Pour son deuxième film, Drunken Noodles, le réalisateur Lucio Castro revient avec une œuvre aussi singulière que cryptique, à la manière de son étrange titre.
Drunken Noodles : Voyage au bout des songes
Qu’est-ce qu’évoque un titre comme Drunken Noodles ou en français : nouilles ivres (plat de nouilles sautées avec de la sauce et des légumes très simple et rapide à réaliser) ? Comme bien souvent la réponse est dans la question, dans la sensation que peuvent évoquer certains plats. Un mets chaud et consistant que l’on dégusterait après une longue nuit d’insomnie ou de rêverie. On touche le cœur du film.
Synopsis : « Adnan, un jeune étudiant en art, arrive à New York pour y passer l’été. Il effectue un stage dans une galerie
où est exposé un artiste atypique et plus âgé qu’il a croisé par le passé. Alors que des moments de son passé et de son présent s’entrelacent, une série de rencontres, à la fois artistiques et érotiques, ouvrent des brèches dans sa réalité quotidienne ».
!["Drunken Noodles" : entre féérie et érotisme [critique]](https://cultea.fr/wp-content/uploads/2026/04/LES_LUCIO_CASTRO_OUTPLAY_FILMS_STILLS_03-300x169.jpg)
Drunken Noodles, après Fin de Siècle sorti en France en 2020, poursuit la trajectoire artistique assumée d’un cinéaste comme Lucio Castro. Chacun explorant, à travers une narration non-linéaire virtuosement maitrisée, les affres et peines des amours homosexuels et de la psyché masculine. Deux véritables exercices de style qui challengent les perceptions du public sans jamais tomber dans l’abominable et pompeux piège du « pour comprendre mon film, il faut le voir au moins du 10 fois » ou « c’est un film que seul un public aguerri ou cinéphile pourra comprendre ».
Drunken Noodles : Jouer avec visible et invisible
La force de Drunken Noodles réside en sa capacité à nous montrer la liminalité des espaces. D’exposer l’intime dissimulé dans l’obscurité en le transformant à l’écran en une rêverie érotique et même parfois drôle. Le cruising gay désigne la recherche de lieux de rencontres, privés ou publics, à destination de la drague homosexuelle. Un espace de l’entre-deux (entre visible et invisible), que Lucio Castro explore et rend palpable à l’écran.

Et c’est là que repose toute la pertinence d’un film comme Drunken Noodles. En sa capacité à filmer cette intimité fugace et rarement montrée à l’écran, qui à la manière qu’un plat de nouilles ivres que l’on dégusterait à moitié éveillé dans un état second après avoir arpenté les rues de la ville toute la nuit, se transforme instantanément en une sensation plus qu’un souvenir.
C’est en tout cas ce que la mise en scène du réalisateur semble traduire en brouillant les pistes. En choisissant une narration non linéaire et étalonnant ses images de sorte à ce qu’on se demande constamment : sommes dans la réalité vécue par Adnan ou dans ses rêves ? Un questionnement, qui grâce à la maitrise de l’écriture scénaristique du réalisateur également scénariste, devient limpide à la fin du visionnage tout en gardant cette fameuse part de mystère à jamais gravée dans nos rétines.
Drunken Noodles, un second long-métrage admirablement maitrisé de la part de Lucio Castro et porté par la performance remarquable de Laith Khalifeh (Adnan). Un film à découvrir au cinéma depuis le 22 avril 2026.
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