La Restauration, ou quand la monarchie fait flancher l’Empire

La Restauration, ou quand la monarchie fait flancher l'Empire - Cultea

On date à 1789 l’apparition de la démocratie en France… Cependant, plusieurs phases non-démocratiques suivront la Révolution, à commencer par l’Empire. Par la suite, la France rétablit même la royauté avec les Chartes constitutionnelles du début du XIXe siècle : c’est la Restauration. Comment notre pays s’est-il retrouvé avec un roi à sa tête 21 ans après la mort de Louis XVI ?

Chute de Napoléon

Napoléon Bonaparte a vu trop grand. En voulant faire la guerre avec tous ses voisins, il a en partie renforcé territorialement la France, mais a perdu en stabilité. En 1814, certains accueillent même les envahisseurs avec joie, tant ils sont fatigués des guerres napoléoniennes incessantes.

La population regarde du côté d’une réforme monarchique, qui permettrait la fin de la levée de l’impôt et de la levée d’hommes. Si l’Empire a pour but d’être universel, les monarchies sont, depuis les traités de Westphalie (1648), des régimes plus stables et moins conquérants. Mais qui sera le successeur au trône ?

Louis XVIII, premier vainqueur de la Restauration

Louis XVIII est porté au trône par les partisans des Bourbons, très actifs, notamment à Bordeaux. La Restauration est actée en avril 1814, lorsque Napoléon est déchu et Louis XVIII se voit officiellement proposer le trône par le Sénat. Talleyrand, anciennement ministre des Relations extérieures, fait adopter une constitution, faisant de la monarchie un régime plus démocratique. Mais Louis XVIII n’y est pas vraiment favorable. Il préfère accorder une Charte à son peuple, par laquelle il reconnaît quelques acquis de la Révolution.

C’est ainsi que naît un régime bien particulier : le roi dispose à nouveau des trois pouvoirs, mais est entouré d’un gouvernement et d’un Parlement. Ceux-ci proposent et votent la loi selon la volonté du peuple qui élit l’une des deux chambres, la Chambre des députés. Le nouveau roi dispose du pouvoir de nomination du nouveau Sénat, qui s’appelle désormais la Chambre des pairs, et nomme le gouvernement.

Napoléon signe son retour

Sans Napoléon, l’armée est esseulée. La Restauration ne réussit pas aux soldats, le roi n’est pas belliqueux. La grande armée de l’Empire connaît sous les débuts de Louis XVIII des réductions d’effectifs. De plus, le drapeau tricolore a été abandonné pour un drapeau tout blanc, ce qui a eu le don d’exaspérer les militaires. Ceux-ci souhaitent un retour de l’homme providentiel, le Grand Général qui les a menés à la bataille, Napoléon Ier. Celui-ci ne percevant pas la pension qu’il était censé recevoir de l’État, mis au courant des oppositions grandissantes au roi, va se mettre en route pour Paris. Il n’ira pas de manière pacifique : depuis l’île d’Elbe, il rejoint Golfe-Juan (Côte d’Azur), où il débarque avec un millier d’hommes le 1er mars 1815.

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Sur le territoire métropolitain, Bonaparte ne rencontrera que peu de résistance. Le roi dépêche l’armée contre lui, mais la plupart des soldats rejoignent les rangs de l’ancien Empereur. Plus rien ne se dresse sur le chemin de Bonaparte lorsque le maréchal Ney se joint à lui. Alors que Napoléon marche vers Paris, Louis XVIII fuit vers l’actuelle Belgique et s’installe à Gand. Mais cette période de retour de l’Empereur s’appelle les Cent-Jours pour une raison : elle ne dure que quatre mois. En effet, avide de conquête, Napoléon ne s’arrête pas et refait la même erreur que lors de sa première chute. Le 18 juin, il est défait à Waterloo par les Alliés (composés de Britanniques, Allemands et Néerlandais). Il abdique dans la foulée et le roi reprend son trône.

La Restauration, entre libéralisation et conservatisme

À la suite de la (nouvelle) défaite de Napoléon, le pouvoir remet en œuvre la Charte. Seulement, les ultra-royalistes ne veulent pas en rester là : ils veulent faire payer ceux qui ont aidé au retour de Napoléon. Officiellement, seules 20 exécutions auront lieu. En province cependant, les ultras vont bon train et assassinent les partisans de l’Empereur : c’est la Terreur blanche. Celle-ci effraiera l’électorat républicain et monarchiste modéré aux élections législatives de 1815.

Cette année-là, la Chambre des députés se remplit d’absolutistes, qui remportent 350 sièges sur 400. Mais le roi ne souhaitait pas une victoire si large des ultras. En effet, une telle chambre si peu représentative du peuple constitue un danger pour le pouvoir. Si les Français ne s’en accommodent pas, ils se soulèveront à nouveau, ce que le roi sait pertinemment.

Une monarchie de plus en plus dure

Malgré la bonne volonté du roi d’aller dans le sens de l’Histoire, son Parlement n’en fait qu’à sa tête. Les absolutistes « légalisent » la Terreur blanche dès 1816. En effet, ils prennent des mesures pour pouvoir condamner ceux qui voulaient la tête du roi en 1793, mais aussi les partisans de Napoléon pendant les Cent-Jours. Louis XVIII voit ainsi son rêve de stabilité s’écrouler.

Louis XVIII meurt en 1824, en ayant essayé tout au long de son règne de construire un modèle plus libéral qu’absolutiste. La Restauration aura jeté les bases du système parlementaire futur. Sa manière de gouverner rappelle celle du roi anglais de la même époque : un roi et un gouvernement, deux chambres dont l’une héréditaire et l’autre élue. Le frère de Louis XVIII, Charles X, plus proche des ultra-royalistes que des modérés, précipitera ce système vers une nouvelle révolution. