Léon Gaumont : comment a-t-il créé l’empire culturel qui porte son nom ?

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La société Gaumont a aujourd’hui plus de 125 ans. Plus d’un siècle de cinéma, émaillé de films cultes et de révolutions technologiques… Petit retour sur l’histoire de cet acteur culturel français majeur et sur son créateur : Léon Gaumont. 

Si aujourd’hui tout le monde en France connait les cinémas Gaumont, c’était une autre paire de manches en 1895. Il faut dire que le cinéma n’était encore à l’époque qu’un concept abstrait, qui ne demandait qu’à être développé. C’est ce à quoi Léon Gaumont a contribué en créant sa société…

Léon Gaumont et le cinéma

Dès 1881, Léon Gaumont commence à travailler de près avec les appareils optiques modernes. A cette époque, il est engagé comme secrétaire chez un constructeur d’appareils de précision : Jules Carpentier. Il se familiarise ainsi avec les nouvelles technologies et les optiques de pointes.

Son travail est momentanément interrompu par son service militaire, qui sera pour lui une nouvelle opportunité. En effet, il rencontre à cette période Henri Maillard, dont il épousera la demi-sœur. Cela lui permettra de toucher une dot qui l’aidera grandement à fonder sa société.

C’est en 1891 que Léon Gaumont quitte son poste chez Jules Carpentier. Il intègre alors des postes à hautes responsabilités. Il travaillera d’abord comme directeur d’une fabrique de lampes à incandescence. Par la suite, il prendra la direction du Comptoir Général de la Photographie. Deux expériences qui lui seront fort utiles…

En 1895, le Comptoir de la Photographie est mis en vente forcée et Léon décide de fonder sa propre société : la L. Gaumont & Cie. Son objectif ? Créer un appareil de prises de vues lui permettant d’animer les images. Sauf que deux hommes seront plus rapides que lui en créant le cinématographe. Il s’agit bien évidemment des Frères Lumière.

Le développement d’un empire

Au début des années 1900, la révolution du cinématographe commence à laisser place à un modèle économique. Paris et la Province assistent à un essor des salles de spectacle. Parvenant à s’inscrire dans ce nouveau schéma culturel, la L. Gaumont & Cie développe progressivement une clientèle.

En 1906, la L. Gaumont & Cie est mise en liquidation pour laisser place à la Société des Etablissements Gaumont (SEG). Preuve du succès de Léon Gaumont, la SEG entame son existence avec un capital financier dix fois supérieur à celui de la L. Gaumont & Cie en 1895.

Léon Gaumont face aux innovations, à l’échec et à la concurrence

Fort de ses connaissances technologiques, Léon Gaumont souhaite que ses films soient à la pointe du progrès. En effet, la société se veut pionnière dans tout ce qui concerne les appareils photographiques ou cinématographiques. On pensera notamment aux recherches poussées de la société pour faire avancer le cinéma parlant, ou même le cinéma en couleurs. La société se fera malheureusement damer le pion en matière de cinéma parlant par les américains. Ce n’est d’ailleurs pas le seul coup dur que subira la société.

En effet, si Gaumont est en pleine expansion durant plus de 20 ans, celle-ci sera drastiquement ralentie par la Première Guerre Mondiale. Et l’arrivée des concurrents américains n’aidera pas à arranger le problème. Des pionniers comme Charlie Chaplin (entre autres), offraient en effet une concurrence très rude avec leur exportation en France et en Europe. Il en fut de même pour de nombreuses sociétés de production qui parvinrent à exporter leurs films jusque chez nous.

En 1925, à la mort du réalisateur Louis Feuillade, la société décide d’arrêter la production de films pour se concentrer sur des aspects plus techniques. Au début des années 30, la SEG se rapproche de la Compagnie générale du cinématographe et de son fondateur Louis Aubert. Ils fondent ainsi la Gaumont Franco-Film Aubert (GFFA). La société produira alors quelques films comiques avant de faire faillite en 1934.

En 1938, grâce à un accord entre Havas, Publicis, la Compagnie des Compteurs et l’Etat, le groupe renaît sous le nom de Société nouvelle des établissements Gaumont. Les productions de films peuvent alors reprendre, mais c’est en 1970 que le nouvel essor se fait sentir.

La période Seydoux

En 1970, l’actionnaire majoritaire Jérôme Seydoux est chargé de s’occuper des comptes du groupe. Les productions sont alors mises en pause, le temps que les comptes soient mis en ordre et que la société soit restructurée. En 1972, les sorties au cinéma reprennent et connaissent un essor des plus impressionnants. L’entreprise concilie dès lors la production de films populaires et de films pour un public plus averti. Une recette qui lui réussira jusqu’à aujourd’hui.

En 1974, Nicolas Seydoux succède à son frère pour prendre la tête de l’entreprise. Il développera grandement la production ainsi que l’exploitation des films sur le territoire français. Fidèle à sa tradition de l’innovation, Gaumont créera le Projet du Cinéma numérique, qui durera entre 2000 et 2008.

Gaumont aujourd’hui

Depuis 2001, l’exploitation des salles pour la marque Gaumont est gérée par la filiale Les Cinéma Gaumont Pathé. Mais en mars 2017, Gaumont se retire de l’exploitation cinématographique.

Pour officialiser cette décision, la société vend à Pathé les 30% qu’elle possédait dans Les Cinéma Gaumont Pathé. Il est donc possible que les multiplexes Gaumont disparaissent d’ici les prochaines années, laissant la place aux salles de Pathé.

A l’heure où l’industrie du cinéma est durablement affectée par la crise du Coronavirus, on peut se demander quelles initiatives le géant Gaumont compte prendre afin de pallier à cette crise. Nul doute que la société saura encore nous proposer des œuvres ambitieuses et qualitatives, comme c’est maintenant le cas depuis plus de 125 ans… 

 

Sources : 

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Robin Uzan

Journaliste, photographe et réalisateur indépendant, écrire et gérer Cultea est un immense plaisir et une de mes plus grandes fiertés.
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