Fjord fait partie de la sélection officielle de la 79ème édition du Festival de Cannes ! C’est un long-métrage franco-norvégo-roumain dont l’avant-première a été présentée à Cannes il y a quelques jours. Le film est un mélange de plusieurs caractéristiques dont : la contemplation, la famille et le social.
Le cinéma norvégo-roumain
Fjord coche évidemment toutes les cases du cinéma norvégo-roumain. Ce type de cinéma remonte aux années 2000 avec la « Nouvelle Vague roumaine » qui, justement, comprend des films très réalistes, minimalistes, centrés sur la vie quotidienne avec des thèmes sociaux, politiques ou psychologiques.
Le cinéma norvégien, quant à lui, est construit comme une peinture. Il est très contemplatif avec des paysages spectaculaires, une ambiance froide et introspective autour de drames psychologiques et de thrillers nordiques. Ces thèmes scénaristiques tournent généralement autour de la solitude, la famille, la nature et les tensions sociales modernes. C’est pourquoi, ces deux cinémas se marient particulièrement bien.

Fjord représente, en norvégien, une grande vallée étroite et profonde remplie de mer entourée de falaises ou de montagnes très escarpées. C’est sûrement pas un hasard d’appeler son film comme cela. Premièrement, l’histoire se déroule dans un petit village au bout d’un fjord puis en deuxième temps, un fjord a une signification plus profonde car il représenterait une sorte de profondeur émotionnelle, un refuge ou un isolement bordé par une sérénité et un calme intérieur.
Un drame familial et social
C’est un long-métrage réalisé par Cristian Mungiu, réalisateur roumain très connu, avec au casting Sébastian Stan, que l’on connaît pour son rôle majeur dans les films du MCU, et Renate Reinsve, interprète du rôle de Julie dans Julie, en 12 chapitres.
C’est l’histoire d’un couple roumano-norvégien, les Gheorghiu, qui s’installent avec leurs 5 enfants dans un petit village au bout d’un fjord où ils se lient d’amitié avec leurs voisins. Les enfants des deux familles deviennent, rapidement, très proches malgré des éducations différentes. Cependant, ce déménagement va devenir un cauchemar pour la famille lorsque que le corps enseignant découvre des marques sur le corps d’Elia, l’aînée des enfants. C’est alors que commence une lutte sociale et psychologique pour la famille.

La mise en scène est très minimaliste. On a des longues séquences contemplatives et il n’y a pas de grand effets spectaculaires et abusifs sur le récit. En effet, le réalisateur fait totalement confiance aux décors, à ses acteurs et à leur interaction avec l’environnement. Le rythme est lent mais pas ennuyant justement, on prend plaisir à le regarder et on accepte cela. Le film impose sa signature, il se sert du strict minimum pour nous faire ressentir des émotions et se sert de la photographie pour accentuer cela. On a une ambiance terne et observatrice basée sur des moments d’introspection et d’intimité.
L’aspect religieux et politique
Cristian Mungiu est un cinéaste qui refuse le manichéisme. Il ne présente ni la famille religieuse, ni les institutions norvégiennes comme totalement innocentes. Le film montre plutôt une société incapable de dialoguer, où chaque camp considère l’autre comme dangereux.
L’idée centrale de Fjord, c’est que le conflit ne vient pas seulement des personnages mais d’un monde dans lequel chacun est persuadé de faire le « bien ». C’est très important de le souligner car c’est là que le côté politique et religieux devient un des sujets majeurs du long-métrage. Le réalisateur nous montre l’envers du décor en construisant un schéma qui va à l’encontre d’un schéma simple, c’est-à-dire : « les religieux sont des personnes méchantes », « la Norvège progressiste est parfaite » ou inversement.

Il parle de ses tensions, effectivement, mais il démontre que chaque camp possède ses valeurs, ses peurs, ses contradictions et sa propre violence. Et c’est dans ces séquences, qu’en tant que spectateur, on ne sait plus quoi penser finalement. Qui a raison ou tort ? Sont-ils coupables ou non ? Les services sociaux en abusent-ils pas ? Il y a également le fait que le film partage une forme de marginalisation culturelle par rapport à la famille Gheorghiu et leurs valeurs, jugées et désapprouvées dans la société norvégienne moderne. Donc avec l’État norvégien très réglementé, ils sont oppressés et caractérisés.
C’est d’ailleurs un film très complexe dans son exécution car Cristian Mungiu laisse à voir les défauts de cette famille : l’autoritarisme du père, le contrôle exercé sur les enfants, la peur permanente de la faute morale et une éducation qui peut devenir psychologique et violente.
Avec Fjord, Cristian Mungiu livre un drame froid et profondément humain qui dépasse le simple conflit familial pour interroger les fractures idéologiques de l’Europe contemporaine. Il est parmi les favoris de la sélection officielle, pour l’instant, et représente parfaitement le cinéma norvégo-roumain. Il sortira le 19 août prochain au cinéma, hâte que vous puissiez le découvrir.
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