« Soudain » : un voyage philosophique teinté d’espoir [critique]

« Soudain » : un voyage philosophique teinté d'espoir [critique]

Ryusuke Hamaguchi, réalisateur de Drive My Car et du film Le mal n’existe pas, s’installe cette fois-ci en France avec Soudain. En plaçant son histoire au sein de nos contrées, le réalisateur arrive-t-il à garder cette singularité qui caractérise son cinéma ? 

Le temps d’une rencontre 

Le film possède une durée ambitieuse de 3h15 et cela se ressent surtout au début du film. Ryusuke Hamaguchi pose son décor et prend le temps qu’il lui faut pour le faire. Il s’intéresse à la vie d’une directrice de maison de retraite qui tente d’amener un peu d’humain dans ce travail lourd où le temps joue contre ces aides-soignants.

Cela implique donc une implication moindre pour chaque patient et une qualité de travail parfois en demi-teinte.  Marie-Lou, la directrice incarnée par Virginie Efira, essaie ainsi de changer cette méthode de travail qu’elle juge inefficace.

Durant cette première partie, on assiste à la vie de cette femme qui a toujours mis son travail avant tout le reste, au risque de mettre entre parenthèses sa vie privée. Même si la réalisation met tout en œuvre pour ne pas nous faire ressentir de l’ennui, une lassitude finit malgré tout par surgir.  

soudain-marie-lou

Soudain, elle rencontre une metteuse en scène d’origine japonaise. Sa vie s’en voit bouleversée et notre visionnage également. C’est là où réside l’essence même du long-métrage. C’est cette rencontre et la relation qui en découle qui requièrent toute notre attention. On retrouve la maîtrise de dialoguiste qui a fait connaître Ryusuke Hamaguchi avec Drive My Car par le passé.  

Même si les interactions français/japonais manquent parfois de rythme et de dynamisme entre chaque réplique, c’est surtout via son contenu et la caractérisation de ses deux protagonistes principales que le film offre tout son potentiel. On assiste ainsi à une balade philosophique et sentimentale entre deux vies opposées, l’une ayant vécu en France et l’autre au Japon.  

C’est donc une rencontre entre deux visions du monde, mêlant optimisme et fatalisme. Néanmoins, toutes ces idées scénaristiques ne seraient rien sans ses interprètes. C’est là où l’on comprend le prix d’interprétation reçu par le duo d’actrices durant le Festival de Cannes de cette année.  

Virginie Efira et Tao Okamoto portent sur leurs épaules l’entièreté du long-métrage et proposent ici une interprétation d’une sensibilité poignante et avec un naturel bluffant : elles sont totalement investies dans leur personnage. À travers ces deux interprètes, le réalisateur délivre ainsi une vision douce-amère du monde dans lequel nous vivons en l’agrémentant d’un message d’espoir. 

Un regard sur le monde 

La scène la plus marquante du film réside dans cette discussion nocturne au moment de la première rencontre des protagonistes. A l’aide d’un tableau, elles discutent du système dans lequel elles vivent actuellement en y apportant leur propre vision, inspirée par leur pays d’origine.  

Dans cette scène, Ryusuke Hamaguchi fait le constat d’un monde qui atteint ses limites, un monde régi par le capitalisme qui finit par détruire son propre écosystème. Via ses personnages, il conclut que cette mécanique salvatrice durant le siècle dernier a fait son temps et n’arrive plus à fonctionner aujourd’hui. Il y replace également le côté humain, trop longtemps omis et qui se retrouve asphyxié par le monde actuel. 

C’est tout cela qu’il met en exergue avec cette rencontre, pétrie de partage et de tendresse. C’est ce qui a toujours défini son cinéma, qui atteint ici son point d’orgue. Il ne cherche pas non plus à y apporter un ton moralisateur tandis qu’il trace ce qui est, pour lui, la meilleure direction.

Il nous prend plutôt par la main et ouvre toute une discussion sur ce qui se passe aujourd’hui à ses yeux. En faisant cela, le réalisateur cherche également à ouvrir les nôtres et à nous faire prendre conscience de ce qui manque cruellement dans notre monde contemporain.  

C’est là toute la beauté de cette œuvre. Pas de condescendance de la part de son créateur. Au lieu de cela et malgré la distance matérielle entre le spectateur et le film, il ouvre un dialogue qui ne revient qu’à nous de l’enrichir en en parlant autour de nous. 

Soudain réussit pleinement le virage pris par le réalisateur en installant ses caméras dans notre territoire hexagonal. Il n’oublie pas d’y apporter sa propre touche japonaise tout en offrant à ses deux actrices un rôle à la mesure de leur talent. Malgré une image fataliste de notre société, c’est tout de même sur une note optimiste que le film se termine en nous invitant à faire de même dans nos vies respectives. 

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Bande-annonce officielle de Soudain

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