Hypatia : découverte d’un fragment d’étoile dans le désert égyptien

Hypatia : découverte d'un fragment d'étoile dans le désert égyptien - Cultea

En 1996, le géologue égyptien Aly Barakat fait une découverte dans le désert Libyque. Ce qui ressemble à première vue à un granite quelconque s’avère plus tard le fruit possible d’une explosion de Supernova de type « Ia ».

Une découverte improbable

Désormais connu sous le nom d’Hypatia, le caillou retrouvé se situait dans une zone désertique appelée « Grande mer de sable », en Egypte. Elle s’étend sur plus de 72 000 km² et ses dunes sont officiellement reconnues comme les plus grandes du monde. Autrement dit, Hypatia était certainement l’aiguille à retrouver dans la botte de foin. Sans oublier que la région est également connue pour être parsemée de fragments de verre. Un verre naturel dont Toutankhamon se serait paré.

Un fragment de la pierre d'Hypatia dont la provenance resta un mystère pendant longtemps - Cultea
Un fragment de la pierre d’Hypatia dont la provenance resta un mystère pendant longtemps (crédit photo : Romano Serra)

Le phénomène s’explique par un violent événement survenu il y a 29 millions d’années. Possiblement un astéroïde qui aurait engendré tellement de chaleur que sa roche serait entrée en fusion et aurait créé ces fragments. Ainsi, parmi tout ce trésor, Aly Barakat découvre par hasard cette intrigante pierre noire. Un caillou de 3,5 cm, dont l’origine est un mystère pour l’époque.

Le mystère de ses origines

Cette pierre intrigue les experts qui se lancent dans une série d’analyses pour en comprendre l’origine. En 2013, une étude prouve que la roche ne s’est pas formée sur Terre et qu’elle devrait donc être d’origine extraterrestre. Puis, en 2015, une étude montre qu’elle ne provient d’aucun type de météorite ou de comète connu à ce jour. Ensuite, en 2018, l’équipe de l’UJ publie des analyses démontrant la découverte de phosphore de nickel, un minéral qui ne se trouvait dans aucun objet de notre Système solaire.

Pour résumer, Hypatia n’est pas d’origine terrienne, elle ne provient pas d’une météorite ni d’une comète, et pour couronner le tout, elle ne proviendrait même pas de notre Système solaire. De même qu’elle ne ressemble en rien à ce qui peut provenir de la Voie lactée. C’est ce qu’on appelle faire chou blanc. Pourtant, Jan Kramers, Gregory Belyanin et Hartmut Winkler (université de Johannesburg), accompagnés d’autres chercheurs à l’origine de cette étude, sont parvenus à une nouvelle conclusion.

Un phénomène rarissime

Une nouvelle hypothèse fait son apparition lorsque les chercheurs décident de faire un bond dans le temps. Ils remontent alors aux premiers stades de la formation de la Terre et du Système solaire, soit il y a environ 4,55 milliards d’années. Désormais, ils pensent qu’Hypatia est issue d’une Supernova de type « Ia », un phénomène qui ne se produit qu’une ou deux fois par siècle – et par galaxie. Pour comprendre, Le Parisien explique qu’une étoile similaire au Soleil se serait effondrée sur elle-même pour devenir une naine blanche. La naine blanche se serait alors approchée d’une autre étoile et l’aurait « mangée ».

De ce fait, elle serait devenue si lourde qu’elle aurait fini par exploser en Supernova « Ia ». C’est là que des atomes de gaz encore présents après l’explosion se sont collés à des particules de nuage de poussière. Ces dernières se sont solidifiées au fil des années jusqu’à former un corps compact, lors des derniers stades de la formation de notre Système solaire. Ce corps aurait alors percuté la Terre et la chaleur de l’entrée dans l’atmosphère combinée à la violence de l’impact dans le désert l’auraient brisé en mille morceaux. Hypatia faisait partie de ce corps.

« Si cette hypothèse est correcte, la pierre d’Hypatia serait la première preuve tangible sur Terre d’une explosion de Supernova de type « Ia ». »

Jan Kramers

Une théorie avec ses failles

Après de nombreuses analyses, il est presque clair qu’Hypatia provient bel et bien d’une Supernova de type « Ia ». En effet, la présence de plusieurs éléments dans la roche de cette dernière tend vers la théorie de la Supernova. Les éléments correspondent à ce qu’il faudrait s’attendre d’un objet provenant d’une explosion dense d’une naine blanche.

Pourtant, sur les 15 éléments analysés, six ne correspondent pas aux modèles de Supernova « Ia ». Cela ne compromet pas réellement la théorie de la Supernova. Mais les chercheurs pensent qu’un événement survenu encore plus loin dans le passé pourrait expliquer ces failles.

« Puisqu’une étoile naine blanche est formée à partir d’une géante rouge mourante, Hypatia aurait pu hériter de ces proportions d’éléments pour les six éléments d’une étoile géante rouge. Ce phénomène a été observé dans les étoiles naines blanches dans d’autres recherches. »

Jan Kramers.

Ainsi, Hypatia, dont le mystère persiste depuis 27 ans, serait donc un fragment d’étoile datant d’il y a des milliards d’années. Elle formerait ainsi la toute première preuve physique sur Terre d’une explosion de Supernova de type « Ia ». Un phénomène rarissime qui aura bien gardé son identité secrète jusqu’au bout.

 

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