Sorti en 1975 et initialement accueilli avec froideur par la critique et le public, The Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman est devenu au fil des décennies un phénomène culturel sans précédent. Adapté de la comédie musicale The Rocky Horror Show écrite par Richard O’Brien, le film s’est mué en une œuvre culte, célébrée chaque année par des milliers de fans lors de projections interactives.
Si son esthétique kitsch et ses chansons glam-rock sont souvent mises en avant, l’importance du film réside surtout dans sa manière de subvertir les normes de genre, de sexualité et de cinéma. À travers le prisme du pastiche et de la transgression, The Rocky Horror Picture Show propose une lecture profondément critique de la société normée des années 1970, tout en annonçant les grandes mutations culturelles à venir.
Une esthétique volontairement kitsch et subversive
Dès les premières minutes du film, The Rocky Horror Picture Show affiche une esthétique qui mêle science-fiction, horreur gothique et comédie musicale, dans un esprit parodique assumé. Le manoir isolé, les éclairs, les personnages caricaturaux : tout renvoie aux films de série B des années 1930 à 1950. Pourtant, ce pastiche ne vise pas uniquement le divertissement. En revisitant ces codes, Jim Sharman et Richard O’Brien déconstruisent les archétypes de la masculinité, de la féminité, et de la « normalité » hétérosexuelle.
La figure centrale du film, le Dr Frank-N-Furter, joué par Tim Curry, incarne cette subversion. Avec son corset, ses bas-résille et son maquillage outrancier, ce « transvestite from Transsexual, Transylvania » (littéralement le « travesti de Transsexuel en Transylvanie ») bouscule les frontières entre les genres. À travers lui, le film célèbre le droit à l’excentricité, au plaisir, à l’identité fluide, bien avant que ces questions n’entrent dans le débat public.

Sexualité et libération : un discours avant-gardiste
La libération sexuelle est au cœur du film. Brad et Janet, le couple puritain typique, sont peu à peu confrontés à un monde où les normes s’effondrent : homosexualité, bisexualité, travestissement, polyamour, tout y passe. Leur voyage initiatique dans le manoir est la métaphore parfaite de l’émancipation. En cédant aux avances de Frank, tous deux explorent leurs désirs refoulés, révélant l’hypocrisie de leur moralité bourgeoise.
Cette libération n’est cependant pas sans ambiguïté. Le film ne se veut pas purement militant : il est avant tout anarchique. Il n’offre pas de modèle alternatif clair, mais prône le chaos, l’expérimentation et le plaisir individuel. C’est cette ambiguïté qui fait sa richesse : The Rocky Horror Picture Show n’enseigne pas, il invite à ressentir, à explorer.

Une œuvre camp et queer au-delà du simple divertissement
Pour comprendre l’impact du film, il faut le replacer dans le contexte du mouvement camp (qui vient du terme français « se camper »), tel que théorisé par Susan Sontag. Le camp valorise l’excès, l’artificialité, l’ironie, le mauvais goût assumé. C’est une forme d’expression esthétique profondément liée à la culture queer, qui détourne les normes dominantes par l’exagération.
The Rocky Horror Picture Show est un chef-d’œuvre camp. De ses costumes flamboyants à ses dialogues grandiloquents, en passant par ses chansons glam rock, il rejette tout réalisme. Cette forme sert un fond tout aussi subversif : en rendant visible ce qui est marginalisé, il donne une voix à ceux que la société ignore ou opprime.
Le public, d’ailleurs, est devenu partie intégrante de cette dynamique. Depuis les années 1980, les projections du film s’accompagnent de performances live, de costumes, et d’interactions avec l’écran. Ce culte participatif fait du spectateur un acteur de la transgression. Le film devient alors un rituel communautaire, presque libérateur.

Critique sociale et satire de l’Amérique conservatrice
Derrière son exubérance, le film contient une critique implicite de l’Amérique conservatrice post-Watergate. En confrontant le couple Brad et Janet à un monde de liberté sexuelle, le film interroge les fondements de la morale traditionnelle, de l’hétéronormativité, et de la science comme outil de contrôle.
Le personnage de Rocky, création artificielle de Frank, est une parodie évidente du mythe de Frankenstein. Mais ici, le monstre est un idéal masculin façonné pour le plaisir, non pour la science ou la société. Cette réappropriation ironique souligne l’absurdité des normes de perfection imposées par la culture dominante.

Le Rocky Horror : un monument queer et intemporel
The Rocky Horror Picture Show n’est pas seulement un film culte : c’est une déclaration d’amour au marginal, à l’étrange, au différent. Il a ouvert une brèche dans le cinéma et la culture populaire, permettant à des générations de spectateurs de célébrer leur identité en dehors des cadres imposés. Derrière ses paillettes et ses chansons déjantées, il abrite une critique sociale acerbe, un manifeste queer avant l’heure, et un hommage vibrant à la liberté individuelle.
Qu’on le voie comme une fête libertaire, une satire sociale ou un objet camp, The Rocky Horror Picture Show demeure une œuvre essentielle, plus actuelle que jamais dans un monde où les débats sur le genre, la sexualité et la liberté d’expression restent brûlants. Comme le dit si bien le film : “Don’t dream it, be it.”
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