« Yellowstone » : 4 raisons de découvrir ce monumental western [critique]

« Yellowstone » : 4 raisons de découvrir ce monumental western [critique]

En mai sortait la première partie de la cinquième saison de Yellowstone, portée par Kevin Costner. La deuxième partie devrait être disponible début 2024 sur Paramount +. Juste le temps qu’il faut pour découvrir tranquillement ce pur néo western de 53 épisodes.

Synopsis : John Dutton est propriétaire d’un ranch de plusieurs milliers d’hectares dans le Montana. Ses nombreuses terres attirent les convoitises de sociétés d’investissement new-yorkaises décidées à y construire, par tous les moyens, des infrastructures touristiques. Avec l’aide de sa famille et de cowboys déterminés, il se lance dans une guerre sans pitié pour que le Yellowstone Dutton Ranch ne devienne pas une deuxième Californie.

Yellowstone : un western moderne, mais un western avant tout

Les cowboys de Yellowstone conduisent des 4×4, des quads et pilotent des hélicoptères. Ils communiquent par téléphone portable et ont le wifi dans le ranch familial. Pas très western à première vue… Pour autant, quand il s’agit d’escorter le bétail jusqu’aux pâturages reculés, hors des sentiers battus, les voitures sont inefficaces et la 5G disparaît. Ne restent alors que les chevaux, l’esprit de camaraderie et une volonté d’acier.

La série suit une progression assez peu commune. Les premières saisons sont un pur western, aux antagonistes redoutables et aux confrontations spectaculaires. Les dernières s’apaisent quelque peu pour se concentrer sur la beauté de l’Ouest américain. Le métier de cowboy est célébré pour sa noblesse et son authenticité. Dans l’ensemble, la famille Dutton attire invariablement les problèmes. Si on relève des facilités scénaristiques, les dialogues et le suspens compensent dans la balance. Et la distribution est impeccable.

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Cowboys de la série Yellowstone © Paramount Network

Un casting cinq étoiles

Yellowstone possède une qualité rare : chaque acteur colle parfaitement à son personnage. Et pour une série qui s’interroge sur la place et la responsabilité de l’homme envers sa famille, les rôles masculins sont distribués tout en justesse.

La carrière tout entière de Kevin Costner semblait destinée à ce personnage de John Dutton. L’archétype du sage, du patriarche. Sans trop d’effort, le héros de Danse avec les loups annihile tout sur son passage. Sa présence à l’écran est puissante. Son fils, Kayce, est interprété par Luke Grimes, un talent prometteur aux allures de héros des films de Michael Mann. C’est Cole Hauser, vu notamment dans Will Hunting, qui campe Rip Wheeler, le chef des cowboys. Un vrai chef. Comme on n’en fait plus. Incarnation même de la virilité qui donnerait envie au dernier des geeks de quitter son ordinateur pour courir à la salle de sport. Seul le jeu de Wes Bentley, incarnant Jamie, frère de Kayce, laisse perplexe.

Mais si Yellowstone rayonne, c’est aussi grâce à l’extravagante Kelly Reilly (Sherlock Holmes, Flight, Mystère à Venise). L’actrice britannique semble avoir trouvé chaussure à son pied en la personne de Beth Dutton, fille de John. Cette femme excentrique, génie de la finance et alcoolique avérée, est un paradoxe incarné. Elle a en horreur la vie de cowboy, mais irait jusqu’au bout du monde pour aider un père qu’elle considère comme son dieu. Sa prestation est étonnante de vérité et de dévotion à son personnage. L’autre figure féminine de la série s’appelle Monica, femme de Kayce, issue de la réserve. Elle est interprétée tout en finesse et en sobriété par Kelsey Chow (Wind River).

Yellowstone : une série à contre-courant

Si la série Yellowstone a un tel succès au États-Unis (il s’agit du TV show le plus regardé sur l’année 2022-2023, avec plus de 10 millions de téléspectateurs par semaine), c’est à première vue parce qu’elle explore les mythes qui font rêver les Américains. Il existe effectivement au pays de Lincoln une fascination pour l’Ouest et ce qui l’accompagne : les cowboys, les armes, la violence, la nature sauvage, etc.

Pourtant, cette série intrigue au-delà de l’aspect mythique. Elle est le témoin d’une fracture nationale. Yellowstone confirme et atteste la séparation de deux Amériques : celle, démocrate, des villes, de l’écologie à outrance et du wokisme ; et celle des périphéries, de la campagne, plus conservatrice, plus républicaine. Yellowstone présente un monde dans lequel celui qui ne possède pas d’arme est en danger. Dans un État du Montana que les promoteurs immobiliers new-yorkais et californiens lorgnent d’un œil cupide, John Dutton se fait élire gouverneur en prenant pour slogan politique : « Je suis l’opposé du progrès, je suis le mur sur lequel il s’écrase. »

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Le gouverneur John Dutton © Deadline

John Dutton est un chef de famille. En tant que gouverneur, il prend la défense des petits fermiers, des agriculteurs. Dans une scène hors du temps, il tient tête à une militante écologiste et lui explique pourquoi elle a tort d’agir comme elle le fait. Yellowstone est une série de l’Amérique rurale, des oubliés et des petites gens. Cela ne plaît pas à tout le monde, mais le résultat est là. La série est numéro 1. Si bien que son créateur, Taylor Sheridan, lui a déjà écrit deux préquels : 1883 et 1923.

Yellowstone et la culpabilité américaine face aux peuples amérindiens

La série est très marquée par la culpabilité des Américains face aux effets de la colonisation sur les populations amérindiennes. Dans l’État du Montana, les réserves indiennes sont très souvent contestées. Les derniers chefs de ces communautés font tout pour préserver leurs terres, qu’ils considèrent comme sacrées. Ils se confondent en compromis pour tenir le pays de leurs ancêtres hors des mains des agents immobiliers et des touristes.

Dans ce contexte, John Dutton et ses cowboys ont souvent affaire à eux. Et notamment à l’un des principaux représentants de leur peuple, Thomas Rainwater. Cet homme discret et pragmatique à la prestance d’un chef comanche aura plusieurs fois, au cours de la série, à s’allier aux Dutton pour contrer un ennemi implacable. Les liens de l’illustre famille avec la communauté amérindienne sont d’ailleurs affirmés par le mariage de Kayce et Monica. Leur fils, Tate, est le seul descendant, pour l’heure, à perpétuer le nom de Dutton.

Yellowstone est un pur néo western. On frissonne face à ce drame moderne comme on frissonnait devant les duels de Sergio Leone. Le standing est au plus haut, et relègue les productions originales Netflix au rang d’outsiders. Les grandes figures d’un Hollywood plus traditionnel s’arrachent cette série qui sort de l’ordinaire. Après Sam Elliott pour 1883, et Harrison Ford dans 1923, Matthew McConaughey est pressenti pour succéder à un Kevin Costner sur le départ. Alors si l’avenir est incertain, le spectacle, lui, est assuré. Damn it !

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