Embargo contre Cuba : 60 années asphyxiantes

Embargo contre Cuba : 60 années asphyxiantes - Culltea

L’embargo des États-Unis sur Cuba est toujours en vigueur, 60 ans plus tard, malgré des signes de réouverture. Retour sur plus d’un demi-siècle d’exclusion commerciale.

Aux origines de l’embargo contre Cuba

Dans le contexte de la guerre froide, les idéologies communistes et capitalistes s’opposent. Fidel Castro, nommé ministre cubain de la Défense en 1959, prétend ne pas vouloir choisir entre les deux idéologies. En voyage aux États-Unis la même année, il déclare :

« Le capitalisme sacrifie l’homme. L’État communiste, par sa conception totalitaire, sacrifie les droits de l’homme. C’est pourquoi nous ne sommes d’accord ni avec l’un ni avec l’autre. […] Cette révolution n’est pas rouge, mais vert olive », faisant référence à la couleur de l’uniforme révolutionnaire.

Il mettrait au centre de tout la révolution nationale. Mais en mai 1959, l’histoire prend une tout autre tournure. Cuba déclare la nationalisation, donc la mise en commun, de toute terre de plus de 420 hectares. Ainsi, de nombreuses propriétés appartenant à des entreprises ou des particuliers nord-américains sont confisquées sans justification. L’État cubain se saisit de moyens de production et de terres, sans même compenser les anciens propriétaires. Six mois plus tard, le gouvernement enfonce le clou en signant un accord commercial avec l’URSS.

Embargo contre Cuba : 60 années asphyxiantes - Cultea

C’en est trop pour le département d’État américain : il faut agir. Lester D. Mallory, sous-secrétaire d’État adjoint aux Affaires interaméricaines, annonce :

« Tout moyen pour affaiblir la vie économique de Cuba doit être utilisé rapidement […] : refuser de faire crédit et d’approvisionner Cuba pour diminuer les salaires réels et monétaires dans le but de provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement. »

Après de nouvelles querelles impliquant le pétrole importé vers Cuba et les exportations de sucre de l’île, les États-Unis rompent toute relation diplomatique avec Cuba en 1961. En 1962, l’Organisation des États américains (OEA) exclut Cuba de toutes les relations commerciales, diplomatiques et aériennes avec le continent, sauf avec le Mexique et le Canada.

Les trente premières années

Cuba est devenue une alliée de l’URSS. Ainsi, il est presque naturel que les États-Unis aient arrêté de commercer avec l’île, et vice-versa. De plus, Cuba a joué un rôle important dans la montée des tensions entre Est et Ouest dès 1962, lorsque l’URSS installe des missiles nucléaires sur le sol cubain en direction des États-Unis.

L’embargo Cuba/État-Unis est bilatéral. Ce n’est pas un simple blocus de la part de l’OEA, mais aussi une décision cubaine de ne plus commercer avec ces pays. C’est cependant bien Cuba qui en souffre le plus mal, ré son partenariat avec les Soviétiques. Ainsi, en 1959, 73 % des exportations de l’île étaient destinées au voisin du Nord ; 70 % des importations en provenaient.

Jusqu’à la fin de la guerre froide, l’embargo reste donc un statu quo bilatéral, un blocage mutuel.

Chute de l’URSS, durcissement de l’embargo cubain

En 1991, l’Union des républiques socialistes soviétiques se disloque. L’économie cubaine est très affectée par la disparition de son partenaire majeur, et le PIB de l’île chute de 35 % en 3 ans. Au lieu d’un rapprochement, les États-Unis imposent un cloisonnement encore plus strict à Cuba. Les Nord-Américains adoptent même une loi interdisant à tout bateau passant par Cuba d’accoster un port étasunien dans les 6 mois qui suivent leur passage par l’île. De ce fait, ils bloquent les échanges entre Cuba et de potentiels nouveaux partenaires qui préfèrent garder de bonnes relations avec la première puissance économique mondiale.

Le Congrès américain adopte également la loi Helms-Burton, interdisant aux entreprises du monde entier de s’installer sur les territoires cubains nationalisés en 1959. De 1991 à 2004, sont interdits : le commerce d’œuvres d’art venant de l’île, les aides financières internationales et les voyages de plus de 2 semaines à Cuba.

Les Cubains ont pendant longtemps gardé leurs voitures américaines des années 50 du fait de l'embargo sur les nouveaux modèles - Cultea
Les Cubains ont pendant longtemps gardé leurs voitures américaines des années 50 du fait de l’embargo sur les nouveaux modèles | CRÉDITS : Greg Montani

Le XXIe siècle, entre détente et durcissement

Depuis le passage au XXIe siècle, les États-Unis ont laissé transparaître la possibilité d’une détente de l’embargo sur Cuba. L’interdiction d’exportation de produits alimentaires a été levée en 2000 et, dès 2008, Obama a montré sa détermination à alléger les sanctions. Le début de sa présidence marque l’autorisation de voyager entre les deux pays et d’envoyer de l’argent depuis le sol américain vers le territoire insulaire. En 2013, Castro et Obama échangent une poignée de main lors d’une cérémonie hommage à Nelson Mandela. Les relations culturelles semblent reprendre de plus belle avec le concert historique des Rolling Stones à la Havane en 2016. C’était sans compter la présidence Donald Trump.

Alors que le New York Times condamne « un anachronisme de la guerre froide » et que l’ONU s’exprime continuellement en défaveur du blocus, Trump réimpose des séries de sanctions. Son administration remet des conditions pour les transferts d’argent à destination de Cuba. Concernant le secteur médical, les fabricants de médicaments américains suspendent leurs exportations. En pleine pandémie de Covid-19, Cuba n’a pas de répit. Les États-Unis bloquent en 2020 un envoi de matériel médical depuis la Chine vers Cuba.

Finalement, juste avant de quitter la Maison-Blanche, Trump classera l’île comme « terroriste ».

En 2021, le peuple cubain est dans la rue. Le gouvernement rejette la faute sur les États-Unis. Les 60 ans de blocage n’auront fait qu’exacerber les tensions entre les deux pays. Malgré un embryon d’ouverture dans les années 2010, Cuba est toujours sous le coup de sanctions américaines.

 

Sources :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.