« Mauvaises filles » d’Emerance Dubas est un film d’utilité publique [critique]

"Mauvaises filles" d'Emerance Dubas est un film d'utilité publique [critique]

Mauvaises filles est en salle depuis ce mercredi 23 novembre. La réalisatrice Emerance Dubas signe un documentaire aussi poignant que révoltant. 

Synopsis : Insoumises, rebelles, incomprises ou simplement mal-aimées. Comme tant d’autres femmes, Edith, Michèle, Eveline et Fabienne ont été placées en maison de correction à l’adolescence. Aujourd’hui, portée par une incroyable force de vie, chacune d’elle raconte son histoire et révèle le sort bouleversant réservé à ces filles jusqu’à la fin des années 1970 en France.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Etat crée une magistrature dédiée à l’éducation des enfants abandonnés qui jusqu’alors dépendait des prisons. La loi s’applique cependant différemment pour les filles et pour les garçons. Les jeunes filles sont en effet confiées aux institutions religieuses.

Du milieu du XIXe siècle jusqu’à la fin des années 1970, la congrégation des Filles du Bon-Pasteur se donne pour mission de recueillir les « filles repentantes ». Entendons par là les filles perdues, abandonnées par leurs parents, ou encore les filles-mères. Des adolescentes seules, livrées à elles-mêmes. De très jeunes femmes qu’il faut cacher, pour ne surtout pas montrer les failles de la société. Le Bon-Pasteur dispose ainsi de plusieurs maisons de correction un peu partout en France.

Des mauvaises filles au sort peu enviable

Cinq femmes racontent leur expérience au Bon-Pasteur. Leurs témoignages sont éloquents. Des bastonnades aux douches glacées, des cheveux coupés sauvagement à l’isolement, la vie dans ces pensionnats fait penser au XIXe siècle, voire au Moyen Âge… Ces scènes ont pourtant eu lieu, des années 1950 à la fin des années 1970 ! On a envie d’hurler de pousser un grand cri de colère lorsque l’on entend certains récits.

Emerance Dubas évite l’écueil du misérabilisme. Le ton du documentaire est grave et surtout profondément juste. La réalisatrice a entrecoupé les témoignage de ces héroïnes de plans de bâtiments à l’abandon, qui autrefois hébergeaient la congrégation du Bon-Pasteur.

Le format de ce documentaire laisse entièrement la parole aux interviewées. Emerance Dubas réhabilite l’intégrité et l’humanité de ces cinq femmes, privées d’affection pendant tant d’années. Il y a surtout beaucoup de vie. Les femmes dégagent toutes un élan, une énergie inouïe qui forcent le respect. Elles sont toutes malicieuses, comme si les tortures odieuses qu’elles ont subies n’avaient pas suffi à les faire taire.

La documentariste fait enfin subtilement référence à l’importance de la transmission. Michèle est par exemple filmée en compagnie de sa fille et de ses petites-filles, à qui elle raconte son expérience au Bon-Pasteur.

Alors on a un petit regret. Le film n’est programmé que dans quelques salles confidentielles. Le travail d’Emerance Dubas éclaire pourtant un fragment très méconnu de notre histoire. 

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