massacrés par les disciples de Charles Manson en 1969. En résultent divers projets. Le premier est l’album classique de NIN : the Downward Spiral en 1994. Il s’agit encore aujourd’hui de l’album le plus vendu du groupe, avec des morceaux caractéristiques comme Closer ou Hurt. Le projet est très noir et contient toute l’essence de la dépression de Trent. L’accueil critique est très positif.

La même année, Reznor s’illustre comme producteur du premier disque d’un jeune chanteur qu’il a repéré : Marylin Manson. Leur relation sera de courte durée, Reznor reprochant son comportement global à Manson et l’accusant d’être devenu ce qu’il détestait : une icône pop.

En 1995, NIN fait les premières parties de Bowie lors de sa tournée américaine. Il s’agit d’une occasion en or pour Reznor qui partage l’affiche avec son idole.

logo de Nine Inch Nails - Cultea

Collaborations et indépendance

Par la suite, Reznor s’illustrera en collaborant avec d’autres artistes. On le retrouve ainsi aux côtés de Rob Halford, chanteur de Judas Priest, en 1998. En 2008 il est aux côtés de Peter Murphy du groupe Bauhaus pour des titres inédits et des covers de Joy Division. Enfin, en 2013 il assure une partie de la production du nouvel album des Queens of the Stone Age. La collaboration est aussi interne puisque le « groupe » NIN n’existe pas vraiment. En effet, il n’y a que le noyau Reznor et des musiciens recrutés pour certaines sessions studios mais surtout pour la scène.

Nous avons vu plus tôt que Reznor n’apprécie pas qu’un label lui dicte sa conduite. Cette volonté d’indépendance va être marquée en divers occasions notables. En effet, Reznor s’engage à démocratiser l’usage de la licence Creative Common. Il s’agit de publier des musiques et de les rendre libres de droits. Ainsi, le partage et la modification ne sont pas sous copyright. Un exemple est son album Ghosts I-IV paru en 2008. Le rappeur Lil Nas X avait d’ailleurs eu recourt à un morceau instrumental de cet album pour son hit Old Time Road en 2019.

De plus, Trent aime brouiller les pistes et tester des nouveaux modes de diffusions. Par exemple, il a l’idée d’offrir son album en dématérialisé et de faire payer des sommes graduellement pour des éditions plus ou moins limitées.

Enfin, l’aspect participatif et communautaire est très présent chez NIN. Ainsi, il n’est pas rare que Reznor offre des instrumentales pour que les gens les partagent ou remixent eux-mêmes. Il en va de même avec des rushs professionnels de concerts du groupe. A noter que tout cela fonctionne très bien économiquement. Par exemple, l’album Ghosts I-IV était gratuit mais les ventes en physique et éditions collectors lui ont rapporté plus d’un million de dollars en moins d’une semaine !

Trent Reznor & Atticus Ross

S’il est une rencontre passionnelle dans la vie de Reznor, c’est bien celle avec Atticus Ross. Ce dernier est un compositeur britannique et la rencontre des deux compères remonte à la fin des années 1990. Depuis, ce dernier est crédité comme le second cerveau de NIN et assure avec son collègue toutes les productions cinématographiques du groupe.

En effet, depuis les années 90, il est aussi question de réaliser des bandes-son pour le cinéma. De plus, les deux musiciens ne travaillent pas avec n’importe qui… On les retrouve dans les petits papiers d’un certain David Fincher, et ce à trois reprises. Dans un premier temps pour le grandiose The Social Network, narrant l’épopée du jeune Mark Zuckerberg créant Facebook. Ce projet leur rapporta un Oscar et un Golden Globe de la Meilleure Bande Originale. Ensuite ils planchent sur son long-métrage Gone Girl. Puis enfin tout récemment chez Netflix avec le long-métrage Mank.

On les retrouve aussi sous la houlette de Michael Mann pour Hacker en 2015. Ils donnent un coup de main à Jonah Hill pour son premier très bon long-métrage 90’s. Enfin, ils dirigent d’une main de maîtres les productions orchestrales du dernier PIXAR en date, Soul. En effet, ce dernier projet leur a pour l’instant rapporté un Golden Globe et ils sont en bonne voie pour les Oscars. Trent Reznor et Atticus Ross - Cultea

Quelques recommandations de titres pour découvrir son univers

Terrible Lies

Commençons par le premier album de Nine Inch Nails : Pretty Hate Machine. Ce morceau présente déjà des caractéristiques essentielles de la musique de Reznor. On retrouve une signature rythmique singulière marquée et tranchante grâce probablement à une boîte à rythme. On trouve beaucoup de synthétiseurs aux sonorités industrielles, rappelant des phases de la carrière de Depeche Mode. Enfin, rock des 90’s oblige, il y a une petite présence de guitare électrique saturée sur une bonne partie du morceau. Concernant le propos, on retrouve l’idée d’un homme torturé se sentant trahi par son Dieu mais ne pouvant se passer de lui. Reznor aborde ici les thèmes de la religion, de la dépendance et la philosophie en général.

Hurt

Sans doute le plus grand classique de NIN, le morceau n’a jouit de la notoriété internationale que lorsque Johnny Cash s’en est emparé. Clairement pas joyeuse, la chanson aborde les thèmes de la dépression et du suicide. « Je me suis fais du mal aujourd’hui, pour voir si je ressentais encore quelque chose ». L’automutilation n’est pas forcément énoncée mais l’idée de se blesser est au centre du morceau. L’auteur décrit une situation de vide émotionnelle où la question de l’intérêt de la vie se pose. Ces mots repris par Johnny Cash ont un tout autre sens puisque le chanteur était alors âgé et au bord de la mort. Les paroles « Tous ceux que je connais s’en vont à la fin » portent l’idée que le vieil homme est lassé d’avoir vu tout ses proches trépasser un à un. Il n’est donc pas isolé dans son désespoir mais bien par le temps.

La Mer

La Mer est un passage particulier de la vie de Trent Reznor. En effet, le morceau constitue à la fois l’apogée de sa dépression et la conclusion qu’il ne passerait finalement pas à l’acte. Ainsi, le chanteur avait loué une maison au bord de la mer avec l’idée d’y passer ses derniers jours avant son suicide. Il emmène avec lui de quoi composer et après quelques jours passés à contempler la mer, cette musique instrumentale lui est venue. Le morceau est construit comme une montée en tension. Au départ, le mouvement de piano décrit le calme de la mer. Ce dernier est alors bouleversé par les idées noires de Reznor songeant au pire. Mais il est intéressant d’observer qu’à la fin, c’est le calme marin qui reprend le dessus.

Getting Smaller

Getting Smaller est un choix un peu particulier. En effet, il nous fallait bien refléter ce pendant de la discographie de NIN : la violence. Beaucoup de morceaux possèdent un tempo agressif et un chant crié, prêt à tout arracher. Les premiers morceaux reflétant ce penchant pour le « criard » sont évidemment Head Like A Hole et Wish. Getting Smaller reprend exactement les mécanismes de Wish au point que cela en est presque grotesque. Il est issu de l’album de plus accessible du groupe : With Teeth (2005). Un album qui n’a pas forcément une bonne place dans la discographie de NIN mais qui se veut une porte d’entrée confortable pour pénétrer dans l’univers musical de Reznor.

 

Aujourd’hui, Trent est plus actif que jamais. Entre la parution de la suite de Ghost avec Ghost V Together et Ghost VI Locust et sa récente victoire aux Golden Globes pour Soul de PIXAR, il est inarrêtable. Fort d’une carrière de treize albums, l’aventure Nine Inch Nails est loin d’être finie. 

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