Peter Brook, l’inventeur de « l’espace vide » au théâtre

Peter Brook, l’inventeur de « l’espace vide » au théâtre

Peter Brook, célèbre metteur en scène avant-gardiste, est mort ce samedi à l’âge de 97 ans. Une longue vie bien chargée pour cet homme du théâtre qui laissera derrière lui de nombreux spectacles, mais surtout une vision du théâtre singulière. Retour sur le créateur de « l’espace vide » et du Centre international de recherche théâtrale (CIRT).

L’ascension fulgurante de Peter Brook

Enfant de parents juifs émigrés de Lituanie, Peter Brook naît à Londres le 21 mars 1925. Ses parents avaient dû s’exiler en 1907 car le père de Peter appartenait au parti menchevik. Ils font des études en France et Belgique, mais trouvent refuge dans la capitale anglaise alors que l’armée allemande fait son arrivée en Belgique. Le nom de ces derniers, Bryck, a été transformé en Brouck lors de leur passage en France et finalement est devenu Brook en Angleterre.

Passionné par le cinéma, le jeune Peter pense à devenir réalisateur. Cependant, ce milieu lui paraît inaccessible. Le jeune homme, qui jouait déjà Hamlet à 5 ans avec ses marionnettes, décide de se tourner vers les planches du théâtre.

« Shakespeare est à l’origine de tout. » – Peter Brook

La carrière du jeune homme est fulgurante ! Sa toute première mise en scène professionnelle, il la fait à 21 ans avec du Shakespeare (Peines d’amour perdues). Shakespeare le suivra toute sa vie, incarnant en quelque sorte son père spirituel. L’année d’après, il signe Roméo et Juliette. 22 ans et déjà deux spectacles signés Peter Brook. L’ascension est folle et à 23 ans, il est nommé directeur de production à l’Opéra royal de Covent Garden. Il bouscule trop les habitudes de l’institution et provoque un scandale lors de la mise en scène de Salomé de Richard Strauss. Le jeune Peter Brook est renvoyé.

Dans les années 50, le rapport au théâtre du jeune Anglais commence à muer. Ces changements, amenant de nouvelles choses au théâtre mondial, vont faire de lui une des figures essentielles du théâtre du XXe siècle.

Peter Brook Théâtre france angleterre
Peter Brook, visage du théâtre du XXe siècle.

« L’espace vide »

Tout d’abord, il dit au revoir à Londres et se décentre à Paris et New York. Cependant, c’est pour l’influente et britannique Royal Shakespeare Company qu’en 1955, Peter Brook signe une pièce qui fait date dans l’histoire du théâtre. Avec Titus Andronicus, le metteur en scène pose les premières pierres de ce que va être « l’espace vide ».

Dans les années 60, il aborde des sujets tels que la folie des camps de la mort, de la guerre au Vietnam avec des pièces comme Marat-Sade ou US. Son Marat-Sade lui vaudra d’ailleurs en 1966 un Tony Award. 4 ans plus tôt, Peter Brook décide de renoncer à tout décor. Cette façon de faire du théâtre force le spectateur à utiliser son imagination pour deviner l’environnement. C’est cette épuration qui a fait de lui un grand nom du théâtre contemporain.

« L’espace vide » est formalisé, en 1968, par un ouvrage devenu un classique, L’Espace vide. Dans le livre, il écrit : « Je peux prendre n’importe quel espace vide et l’appeler une scène. Quelqu’un traverse cet espace vide pendant que quelqu’un d’autre l’observe, et c’est suffisant pour que l’acte théâtral soit amorcé. »

Fin du théâtre conventionnel

La fin des années 60 marque un tournant dans la carrière de Brook. Après plus de 40 succès théâtraux, il affirme avoir épuisé les possibilités du théâtre conventionnel. Il entre dans un théâtre expérimental. Voyageant aux quatre coins du globe, il mène des travaux sur le « déconditionnement » de l’acteur.

« J’étais saturé de cette imagerie que j’avais tellement aimée, et je sentais de plus en plus qu’au cœur du théâtre, il y a une seule chose, qui est l’être humain, et donc l’acteur. » – Peter Brook au Monde en 2010.

Dans cette nouvelle vision du théâtre, Brook casse la rampe. Il met fin au quatrième mur qui coupe les acteurs des spectateurs. En 1970, il signe l’une des pièces qui résume le mieux « l’espace vide » qu’il théorise plus tôt. Dans Songe d’une nuit d’été, il perche les comédiens sur des trapèzes dans un espace blanc totalement vide, encadré de seulement 3 murs.

Théâtre Samuel Beckett
Fragments de Samuel Beckett mis en scène par Peter Brook. / © Pascal Victor

CIRT et théâtre des Bouffes du Nord

Cette même année, il crée le Centre International de Recherche Théâtrale (CIRT). Composé d’acteurs de toutes origines, le CIRT lui permet de découvrir de nouvelles façons de faire du théâtre. Quelques années plus tard, Brook s’installe définitivement en France, pays où il reprend le théâtre des Bouffes du Nord. Dans ce vieux théâtre délaissé, l’Anglais ne fait aucuns travaux. Il fait seulement poser une avant-scène.

Avec le CIRT, ils joueront un peu partout en France et dans le monde. Ils joueront surtout où on ne les attend pas. Ils performeront notamment dans des foyers d’immigrés en banlieue parisienne ou dans les ruines de Persépolis. Il est alors pionnier. Fini les enfermements des acteurs à cause de leur langue ou de la couleur de la peau.

Avec sa vision particulière du 6ème art, Peter Brook marqua l’une des pages les plus importantes du théâtre. Sa touche est encore visible dans bon nombre de propositions théâtrales actuelles. L’homme qui se questionnait sur le lien entre spectateur et acteur, ainsi que sur la scène elle-même, laisse derrière lui pléthore de mises en scène toutes plus inventives les unes que les autres.

 

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