Les meurtres du Lac Bodom : la possible histoire derrière « Vendredi 13 »

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Qui n’a jamais entendu parler d’un tueur fou rôdant dans les bois à la recherche de campeurs peu vigilants ? Qui n’a jamais eu de sueurs froides à l’idée de se retrouver seul en pleine nuit, parmi les arbres, observé ? Cette paranoïa à l’encontre de toute activité forestière est en grande partie due au cinéma. Ce type de scénario se retrouve dans de nombreux films tels que Massacre au camp d’été, Madman, The Final Terror et surtout la franchise Vendredi 13 (comptant actuellement 12 films).

Ces longs-métrages sont supposés être basés sur des scénarios dits « originaux ». Ils sont cependant assez similaires à une sanglante affaire finlandaise du début des années 1960.

Un lieu paisible et idyllique

Ce fait divers a eu lieu le samedi 4 juin 1960, aux abords du Lac Bodom situé près du village d’Oittaa. Ses nombreuses plages, son eau cristalline et riche en poissons ainsi que ses abords boisés font de ce lac un lieu de choix pour un groupe d’adolescents en vacances. Le groupe se composait deux jeunes filles, Maila Irmeli Björklund et Anja Tuulikki Mäki, de quinze ans, accompagnées de leurs petits amis respectifs Seppo Antero Boisman et Nils Wilhelm Gustafsson, âgés de dix-huit ans.

Maila Irmeli Björklund , Anja Tuulikki Seppo ,Antero Boisman et Nils Wilhelm Gustafsson
Maila Irmeli Björklund, Anja Tuulikki Seppo, Antero Boisman et Nils Wilhelm Gustafsson

Profitant de leur journée, les jeunes gens passent des heures à nager, pêcher, boire et s’amuser. Aux alentours de minuit, la joyeuse bande décide de se coucher à l’intérieur d’une large tente installée pour l’occasion. Seuls dans les bois aux heures sombres de la nuit, ils sont tous loin de se douter qu’ils passent leurs derniers moments ensemble. Car tout près d’eux, quelqu’un rôde, une figure inconnue et peu amicale.

Une sanglante découverte

Aux alentours de 11 h du matin, un joggeur parcourant les abords du lac découvre la tente des jeunes gens effondrée, lacérée et tâchée de sang. L’homme ne tarde pas à alerter les autorités qui découvrent alors un véritable carnage.

Sur le site du campement gisent les corps horriblement mutilés de trois des jeunes gens. Par miracle l’un d’eux, Nils Gustafsson, vit encore, en dépit de nombreuses lésions cérébrales et d’une profonde lacération à la joue. Emmené à l’hôpital, celui-ci survivra, à la différence de ses amis beaucoup moins chanceux.

Ces derniers, attaqués à coups de pierre et de couteau de chasse, succombèrent à leurs blessures. D’après les enquêteurs, le schéma de l’attaque indique que l’assassin cherchait avant tout à causer la mort de ses victimes le plus rapidement possible. De ce fait, il aurait infligé aux adolescents de nombreux coups de couteau à l’abdomen et au visage, ainsi qu’un broyage de leur crâne à l’aide d’un objet lourd.

Les corps des trois victimes cachées par des draps mortuaires. 
Les corps des trois victimes cachées par des draps mortuaires.

D’autres détails intriguent les enquêteurs, à l’image de la planification quasi-diabolique du tueur à l’égard de son crime. Tout d’abord ce dernier a soigneusement dissimulé les chaussures des campeurs avant son attaque pour entraver leur possible fuite. Ensuite il a commis son méfait en portant ses coups à travers la tente, enfermant le groupe dans un filet de toile déchirée. Finalement, un autre détail oriente les enquêteurs sur la piste d’un crime crapuleux : la disparition des portefeuilles des quatre jeunes.

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Les autorités analysant la tente ayant été le théâtre du carnage

Interrogé sur ses souvenirs de l’attaque qui le laissera physiquement et mentalement marqué à vie, Gustafsson ne laisse transcrire que de vagues souvenirs. Il n’affirmera avec certitude qu’avoir entendu d’étranges bruits et entraperçu une paire d’yeux avancer vers la tente, avant de perdre connaissance. Rapidement, l’affaire fait la une des journaux finlandais. Cependant la police peine à trouver des coupables potentiels à ce crime si brutal.

L'unique survivant du massacre, Nils Wilhelm Gustafsson, hospitalisé à la suite de l'attaque
L’unique survivant du massacre, Nils Wilhelm Gustafsson, hospitalisé à la suite de l’attaque

Des suspects au destin trouble

La police soupçonne tout d’abord des habitants locaux. L’un d’eux, Pentti Soininen, était un homme d’entretien perçu comme fort et violent. Il était âgé de seulement 15 ans au moment des faits. Il aurait avoué les meurtres pendant qu’il était en prison pour un autre type de larcin. Cependant son caractère mythomane et les incohérences présentes dans ses déclarations finissent par le rayer de la liste des suspects. Cela n’empêchera pas le jeune homme de se pendre dans une cellule en 1969 à Toijala.

