À l’occasion de la sortie DVD et VOD d’Alpha le 6 janvier dernier, nous revenons sur le dernier film de Julia Ducournau qui avait fait parler à Cannes. Alpha nous raconte l’histoire de la jeune fille éponyme qui va un jour rentrer chez elle avec un mystérieux tatouage, qui va à la fois jouer sur sa santé et l’ostraciser. Le film est riche en thèmes et en intentions.
Une maladresse malgré la sincérité
On sent qu’Alpha est porteur d’un message universel sur la maladie et la stigmatisation qui en ressort. Ducournau a dit en interview s’inspirer de l’épidémie de VIH qui a terrorisé le monde dans les années 80. Son film porte également la trace du traumatisme intergénérationnel. Ce sont donc des sujets importants à évoquer, forts, qui peuvent donner lieu à de grands moments d’art.
Le problème d’Alpha, c’est qu’il porte plus le bouclier que la carapace. On nous donne des informations superficielles sans presque jamais y voir le cœur. Il souffre du syndrome des films à concepts, celui que Ducournau a jusque-là évité, malgré un cinéma conceptuel basé sur du body horror : cette horreur centrée sur le corps. On tient cependant à souligner que le film n’est jamais performatif.

Les personnages sont intéressants et attachants, mais on a parfois l’impression qu’ils ne restent que des archétypes. Même si l’interprétation très juste des acteurs nous convainc et nous émeut, on déplore des dialogues trop superficiels. Le dialogue est quelque chose qu’on ne retrouvait jusqu’ici que peu dans le cinéma de Ducournau, qui excelle dans l’image et la rythmique. Elle essaye de renouveler sa recette, et même si le résultat est maladroit on préfère ça plutôt qu’un manque d’évolution. Ça nous donne envie de voir vers où elle ira avec ses prochains films.
Bien sûr, les scènes les plus marquantes sont iconographiques. On a, entre tous ces dialogues stéréotypés, de vrais moments qui donnent un gros coup de poing dans le ventre. Alors oui, même si Alpha est maladroit il a toujours en lui ce cœur, c’est juste dommage qu’il ne se montre pas assez.
Une réécriture intéressante du body-horror
Le cinéma de Julia Ducournau est un cinéma de la physicalité. Grave parle de cannibalisme, Titane de transformisme, Alpha de l’impact de la maladie sur le corps. Elle transforme les souffrants en statue de marbre, petit à petit. C’est la métaphore visuelle du film, qui éloigne de l’image d’un body horror gore et impressionnant.

Cet aspect du film est, sans surprise, son plus gros atout. Et c’est ce qui donne ses plus grandes scènes. Ici on fige, on enferme dans un corps qui devient un objet de curiosité. Une statue entre sublimation et dégradation. Des personnages qui toussent de la poussière, qui finissent par se réduire en cendres… On a vraiment une belle iconographie qui fonctionne très bien et on aurait aimé que le film se repose plus dessus.
La physicalité se retrouve aussi chez les acteurs, que ce soit dans leur apparence pure ou dans leur gestuelle. On pense évidemment à Tahar Rahim qui campe Amin, le personnage le plus développé de l’histoire et le plus central aux deux thématiques fortes du film.
Alpha est un film à voir. C’est une proposition intéressante de body horror actuel sur un thème universel. Malgré ses maladresses, on en ressort marqué. On vous conseille donc de vous le procurer en DVD, ce qui vous permettra également d’avoir accès à une masterclass très enrichissante de Julia Ducournau qui décortique pas mal son projet. Il est aussi disponible en VOD.
Comment vivre dans un monde où tout le monde meurt ?
– Julia Ducournau
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