L’un des personnages les plus emblématiques de la culture populaire est de retour, avec On l’appelait Robin des Bois. Des itérations de Robin des Bois, il y en a eu énormément au cours des décennies cinématographiques qui nous précèdent. Kevin Costner dans une adaptation culte de Kevin Reynolds (1991), la version brutale de Ridley Scott (2010), le classique de Disney (1973) ou encore la récente version nauséabonde et épileptique avec Taron Egerton (2018), le Prince des voleurs est partout, tout le temps, et passionne des générations entières depuis des décennies.
Mais avec On l’appelait Robin des Bois, Michael Sarnoski, le réalisateur de l’excellent Pig et de l’acceptable Sans un Bruit : Jour 1, décide d’offrir une nouvelle relecture passionnante, brutale mais aussi extrêmement touchante du mythe de l’archer qui vole aux riches pour donner aux pauvres, emmené par un Hugh Jackman plus habité que jamais.
On l’appelait Robin des Bois : The Death Of Robin Hood
Le titre original est beaucoup plus évocateur que la traduction française (qui n’est clairement pas honteuse non plus). Les termes du contrat sont posés, On l’appelait Robin des Bois va raconter les derniers instants du célèbre Robin Hood. Michael Sarnoski a ici une mission claire et limpide : désacraliser le mythe de Robin des Bois. De quoi déconcerter le public, qui se retrouve face à une version beaucoup plus ambiguë et sombre du joyeux héros du conte Disney.

Ici, pas de belles chansons, pas d’acte de bravoure, pas de redistribution des richesses, pas de héros au grand cœur, Robin est un pur produit de son environnement hostile et violent : un homme seul, brisé, plein de regrets, qui survit face aux héritiers qui se succèdent devant lui pour venger leurs morts. Un homme aux abois, hanté par son passé, par ses années de tueries et de violence, par ces hommes, femmes et enfants qu’il a tués sans vergogne.
Une identité sombre, raconté lors d’une séquence d’ouverture particulièrement brutale dans laquelle Robin n’hésite pas à tuer de sang froid une jeune enfant venue venger ses aînés. Robin est un tueur sanguinaire qui erre sans réel but pour échapper aux héritiers de tous ceux qu’il a assassinés au cours de sa vie de bandit. Le premier tiers du film est d’une violence inouïe.
Michael Sarnoski met en scène des séquences d’action abruptes, sans esthétisation outrancière, sans regard ostentatoire. Des combats âpres, brutaux, bruts de décoffrage, mis en scène avec une précision séduisante. Une cruauté crasseuse et rageuse, qui vient d’entrée de jeu, déconstruire le mythe de Robin des Bois. Un premier tiers galvanisant, qui doit beaucoup à The Northman de Robert Eggers et à l’inoubliable Valhalla Rising de Nicolas Winding Refn. Même esthétique froide, même colorimétrie bleue, mêmes combats sauvages. Vrai film de viking en somme.
La rédemption de Old Man Robin
Puis, d’un seul coup, alors que Robin atterrit, blessé, dans un prieuré bâti sur une magnifique île isolée aux allures de paradis perdu, le film change radicalement de ton. Michael Sarnoski délaisse la violence physique pour emmener son personnage et ses spectateurs dans une approche beaucoup plus psychologique. Le récit emmène son Old Man Robin dans une recherche de rédemption.

Mais si certains sont prêts à lui pardonner, Robin des Bois se refuse à la paix intérieure, trop brisé par ses faits d’armes, par toute l’horreur qu’il a connue durant des décennies. Si, dans ce prieuré, il a la possibilité de guérir physiquement, mais surtout moralement, son passé trouble ne fait que le rattraper constamment, à travers quelques retournements de situation malins, logiques et qui permettent de faire avancer l’intrigue dans une direction que le titre spoile évidemment sans vergogne. Une trajectoire et un ton qui rappellent aussi parfois l’immense L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford.
Une rupture de ton qui déstabilisera plus d’un spectateur, entre une première partie brutale, et une seconde calme, presque accueillante et bienveillante. Avec ce changement drastique de ton, Michael Sarnoski parvient à se libérer des diktats de l’industrie hollywoodienne, et ne se plie pas au cahier des charges d’un blockbuster de ce calibre. En ça, Michael Sarnoski parvient à trouver le juste milieu entre ses deux précédentes œuvres : la puissance introspective de Pig et la mise en scène créative et impressionnante de Sans un Bruit.

On l’appelait Robin des Bois doit également beaucoup à la présence physique et émotionnelle de Hugh Jackman. Le comédien, habile, touchant, parvient à donner une épaisseur impressionnante à cette figure iconique déjà tant incarnée et déclinée. Dans la peau de ce personnage crépusculaire, forcément on le revoit aussi, un peu, dans le rôle de l’iconique Old Man Logan dans le film de James Mangold.
Deux rôles miroirs, deux personnages désabusés qui doivent continuer à vivre malgré leurs montagnes de regrets, à la recherche d’une rédemption qu’ils trouveront tous les deux dans le regard d’une petite fille traumatisée par une vie violente et dangereuse. Deux trajectoires dont les parallèles sont nombreux et parlants. Hugh Jackman trouve ici tout simplement l’un des plus beaux rôles de sa carrière, épaulé par une Jodie Comer incarnée, tout en finesse, en gentillesse, et en vulnérabilité touchante, au regard mélancolique, elle inonde l’écran de sa solarité.
Bref, On l’appelait Robin des Bois est une proposition hybride et passionnante, qui vient déjouer les codes du tout venant hollywoodien avec un savoir-faire impressionnant. Une œuvre violente, touchante, sans concession, qui offre à Hugh Jackman l’un des plus beaux personnages de sa carrière déjà bien remplie. On vous le conseille sans plus attendre !
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