Un second suspect est envisagé en la personne de Karl Valdemar Gyllström, un gardien de kiosque d’Oittaa. L’homme, que l’on savait déjà violent et au tempérament dangereux, était également réputé pour sa haine envers les campeurs locaux qu’il n’hésitait pas à réprimander en s’attaquant à leur matériel. L’individu est aujourd’hui reconnu comme potentiel suspect du crime pour deux raisons principales. Tout d’abord il aurait avoué le crime à son voisin en étant en état d’ébriété. Ensuite il aurait bouché un puits chez lui juste après les meurtres pour, selon des rumeurs, cacher les armes du crime. Malheureusement Gyllström est lui-même retrouvé noyé dans le fameux Lac Bodom en 1969, l’empêchant définitivement de parler.

Finalement les enquêteurs interrogent un dernier suspect, Hans Assmann. En plus d’être soupçonné d’autres meurtres en Finlande, et d’être un agent du KGB, l’homme correspondait à la description d’un individu aperçu sur les lieux du crime à l’heure des faits. Il se serait par ailleurs présenté dans la même nuit dans un hôpital de la région, couvert de sang et dans un état hystérique. Ce parfait coupable a cependant un alibi solide qui l’écarte de l’enquête.

Des révélations et des soupçons sur l’unique survivant 

Après quelques semaines de réhabilitation physique, Nils Gustafsson sort de l’hôpital et accepte de se soumettre à un interrogatoire sous hypnose. À la suite de ce dernier le jeune homme évoque des souvenirs douloureux et dresse un portrait-robot de son agresseur. Celui-ci dévoilera un faciès assez étrange semblant tout droit sortit d’un délire imaginaire, courants durant les sessions d’hypnose.

Le portrait robot fait par le rescapé du massacre sous hypnose 
Le portrait robot fait par le rescapé du massacre sous hypnose

Mais contre toute attente, il s’avère que ce faciès si particulier avait été aperçu quelques jours plus tôt à l’enterrement d’une des victimes. Malheureusement le propriétaire de cette curieuse physionomie ne refit plus jamais surface. Il ne laisse derrière lui qu’une énigmatique photo de lui, assistant à la mise en terre d’un des adolescents.

La photo du mystérieux inconnu décrit par Gustafsson
La photo du mystérieux inconnu décrit par Gustafsson

Réouverture de l’enquête des décennies plus tard

Suite à un manque de preuves et de suspects, la police ne tarde pas à classer l’enquête, laissant la Finlande sans explication face au carnage nocturne. Cependant, en 2005 la police finlandaise rouvre l’enquête et la dirige à l’encontre du rescapé du Lac Bodom. En effet, suite à des analyses faites sur des chaussures lui appartenant, il est soupçonné d’avoir orchestré le massacre.

A l’époque des faits, une violente dispute avec sa petite amie Anja Tuulikki Mäki aurait éclaté, avant de dégénérer en bagarre générale avec les autres campeurs. Le conflit se serait alors fini en véritable boucherie. Afin de couvrir ses traces, Gustafsson aurait éparpillé des fausses pistes et dérobé divers objets avant de s’auto-mutiler.

Nils Gustafsson à l'époque de son arrestation en 2005
Nils Gustafsson à l’époque de son arrestation en 2005

La théorie et ces quelques preuves arrivent à convaincre un jury qui condamne alors le septuagénaire à la prison à vie. Cependant, une réévaluation de l’affaire permet d’officiellement innocenter Gustafsson, qui sera libéré de prison au bout d’un an.

Cette ultime réouverture inefficace sera la dernière tentative des autorités pour résoudre ce crime qui reste encore à ce jour sans coupable.

Vendredi 13 : De curieuses similitudes 

Si cette affaire est en elle-même perturbante, elle l’est davantage quand on compare son déroulement à celui de la saga Vendredi 13, qui semble l’adapter indirectement. En effet la franchise horrifique met toujours en scène un groupe de jeunes campeurs attaqués en pleine nuit par un tueur sanguinaire quasi-surnaturel.

Jason Vorhees, icone de la saga Vendredi 13, rodant prés d'une tente au cours d'évènements similaires à ceux du Lac Bodom
Jason Vorhees, icône de la saga Vendredi 13, rôdant près d’une tente au cours d’événements similaires à ceux du Lac Bodom

Les films sont eux aussi riches en violence et en meurtres à l’arme blanche. De plus, chacun d’eux met en scène la survie d’une seule victime à qui incombe la tâche de faire perdurer la légende de ce qu’il a vécu. Enfin, la franchise Vendredi 13 se déroule également aux abords d’un lac boisé (Crystal Lake), situé néanmoins aux Etats-Unis.

En dépit de ces troublantes similitudes, les créateurs des films ont toujours démenti le moindre lien avec le massacre du Lac Bodom.

Le Lac Bodom aujourd'hui, qui semble avoir retrouvé son calme des années après le carnage
Le Lac Bodom aujourd’hui, qui semble avoir retrouvé son calme des années après le carnage

Nous ne connaîtrons peut-être jamais la vérité sur ce crime vieux de soixante-dix ans. Mais aujourd’hui, celui-ci peut nous faire réfléchir. En effet, la prochaine fois que vous vous retrouverez seul dans les bois et que vous entendrez un bruit étrange, repensez à cette affaire. On ne sait jamais, quelqu’un d’aussi peu amical que le tueur du Lac Bodom pourrait vous épier sournoisement, tapi dans l’ombre.

 

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Sources:

 

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Axel Juin

Etudiant en communication, passionné de journalisme, ouvert à diverses variétés de cultures et sujets. Intéressé par l'histoire, le cinéma, le folklore moderne et plus ancien ainsi que les sciences en tout genres.
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