« Rire jaune » : d’où vient cette expression ?

"Rire jaune" : d'où vient cette expression ?

Une expression imagée, ou dans ce cas colorée, comme la langue française en compte tant. Découvrez l’origine de l’expression « rire jaune ». Si celle-ci n’est pas tout à fait claire, il y a au moins deux hypothèse sur la question.

Signification de l’expression « rire jaune »

Cette expression peut être expliquée comme suit : derrière les sourires se cachent parfois des sentiments mitigés. Cette expression pittoresque est souvent utilisée pour décrire la réaction d’une personne qui est confrontée à une plaisanterie, une situation ou un commentaire embarrassant, et qui choisit de réagir avec un sourire malgré un sentiment de gêne intérieure. Elle est donc utilisée pour qualifier des sentiments de malaise, décrire un rire forcé, agacé ou mécontent.

En général, le rire jaune tente de dissimuler ses émotions pour ne pas être malpoli. On l’utilise dans plusieurs situations sociales où l’on préfère garder une apparence détendue plutôt que de manifester ouvertement son agacement. Le rire jaune est également une sorte de mécanisme de défense face à une situation inconfortable.

Voilà quelques exemples :

  • Lors d’une réunion, Jeanne a dû écouter un discours long et ennuyeux. Et elle a dû rire jaune pour ne pas paraître impolie.
  • Quand son copain lui a fait une remarque désobligeante sur son apparence, Sophie a préféré rire jaune plutôt que de riposter.

Origine de l’expression

L’origine de l’expression « rire jaune » fait l’objet de plusieurs hypothèses.

La première explication vient du XVIIIe siècle, écrite par saint Simon. Elle serait liée aux malades d’hépatite (maladie du foie). En effet, ceux-ci ont, parmi d’autres symptômes, le teint jaunâtre, en raison d’une accumulation de bilirubine dans le sang. Pour ne pas se laisser déstabiliser, les malades s’efforçaient de rire malgré leur maladie, dissimulant ainsi leur douleur et leur inconfort. Faisant donc un « rire jaune ».

La deuxième explication remonterait à 1640. Elle prendrait source dans une autre expression : « rire jaune comme farine », utilisée par l’interprète du roi Louis XIII, Antoine Oudin. A cette époque en argot, on employait le terme farine pour désigner une personne fourbe. Ainsi on disait des personnes malveillantes qu’ils étaient des « gens de même farine ». Alors on suppose que l’expression de l’époque qualifiait plus le rire jaune comme un rire vicieux ou malhonnête, permettant de cacher des intentions malveillantes.

Une autre explication serait liée au safran, qui possède des propriétés hallucinogènes lorsqu’elle est consommée à doses élevées. En effet, cette épice est réputée pour déclencher une folie temporaire qui provoque un rire incontrôlable.

Symbolisme du jaune

Le mot « jaune » vient du latin galbinus qui signifie « vert pâle ». Adulé lorsqu’il est doré, malfaisant quand il est mat, le jaune prend différentes significations selon le contexte. Par exemple, on sait que le jaune était souvent utilisé dans l’iconographie médiévale pour peindre Judas, le disciple de Jésus qui l’a trahi. Un stigmate qu’on imposera jusqu’à la communauté juive dans le régime nazi, avec le port rendu obligatoire d’une étoile jaune. On associait donc cette couleur à la trahison ou à la jalousie. Cela a probablement renforcé l’idée que la couleur jaune évoque quelque chose de négatif dans l’inconscient collectif. L’évocation du jaune sera alors logique pour évoquer la dissimulation ou le mensonge.

Depuis, le jaune s’est décliné dans plusieurs expressions : le « jaune » désigne parfois le briseur de grève, le jaune passe des trompeurs aux trompés, devenant la couleur des cocus, « la fièvre jaune », « être peint en jaune » (être trompé par son conjoint), le « péril jaune » qui désignait la peur occidentale au début du XXe siècle face à la menace qu’auraient fait peser sur eux les pays asiatiques.

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Sources :

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