« The Mandalorian and Grogu » : le divertissement, tout simplement [critique]

« The Mandalorian and Grogu » : le divertissement, tout simplement [critique]

Le Mandalorien est de retour, mais pas de la manière dont on l’attendait, avec The Mandalorian & Grogu. Même si la saison 4 semble être en discussions, c’est via les salles de cinéma que le chasseur de primes accompagné de Grogu redébarque. Une fausse bonne idée ?

Une question de ton

The Mandalorian and Grogu commence à l’image des serials dont il s’inspire. Plongé en pleine mission, nous redécouvrons le chasseur de primes traquant les derniers fragments d’un Empire vacillant pour le compte de la Nouvelle République. Sur une planète montagneuse couverte de neige, il se rapproche peu à peu de sa cible avec toujours son air taciturne qui le définit si bien. Les séquences d’action s’enchaînent sans temps mort jusqu’à sa résolution, malgré un plan-séquence et les incrustations de Grogu qui ternissent le rythme de l’ensemble.

Le public ayant suivi la série se retrouvera en terrain connu et les néophytes seront peu déboussolés face à la présentation d’un personnage aussi silencieux que charismatique. Le film débute ainsi comme un épisode de série avec l’annonce du titre qui rejoint fortement celle que la série offrait par le passé. Même l’affichage des noms du casting en bas à gauche de l’écran lorgne sur ce qui se fait à la télévision.

Quelque chose commence à nous faire tiquer face à un film qui semble bloqué par son propre format hybride. Surtout qu’à ce moment-là, le réalisateur Jon Favreau semble reprendre la vibe d’un Top Gun en filmant une piste d’atterrissage faisant face à un Soleil levant. Les doutes n’en finissent pas d’émerger quand le Mando reçoit sa prochaine mission qu’il accepte sans broncher.

the-mandalorian-and-grogu-launch

À partir de là, le film suivra cette logique sans réelle profondeur. Une mission, quelques rebondissements sans réelles répercussions. Une locomotive qui reste bien sur le tracé qu’on lui a donné et qui ne tentera jamais de s’en extraire. Les seuls moments où la créativité se fera ressentir seront les séquences en stop-motion supervisées par le studio de Phil Tippett et qui prouvent une fois encore l’amour de Jon Favreau pour cette méthode artisanale.

Même la musique semble partir dans toutes les directions. Passant d’un thème pouvant avoir sa place dans un Ratatouille à un autre penchant sur un film pur de SF, le compositeur Ludwig Göransson semble s’être lâché durant la conception musicale. Même si tout n’est pas à mettre sous le tapis, ce ton disparate impacte le long-métrage.

Ce n’est pas non plus le rythme inégal qui épargnera ce constat. Le dernier acte de The Mandalorian and Grogu subit un essoufflement soudain de son rythme au moment où Grogu devient le point central du récit. Cette séquence qui débarque sans prévenir finit d’achever ce problème de ton que le film ne cherche pas à cacher.

Bienvenue dans le Filoniverse

Où se trouve la caractérisation dans The Mandalorian and Grogu ? On se le demande bien durant tout le film. On préfère catapulter des personnages déjà apparus dans la saga avec une précision de lance-pierre au détriment du développement de ses personnages principaux, qui est loin d’être la priorité de ce projet. Le duo aura droit à une vague évolution de leur relation durant la dernière partie, certes intéressante mais tellement survolée.

Le film refait débarquer des personnages apparus dans les anciennes créations de Dave Filoni, qui s’autorisera dans le film un plan sur lui aussi narcissique que déplacé. Si certaines apparitions s’en sortent bien, comme le chasseur de primes Embo, d’autres tombent complètement à côté de la plaque. Zeb Orrelios, personnage majeur de la série Star Wars Rebels, est inséré dans le récit sans aucune subtilité et chacune de ses répliques rate le coche. Comment croire à une quelconque amicalité entre lui et Din Djarin alors que cela n’a jamais été montré par le passé ? Non, il faut y croire et cela prouve encore une fois cette faiblesse scénaristique qui caractérise le film.

