« The Ugly » : une thématique qui tente de subsister [critique]

« The Ugly » : une thématique qui tente de subsister [critique]

Depuis le succès surprise du Dernier train pour Busan en 2016, le réalisateur Yeon Sang-Ho a tenté de renouer avec le genre qui l’a fait connaître mondialement sans rencontrer le même engouement. Après la sortie de Colony en mai dernier, il redébarque de nouveau dans les salles avec une proposition plus intimiste. Est-ce pour autant réussi ?

Deux temporalités à la qualité inégale

Avec The Ugly, Yeon Sang-Ho prend en charge l’adaptation de sa propre bande dessinée. Cette volonté très personnelle marque une envie de couver sa propre création pour offrir un résultat aussi respectueux que possible de l’œuvre d’origine. Le film débute ainsi avec la découverte d’ossements appartenant à une femme disparue il y a quarante ans. Cette dépouille va pousser son fils à découvrir ce qui se cache derrière cette disparition.

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À partir de là, la trame narrative se sépare en deux temporalités différentes. L’une des trames se déroulera durant le présent, caractérisée par l’enquête menée par le fils et une journaliste. L’autre s’intéressera à la vie de cette mère disparue et sa rencontre avec son mari et futur veuf. C’est via cette idée scénaristique que le film montrera sa plus grosse faiblesse.

Tout ce qui se passe durant le présent n’est jamais totalement emballant. Peu aidée par des dialogues qui manquent de fluidité et parfois de consistance, cette partie de l’intrigue n’a jamais l’opportunité de réellement décoller. Surtout que l’apport du rôle de la journaliste dans l’ensemble de l’histoire ne marche pas vraiment et donne l’impression de vouloir partir dans une tout autre direction.

Ce qui est dépeint dans le présent ne devient finalement qu’un prétexte pour raconter ce qui est le cœur du récit. Car c’est ce qui est développé durant la rencontre entre le père et la mère disparue qui donne la peine de nous impliquer dans le long-métrage et de suivre ce qui s’y passe. Cela est encore plus flagrant quand un saut dans le temps surgit pour revenir au présent et où on en sort plus frustré qu’autre chose.

Il y avait amplement de la matière pour tourner toute l’intrigue autour de cette rencontre au vu des thématiques qu’elle aborde. Même si le budget maigre se fait ressentir dans la reconstitution d’une époque aujourd’hui révolue, la plongée dans cette Corée en pleine effervescence ajoute malgré tout une certaine plus-value. Surtout quand on la compare avec une époque contemporaine beaucoup plus terne visuellement.

C’est ainsi que notre opinion finit par être tiraillée à chaque saut temporel. Surtout que cette plongée dans le passé amène par la même occasion le point le plus réussi du film : la cruauté de l’être humain.

La beauté là où on ne l’attend pas

Par l’intermédiaire de la déficience visuelle du père, le réalisateur Yeon Sang-Ho s’intéresse à ce qui fait réellement la beauté d’un être humain. Même si le traitement du sujet ne bouleversera pas ce qui a été fait par le passé, l’amour qui y est apporté dans cette thématique ne nous empêchera pas de constater cette qualité indéniable de The Ugly.

La cruauté humaine est partout. Elle s’immisce dans les moindres recoins de l’histoire et finit par asphyxier la moindre once de bonté représentée. On retrouve ainsi ce fatalisme face à la société d’aujourd’hui et ses nombreuses failles que Yeon Sang-Ho avait déjà dépeintes dans ses précédentes productions.

Chaque acte empathique se voit donc réprimandé au fur et à mesure que le film avance et arrive à toucher une certaine corde sensible chez le spectateur. On voit ce que le réalisateur cherche à transmettre mais il ne parvient malheureusement pas à le faire tenir sur sa totalité.

Le comble c’est que le film dure moins de 2h mais on a vite l’impression de percevoir les limites de l’adaptation de sa bande dessinée. On finit même par se demander s’il n’a pas étiré son récit pour atteindre la durée minimale que demande habituellement un long-métrage.

Le problème n’est pas dans l’idée d’étendre ce qu’il raconte mais dans ce qu’il semble avoir rajouté. Néanmoins, le visionnage n’est pas pour autant un supplice à regarder quand l’action se déroule dans le présent. Malgré cela, ces passages alourdissent un scénario qui n’en demandait pas tant pour capter notre attention.

The Ugly ne marquera pas les foules, c’est certain. En partageant son récit en deux temporalités, le film offre un déséquilibre criant. Tandis que l’histoire se situant au présent nous procure plus d’ennui que d’intérêt, l’autre partie se déroulant 40 ans avant y déclame toute sa force. La thématique tournant autour de la cruauté humaine finit même par capter toute notre attention. Elle améliore ainsi notre appréciation envers un film malheureusement alourdi par des ajouts qui ternissent l’ensemble du tableau.

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Bande-annonce officielle de The Ugly

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