Marseille : une course contre la montre pour préserver la grotte Cosquer

Marseille : une course contre la montre pour préserver la grotte Cosquer - Cultea

C’est une course contre la montre qui prend place à Marseille. La grotte Cosquer, située dans les calanques, est menacée par la montée des eaux. Ce site, classé au patrimoine préhistorique mondial, regorge de chefs-d’œuvre de l’art pariétal. Ainsi, depuis 2016, la Villa Méditerranée travaille sur une réplique de la grotte en 3D pour conserver ce trésor. Par ailleurs, la reconstitution de la grotte de la villa sera accessible au public dès le 4 juin 2022.

Une grotte de Lascaux sous-marine

Sa découverte

La grotte Cosquer a été découverte en 1985, par Henri Cosquer. Le plongeur-scaphandrier et animateur de plongée aurait découvert l’entrée sous-marine de la grotte par hasard lors de l’une de ses plongées. Située à 15 mètres du rivage, Henri Cosquer décide de s’y aventurer par étapes. Ainsi, il finit par franchir le long boyau remontant de 137 mètres avant d’arriver sur une cavité, creusée par l’eau et le temps.

« Un jour, j’ai fait surface dans la grotte plongée dans le noir. T’es trempé, tu sors de la boue, tu glisses. Il m’a fallu plusieurs incursions pour en faire le tour. Au début, je n’ai rien vu avec ma lampe et puis je suis tombé sur la peinture d’une main. Tout est parti de là. »

Henri Cosquer

Malgré la loi qui stipule qu’un tel endroit doit être déclaré au plus vite pour sa préservation, Henri Cosquer gardera longtemps sa découverte pour lui et ses proches. Seulement, des rumeurs d’un « Lascaux sous-marin » circulent. Ces dernières attirent des plongeurs, dont trois trouveront la mort dans le boyau de 137 m. Il aura fallu attendre 1991 pour qu’Henri Cosquer déclare sa découverte aux autorités. Dès lors, une grille de sécurité sera installée à son entrée, et seules les équipes scientifiques y auront accès. Ainsi, la grotte sera authentifiée comme un site préhistorique majeur, portant désormais son nom.

Un trésor inestimable

229 figures de 13 espèces sont représentées sur le site. Des chevaux, des bouquetins, des bovidés, des cerfs, des bisons, des antilopes saïga, des phoques, des pingouins, des poissons, un félin et un ours… Autrement dit, c’est une grande variété d’animaux qui orne les parois de la grotte. Des pochoirs de mains, rouges ou noirs, ont été également répertoriés : 69 en tout. Trois empreintes involontaires – dont celles d’enfants – sont également présentes sur le site. De plus, une centaine de signes géométriques s’ajoutent à la liste avec huit représentations sexuelles masculines et féminines.

Cette richesse graphique serait due à la durée exceptionnelle de fréquentation de la grotte préhistorique. « Entre -33 000 ans et 18 500 ans avant le présent », selon Luc Varnell, archéologue. Un trésor inestimable. De fait, la grotte Cosquer est la seule grotte paléolithique sous-marine répertoriée au monde.

« La densité des représentations graphiques place Cosquer au niveau des quatre plus grandes grottes au monde d’art pariétal du Paléolithique avec Altamira en Espagne, Lascaux et Chauvet en France. Et comme il est probable que les parois aujourd’hui sous l’eau étaient à l’origine également ornées, cela fait de Cosquer un site unique par sa taille en Europe. »

Luc Varnell (France Info)

Un patrimoine menacé

La montée des eaux

Certaines gravures commencent à disparaître à cause de la montée des eaux. Ce n’est qu’une question de temps avant que la grotte Cosquer ne soit complètement immergée. En effet, l’eau progresse de quelques millimètres chaque année. Mais soudainement, à l’été 2011, une montée des eaux de 12 centimètres fut constatée. Michel Olive et Luc Varnell tirent alors la sonnette d’alarme.

« C’était une catastrophe, un choc qui nous a effondrés psychologiquement. »

Luc Varnell (France Info)

D’énormes dégâts sur des dessins de chevaux avaient été engendrés par cette montée des eaux. Un phénomène irréversible, conséquence direct du réchauffement climatique et de la pollution marine.

« Toutes les données recueillies montrent que la montée des eaux va de plus en plus vite. La mer, qui monte et descend dans la cavité en fonction des variations climatiques, lessive les parois et sape des sols riches en informations. »

Stéphanie Touron, géologue et spécialiste des grottes ornées au Laboratoire de recherche des monuments historiques en France (France Info)

En plus du rejet des eaux usées à proximité du site, la grotte Cosquer fait également face à la pollution par les microplastiques. Cette dernière accélère en effet la dégradation des peintures. L’Etat français a donc lancé une étude nationale pour enregistrer ce patrimoine préhistorique au plus vite. Une étude dirigée par l’archéologue Cyril Montoya, dans le but de mieux comprendre l’activité des hommes préhistoriques dans cette grotte. Elle doit débuter cet été.

Le défi de la réplique

L’idée de faire une reconstruction de la grotte Cosquer destinée à la faire découvrir auprès d’un large public s’est formée dès sa découverte. C’est en 2016 que la région Provence-Alpes-Côte d’Azur décide d’implanter cette réplique dans la Villa Méditerranée. Cette villa est un bâtiment moderne inexploité, situé au cœur historique de Marseille, à côté du MuCEM. Ainsi, la société Klébert-Rossillon fut en charge de concevoir, construire et gérer cette reconstitution. Un réel défi à relever, puisqu’il fallait faire rentrer la réplique de la grotte dans un espace plus petit, sans manquer de rester le plus fidèle possible à l’orignal. De fait, un enjeu de taille à hauteur de 23 millions d’euros, dont 10 millions versés par la région.

« Notre objectif fantasmé serait de faire remonter la grotte à la surface. »

Bertrand Chazaly, responsable des opérations de numérisation (France Info)

L’entreprise a bénéficié des données de modélisation en 3D de la grotte, collectées par les archéologues. Ils ont également reçu l’aide d’une équipe de spécialistes des répliques de grottes ornées avec laquelle ils avaient déjà travaillé en 2015 sur le double de la grotte de Chauvet, en Ardèche.

Ainsi, face à la menace de voir ce trésor disparaître, les plongeurs-archéologues intensifient leurs explorations. De cette manière, ils pourront finaliser leur représentation de la grotte en 3D. Cette méthode pourra permettre à des conservateurs et archéologues d’accéder virtuellement au site, un outil indispensable selon Bertrand Chazaly. Une solution de secours face au désastre climatique qui engendre une perte inexorable des trésors du site. En attendant, la réplique de la Villa Méditerranée ouvrira ses portes au public le 4 juin 2022.

 

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