Rotta le Hutt, fils et héritier de Jabba, apparaît également avec un twist de taille. Les Hutts, connus pour être des limaces à taille humaine aussi perverses que malsaines, ont toujours été vues comme des êtres lents mais menaçants. Ici, on nous présente pour la première fois un Hutt musclé et beaucoup plus fluide dans ses mouvements que ses congénères.

Même si l’idée peut faire sourire et fonctionne quelques secondes, c’est pendant la pratique que tout s’écroule. Comment nous faire avaler le fait qu’un Hutt est le champion de l’arène quand on voit avec quelle lenteur il se déplace durant les combats ? Un être un minimum agile pourrait facilement en venir à bout avec un brin de jugeotte, comme le démontre Din Djarin.

Cette culture de l’instantané peut impacter durablement un univers aussi riche que celui de Star Wars. Dans cette galaxie, chaque représentation visuelle amène tout un imaginaire chez le spectateur, chose beaucoup moins aboutie avec ses nouvelles productions Lucasfilm.

Excepté la référence sympathique au Dejarik, le bestiaire de ce nouveau film Star Wars ne proposera rien de franchement inédit avec des plans de foule majoritairement composée d’humains. Au passage, merci à Sigourney Weaver d’avoir assuré la promotion d’un rôle extrêmement secondaire, même si on nous martèle depuis qu’elle aura une place importante à l’avenir.

Star Wars, où vas-tu ?

7 ans. Cela faisait 7 ans que la franchise culte de George Lucas n’était pas repassée par la case cinéma. Cela aurait pu être vu comme un évènement il y a quelques années mais malheureusement, ce n’est plus du tout le cas. Submergé de contenus sur la plateforme Disney + depuis quelques années, l’annonce d’une nouvelle production Star Wars n’est plus vue comme un évènement d’envergure. The Mandalorian and Grogu le prouve amèrement avec des résultats en deçà de Solo : A Star Wars Story, anciennement vu comme la plus grande déception au box-office.

Quelle était l’intention derrière ce projet ? Certainement surfer sur la popularité de la série. Malheureusement, la hype retombait déjà avec la saison 3 et l’écart entre la fin de cette saison et la sortie du film aura sûrement été fatal. De toute façon, à qui était destiné ce film ? Aux fans de la série ? Avec un développement aux abonnés absents et une conclusion dérisoire, la seule satisfaction est de les revoir de nouveau à l’écran. Aux néophytes ? Qui serait prêt à aller voir un film qui fait suite à une série qu’ils n’ont pas vu ?

La force d’une nouvelle trilogie Star Wars sous George Lucas se trouvait dans sa manière de pouvoir attirer tous les publics en repartant sur de toutes nouvelles bases. Cela faisait partie de l’évènement, en plus de la rareté de ses grosses sorties. Aujourd’hui, on a plus l’impression que Dave Filoni et son équipe s’amusent avec leurs propres créations, tels des enfants avec leurs jouets, et ne prennent pas vraiment en considération ceux qui voudraient rejoindre l’aventure. Le fait qu’il soit devenu la nouvelle tête pensante de Lucasfilm ne rassure pas dans ce sens…

The Mandalorian and Grogu divertit. C’est tout. Le film offre de belles images, des séquences d’action sympathiques mais souffre d’un manque flagrant de développement et d’un ton qui part dans toutes les directions avec un rythme inégal. La licence prouve encore une fois qu’elle s’est enfermée dans son propre univers alors qu’elle possède en elle toute une galaxie qui ne demande qu’à être explorée.

Restez à jour : découvrez toutes les vidéos de Cultea sur notre chaîne TikTok 

Bande-annonce officielle de The Mandalorian and Grogu

Related Posts

Laisser un commentaire