Kim Jong-il composait des opéras révolutionnaires en Corée du Nord !

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Quand on parle de musique en Corée, on pense immédiatement à la K-pop. On imagine ces groupes de jeunes hommes ou femmes se dandiner en rythme tout en chantant une pop énergique. Cette image est pour le coup fondée, si tant est que l’on parle de la Corée du Sud ! En effet, en Corée du Nord, c’est une tout autre ambiance… Préparez-vous à découvrir des opéras à la gloire du parti unique nord-coréen !

C’est quoi, la Corée du Nord ?

La Corée du Nord est un territoire complexe. Tentons d’abord d’en résumer rapidement le parcours. À la fin du XIXe siècle, la Corée unifiée est envahie par le Japon. Lors de la Seconde Guerre mondiale, ce pays est allié au Troisième Reich. Ainsi, il fait partie de l’opposition aux alliés. À la fin du conflit, la libération de la Corée se fait en deux temps. D’abord au nord, par les troupes soviétiques venant de Chine. Puis au sud, par la mer, avec l’arrivée des Américains. Vous devinez la suite, l’idéologie de chacun va se répandre sur les deux parties du territoire. Au nord, on forme un comité populaire qui nationalise presque tout (propriété, industrie…), tandis qu’au sud, les États-Unis organisent des élections en vue d’élire un futur président de la « République démocratique de Corée ».

Premier véritable conflit de la guerre froide, la guerre de Corée voit s’opposer ces deux gouvernements du nord et du sud. Dans les faits, le nord déclare la guerre avec l’appui indirect de Moscou. Le conflit dure entre 1950 et 1953. Il voit s’affronter les armées du nord soutenues par l’armée chinoise face aux armées du sud soutenues par les troupes américaines. L’armistice est signé le 27 juillet 1953.

Depuis l’armistice, les deux Corées grandissent chacune de leur côté. Au sud, les liens avec l’Amérique et le Japon lui feront jouir d’abord de la révolution industrielle automobile, puis électronique, et enfin numérique. Côté nord, le pays s’industrialise très rapidement, notamment dans le milieu de l’armement et de la technologie. Réputé comme un régime totalitaire, il est vrai que les conditions de vie sont sensiblement les mêmes que dans certaines puissances européennes de la fin des années 30. Ainsi, on retrouve le parti unique, le suprême leader, une armée forte que l’on respecte, pas de protestations et un contrôle renforcé des médias.

La Corée du Nord, une puissance totalitaire- Cultea

La propagande d’État en Corée du Nord

Bien évidemment, l’État totalitaire nord-coréen pratique la propagande. Reportages, photographies, chansons, affiches… Tout est bon pour avoir une bonne image dans et hors du pays. Ainsi, dans le cadre d’une affirmation idéologique forte, deux suprêmes leaders ont eu l’idée de créer des opéras : Kim Il-sung et Kim Jong-il. La représentation théâtrale comme outil de propagande a largement fait ses preuves à travers l’histoire. En témoigne le cas du théâtre révolutionnaire lors de la Révolution française. Les auteurs y présentaient tantôt des moqueries de l’Ancien Régime, tantôt des éloges des nouveaux élus de la Nation ou encore des idées révolutionnaires. La Chine reprit cette idée sous Mao Zedong. En effet, sa dernière épouse, Jiang Qing, mit en avant des représentations d’opéra valorisant le peuple et Mao, enfin libres dans le socialisme.

Ainsi, les Nord-Coréens, proches de la Chine en matière d’idéologie, ont repris le concept vers la fin des années 1960. D’abord par des chansons à la gloire de la dynastie « Kim ». Puis sous la décision de Kim Il-Sung, leader entre 1972 et 1994, d’opéras grandioses.

L’opéra révolutionnaire coréen

Ce qui va caractériser en premier l’opéra révolutionnaire coréen, c’est l’omniprésence de thèmes sociaux issus du réalisme socialiste. On y trouve également beaucoup de nationalisme coréen, de glorification du leader et de dévotion au socialisme en général. Ses auteurs, metteurs en scène, acteurs et techniciens sont tous employés officiels du gouvernement. Toute production est soumise au regard de l’État et doit respecter des principes fondamentaux indiqués dans le livre de référence : Sur l’art et l’opéra de Kim Jong-il.

On retrouve des décors somptueux et très travaillés se voulant ultraréalistes. Les comédiens dansent sur scène et effectuent des chorégraphies au millimètre près. À noter qu’une large partie est composée de danses traditionnelles coréennes. Aussi, les chansons sont ultra-répétitives, afin que le peuple puisse bien les retenir. Cela participe aussi à « l’universalité des œuvres »…

Toujours à propos de la musique, il est intéressant de voir que les Nord-Coréens ne sont pas réfractaires aux instruments européens. Ainsi, les orchestres disposent d’un rang d’instruments occidentaux (cuivres, cordes…) et d’un rang d’instruments traditionnels coréens. Toutes les pièces sont écrites pour que les instruments européens aient toujours un rôle d’accompagnement, ou du moins secondaire. L’identité coréenne s’affirme donc aussi par la prédominance d’instruments locaux.

Les cinq « Classiques immortels »

Il existe cinq opéras en particulier qui auraient été composés par Kim Il-sung et son fils Kim Jong-il. En tant que classiques, ils ont été joués plus de 1 000 fois sur les planches du Grand Théâtre de Pyongyang.

  • Le premier et plus célèbre de tous s’intitule Mer de sang, sorti en 1971. Il raconte l’histoire d’une mère coréenne et sa famille dans la Mandchourie occupée par l’envahisseur japonais. Là-bas dans le même temps, Kim Il-sung fait la guérilla pour lutter contre l’oppresseur.
  • Un autre, La Fille aux fleurs, raconte le quotidien difficile d’une pauvre vendeuse de fleurs tyrannisée par un propriétaire japonais lors de l’occupation de la Corée. Son quartier finit par se soulever contre l’oppresseur.
  • Vient ensuite Une véritable fille du Parti qui dépeint l’histoire d’une infirmière et épouse d’un soldat lors de la guerre de Corée. Le récit montre la lutte contre le « nouvel envahisseur » américain et fait l’apologie du général dirigeant alors les forces nord-coréennes : Kim Il-sung.
  • Le Chant des monts Kumgang raconte comment une famille a pu se réunir 20 ans après la fin de l’occupation japonaise. On y voit les joies du quotidien sous le système du parti unique. Il est ironique de constater que cette pièce essaie de montrer une situation heureuse de famille réunie, alors que la situation de la Corée du Nord sépare des familles encore aujourd’hui…
  • Enfin, le dernier opéra, Dis-le, toi, forêt !, raconte comment un chef de village coréen dupe l’occupant japonais en se faisant passer pour leur allié. Sa fille, ne supportant pas le déshonneur, se suicide. L’homme choisit alors de tendre une embuscade dans laquelle il périt, ainsi que toutes les forces japonaises présentes. Ainsi cet opéra se rapproche beaucoup de la tragédie classique et rappelle quelque peu Roméo & Juliette…

Certains de ces opéras sont tellement des classiques en Corée du Nord qu’ils ont fait l’objet d’adaptations en longs-métrages. Bien qu’étant des œuvres de propagande à l’écriture douteuse, leur réalisation et leur mise en scène font preuve d’une véritable recherche artistique. 

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