Battling Siki, le champion de boxe oublié de l’Histoire

Sénégalais et noir de peau, l’homme qu’on surnomma Battling Siki a payé le fait d’avoir mis un champion blanc au tapis lors d’un combat de boxe… Retour sur l’histoire de Louis Phal, champion de France rejeté dans les années 20.

Les débuts de Louis Phal

Le jeune Louis Phal est un enfant pauvre de la ville de Saint-Louis au Sénégal. Là-bas, tout jeune, il plongeait devant les bateaux afin de divertir les touristes et par la même occasion ramassait des pièces. Un jour, une femme décida de l’emmener avec elle en Europe. À ce moment-là, il n’a que 13 ans. Il arrive en France, plus précisément à Marseille. C’est là-bas qu’il découvre la boxe.

Le boxeur Battling Siki, de son vrai nom Louis Phal.

Le jeune homme, qu’on appellera bientôt « championzé » combat en Allemagne et aux Pays-Bas. Là-bas, certains n’ont jamais vu de noir, les enfants le suivent dans la rue. Aux Pays-Bas, il rencontre une femme à Rotterdam. Il finit par l’épouser. Très vite, il est père de famille, habite la capitale française. En prime : il collectionne les succès en boxe.

« Beaucoup de journalistes ont écrit que j’avais un style issu de la jungle, que j’étais un chimpanzé à qui on avait appris à porter des gants. Ce genre de commentaires me font mal. J’ai toujours vécu dans de grandes villes. Je n’ai jamais vu la jungle.» – Battling Siki

Né à Saint-Louis, juridiquement, il est français. Il est appelé au front lors de la Première Guerre mondiale. À la fin de cette guerre, il boxe à nouveau.

Un combat important se prépare…

Rapidement, Battling Siki se fait un nom, et la presse parle d’un talent émergent. Les promoteurs ont une idée ! Le faire affronter le champion actuel des mi-lourd Georges Carpentier. Véritable superstar des rings, Carpentier n’est cependant plus au sommet de sa gloire.

Le champion de boxe Georges Carpentier.

Le manager de Carpentier, François Deschamps, pose ses conditions. Tout d’abord, 36% des recettes doivent aller au champion Carpentier après le combat. Deuxièmement, que la Fédération Française de Boxe ait reçu le défi régulier de Battling Siki. Et finalement, le combat doit avoir lieu courant février 1922.

En décembre 1921, le manager du combattant franco-sénégalais, dit que : « son poulain noir n’est pas encore capable d’opposer la moindre résistance à notre champion ». Finalement, le combat aura lieu le 24 septembre 1922.

Battling Siki VS Georges Carpentier

Le combat se tient alors à Paris, dans le stade vélodrome Buffalo. Cette salle peut accueillir 60 000 places. Une salle comble lors du match Siki/Carpentier.

«Les deux hommes, en tenue de combat, se serrent les mains. L’un est fin et rose avec, à la ceinture, un mince ruban tricolore. L’autre, d’un noir tirant sur le mastic ressemble avec ses poings jaunes à un élégant de la brousse qui, à défaut d’une chemise et d’une veste, aurait mis des gants pour se rendre au tam-tam. » – Description des combattants dans le journal l’Excelsior le 25 septembre 1922.

Lorsque le gong retentit, le combat commence. Battling Siki, est brouillon. Carpentier attaque, et Siki fuit. Le champion semble agacé. Lors d’un échange, Battling Siki touche Carpentier. Au fur et à mesure, le boxeur noir prend le dessus.

Au sixième round, Caprentier s’effondre. Dans un premier temps, l’arbitre disqualifie Battling Siki pour un croc-en-jambe. Les dizaines de milliers de personnes présentes dans la salle huent la décision. Les juges finissent par inverser la décision. Le jeune boxeur est champion !

Cependant, ce qui devait être un combat de boxe, certes important mais tout à fait banal, deviendra politique. Un Sénégalais a mis le champion blanc à terre. Les Français ne semblent pas, dans les années 20, prêts à vivre ça.

« Blancs nos frères, notre race est visiblement menacée. Le nègre triomphe. Le nègre nous domine. Le péril noir crève les yeux, après avoir poché ceux de Carpentier.» – Saint Réal dans Le Gaulois

Un homme qui a dit « non » à la magouille dans la boxe

Moins de deux mois après sa victoire, le 10 novembre 1922, le champion est privé de sa licence. On lui retire aussi ses titres. La raison ? Il aurait, au cours d’une réunion, menacé d’un geste un manager. À ce moment-là, son coach, l’attaque :

« Je me suis donné tant de mal pour amener Battling au championnat du monde […]. Je me suis évertué à lui inculquer quelques principes de civilité puérile et honnête, à lui faire oublier son état de « primitif », mais malheureusement le naturel reprenait le dessus. Rien à faire, demandez-moi de faire de Siki un boxeur, mais non un gentleman ! ».

C’est trois mois plus tard, que Louis Phal prit la parole. Selon lui, il était prévu qu’il se couche lors de son combat face à Carpentier durant 4ème round. S’il le faisait, son manager toucherait 200 000 francs. Argent qui serait partagé avec le boxeur. À quelle hauteur ? On ne le sait pas.

Il raconte avoir hésité fortement à accepter l’argent et se coucher. Il finira par décider de combattre et rompre le deal qui était prévu entre les deux managers des boxeurs. C’est notamment le fait qu’il ne se soit pas couché au bout du 4ème round qui a énervé son manager. Ça a aussi agacé Carpentier. Ce dernier, avant la 6ème reprise, s’est dirigé vers le boxeur franco-sénégalais pour le frapper. C’est lors de cette reprise que Siki fit vaciller Carpentier.

Blaise Diagne prend la défense de Battling Siki

C’est à l’Assemblée Nationale que Louis Fall trouve enfin quelqu’un qui le défend. Cet homme, c’est le député Blaise Diagne. Lui aussi originaire du Sénégal, il s’exprime à l’Assemblée :

« C’est pour n’avoir pas obéi aux directives de ceux qui, en organisant des spectacles truqués, enlèvent son argent au public que ce garçon qui, saisi par le sentiment de sa force, n’a pas voulu s’étaler à la quatrième reprise devant Carpentier a été condamné en France à crever de faim ».

Blaise Diagne, premier député africain élu au parlement français.

Finalement, c’est en 1923 que Battling Siki remet les gants. Durant cette année-là, il fait 4 combats en Europe. Il part en Irlande où il perd son titre le 17 mars 1923. Bloqué à Dublin, le Royaume-Uni ne souhaite pas l’accueillir. Il semble aussi de trop en France. Il finit par prendre le départ pour les États-Unis.

Lors de son ultime match dans la ville de Baltimore, il s’incline. Il finit sa carrière avec 60 victoires, 24 défaites et 4 nuls. Un mois après, il est retrouvé mort le 15 décembre 1925. C’est à New York qu’il est retrouvé gisant dans une mare de sang. Il aurait pris 2 ou 4 balles dans le dos (selon les différentes versions).

Il est alors enterré dans la fosse commune de New York. Sa dépouille a fut rapatriée à Saint-Louis, au Sénégal, qu’en 1993. La France ne lui aura jamais pardonné d’avoir battu le grand champion blanc, Georges Carpentier.

Sources

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