« Dreams » (2026) : un parti-pris qui ne s’assume pas [critique]

« Dreams » (2026) : un parti-pris qui ne s'assume pas [critique]

Deux ans après Memory, qui avait fait parler de lui durant la Mostra de Venise en 2023 en obtenant la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine pour Peter Sarsgaard, Michel Franco revient au cinéma avec sa dernière réalisation. Parvient-il à insuffler le même souffle émotionnel et dramatique au sein de son Dreams ?

Une histoire avançant à tâtons

La prémice est simple : un jeune prodige mexicain du ballet entretient une relation à distance avec une riche héritière californienne et décide de la rejoindre illégalement pour tenter de vivre le rêve américain à ses côtés. On parcourt donc le film via la relation compliquée entre les deux amants. C’est à partir de là que l’ensemble commence à stagner.

Nous ne sommes jamais pris par ce que l’on voit à l’écran, le tout faisant parfois forcé face à un postulat de départ qui est peu exploité durant l’intégralité du long-métrage. On tourne parfois en rond dans un va-et-vient qui préfère rester en surface de la relation et qui n’assume pas la personnalité de ses deux personnages.

Pourtant, on sent qu’il y avait de la matière, notamment du côté du personnage principal féminin, incarné par une Jessica Chastain juste et d’une sobriété bien marquée à l’écran. Au détour de quelques scènes, quelques bribes de personnalité du personnage de Jennifer sont montrées, mais ne sont jamais abordées de façon appropriées. Cela déçoit d’autant plus quand c’est ce personnage qui finit par devenir le centre de l’attention du récit.

On est donc loin du niveau d’approfondissement et de subtilité que l’on retrouvait dans la précédente réalisation de Michel Franco. Dans Memory, le réalisateur arrivait à puiser dans la relation du couple un vivier qu’il exploitait totalement en offrant une sensibilité marquante et une manière de filmer le jeu des corps qui nous plongeait dans l’intimité même de ce duo, porté par deux excellents acteurs. Ici, on retrouve tout de même un jeu corporel toujours intéressant et brut dans sa forme renforçant le réalisme de la scène mais l’histoire en fait pâtir le tout.

Et ce n’est pas la fin du film qui arrivera à nous faire oublier cette inconsistance. C’est en effet durant la dernière séquence que le long-métrage s’affirme clairement mais ce qui en ressort n’est que frustration quand on nous montre une conclusion qui aurait dû être un élément déclencheur du récit. A cet instant précis, les personnalités sont marquées et on s’attend à voir ce que cela pourrait amener au vu des différentes décisions prises par les protagonistes. Malheureusement, c’est là où le générique de fin commence à défiler.

dreams-jessica-chastain

Des thématiques lourdes à porter

Une réflexion se met donc en place sur cet acte manqué et une des réponses possibles émergent en s’intéressant à la première séquence du film. L’ouverture se concentre autour d’un camion délaissé sur le bas-côté d’une route où l’on entend des cris provenant du conteneur. Dès les premières minutes, Michel Franco annonce ce qui tapissera son intrigue. L’immigration illégale depuis le Mexique vers les Etats-Unis finit par devenir un sujet central du scénario.

Cependant, cette proposition reste en surface et développe peu cette thématique au sein de la relation du couple formé par les personnages de Jessica Chastain et d’Isaac Hernández. On finit par assister à un enchaînement de sujets vus et revus et qui nourrit peu l’histoire.

La critique des classes sociales n’offre ici encore qu’un bref développement, comme si le film craignait de mettre plus en avant un personnage plutôt qu’un autre et décidait consciemment de rester dans cet entre-deux. Malgré tout, le milieu social du personnage de Jennifer est abordé et permet d’amener une nuance rafraîchissante par le biais de Rupert Friend qui apporte avec son personnage un ton tantôt humoristique et tantôt plus froid au récit. Néanmoins, cela ne sauve pas le film qui n’assume pas le poids de ses thématiques et leur pluralité.

Dreams de Michel Franco n’arrive pas à développer l’ensemble des thématiques abordées, de par leur nombre et la profondeur qu’il faut y insérer, et finit par rester en surface. Ce n’est que vers la fin qu’un choix est finalement acté. Nonobstant, les conséquences, qui pouvaient offrir des situations intéressantes, ne seront pas abordées, à notre plus grand désarroi.

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