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Les émeutes de Détroit durant l’été 1967

Les émeutes de Détroit durant l'été 1967 - Cultea

Sous fond de racisme, de ras-le-bol de la guerre au Vietnam et de violences policières, le 23 juillet 1967, une émeute éclate à Détroit. Une descente de police dans un bar clandestin va mettre le feu aux poudres. S’en suivront alors 5 jours de chaos et d’affrontements dans les rues de la ville américaine.

Une tension à son paroxysme

Les émeutes des années 1960 présentaient quasiment toutes les mêmes caractéristiques. Un événement qui opposait la police en grande partie blanche à une population du centre-ville noire. Les émeutiers ont des motivations diverses. Certains cherchent, avec la confusion, à piller les magasins, mettre le feu, profiter du chaos. Mais d’autres étaient présents pour une raison politique. Ces derniers voyaient en effet ces émeutes comme une possibilité d’exprimer leur désaccord avec les politiques du pays et de se faire entendre. Les revendications portaient alors sur les problèmes de racisme dans le pays.

L’émeute de 1967 dans la ville de Détroit est l’une des plus sanglantes de l’histoire des États-Unis. Beaucoup d’Américains jugent Détroit comme un modèle des relations raciales au début des années 1960, mais la réalité est tout autre. Dans ces années-là, l’État est contesté par une grande partie de l’opinion publique sur ses choix quant à la guerre du Vietnam qui s’éternise. Il faut aussi ajouter à cela la ségrégation raciale qui génère de vives tensions dans le pays. Dans les ghettos américains, la tension est à son comble.

En 1967, les noirs et blancs vivent séparés. Chacun a sa rue, chacun a ses commerces et ses écoles. Les ghettos afro-américains sont à l’abandon. Durant l’été de cette année, le quartier de Virginia Park, en majorité afro-américain, est prêt à exploser. Ce sont environ 60 000 habitants pauvres qui s’entassent dans des appartements petits et non rénovés.

Deux hommes noirs arrêtés lors des émeutes de 1967 - Cultea
Deux hommes noirs arrêtés lors des émeutes de 1967.

Une rumeur, qui commença deux jours plus tôt, fit monter la tension entre les noirs de la région et les policiers. La police aurait abattu une prostituée noire. Plus que jamais, un événement pourrait faire exploser la ville de Détroit.

Intervention dans un speakeasy et début des émeutes

Peu après minuit, le 23 juillet 1967, l’une des pires émeutes de l’histoire des États-Unis éclate. Dans la nuit, la police de Détroit effectua une intervention dans un bar clandestin (speakeasy), situé à l’angle de la 12ème rue et Clairmount. Dans ce bar, une soirée était organisée. Cette soirée célébrait notamment le retour d’anciens combattants afro-américains de la guerre du Vietnam. Une ambiance festive très rapidement annulée par la police qui décida d’interpeller les 85 personnes présentes sur les lieux.

Le nombre de personnes à arrêter était conséquent, les arrestations durèrent donc longtemps. Les arrestations se faisaient dans la rue à la vue du quartier. Très rapidement, une foule se rassembla pour assister à cette nouvelle arrestation de personnes noires par des policiers blancs. Après une heure d’intervention, la police conduit les 85 personnes au commissariat. Une bouteille est lancée en direction des policiers. Les tensions montent et la population rassemblée sur la 12ème rue commença à s’en prendre aux magasins de la rue.

La forces de l'ordre et les émeutiers lors de l'été 1967 à Détroit - Cultea
La forces de l’ordre et les émeutiers lors de l’été 1967 à Détroit.

Les pillages se multiplièrent, et cela, sans que les forces de l’ordre ne parviennent à les contrôler. Au début, les pouvoirs publics optèrent pour une attitude attentiste. La réaction du maire de la ville, Jerome Cavanagh et du commissaire de Détroit, Ray Girardin, était de ne pas envoyer toutes les troupes afin d’éviter d’accroître le désordre.

Incendies et chaos

Dans ce chaos général, certains blancs sont arrivés pour se joindre à l’émeute. C’est à 6h30 que le premier incendie éclate. Très bientôt, une bonne partie de la rue du magasin incendié prend feu. Au milieu de la matinée, tous les policiers et pompiers du secteur sont envoyés sur les lieux. 600 policiers font face à une foule de 3 000 personnes. Les forces de l’ordre locales se trouvent donc débordées.

Cavanagh appela le gouverneur du Michigan, George Romney. Ce dernier ordonna le déploiement de gardes nationaux. Ils étaient 300. C’était une troupe de réserve, mal entraînée et en majorité très peu expérimentée. Ces gardes ne firent que mettre de l’huile sur le feu et empirer les choses. En tirant gratuitement et comme ils le souhaitaient, ils créèrent un climat de terreur dans la ville américaine. Le 24 juillet, un peu avant minuit, le président des États-Unis Lyndon Johnson déclare que la ville est en insurrection.

« Toutes ces émeutes sont très meurtrières car beaucoup d’armes circulent. C’est ce qui explique le nombre important de morts à chaque fois. » – André Kaspi, historien et spécialiste des États-Unis

Bilan de l’émeute

Au troisième jour du conflit, les pouvoirs publics contactèrent l’armée fédérale afin de rétablir l’ordre. Dans la ville, deux divisions supplémentaires furent envoyées. Bien heureusement, ces troupes eurent un effet positif sur le conflit. Ils jouèrent un rôle primordial dans le dénouement de la crise qui commençait à s’apaiser au fur et à mesure. Le 27 juillet, la ville retrouva son calme. Quelques coups de feu furent encore échangés entre les forces de l’ordre et quelques contestataires.

Un homme de la Garde nationale des États-Unis lors des émeutes de l'été 1967 - Cultea
Un homme de la Garde nationale des États-Unis lors des émeutes de l’été 1967.

L’émeute qui s’est étendue du 23 au 27 juillet 1967 à Détroit fut destructrice, au niveau matériel aussi bien qu’au niveau humain. 1 189 personnes se trouvèrent blessées, 43 perdirent la vie et 7 000 arrestations eurent lieu en 5 jours. Ce sont aussi environ 2 000 bâtiments brûlés.

Cet été-là, on ne dénombre pas moins de 159 émeutes raciales dans le pays. Aux États-Unis, au niveau destructeur, les émeutes de Détroit sont uniquement surpassées par les Draft Riots de 1863 à New York et les émeutes de 1992 à Los Angeles. 

 

Sources :

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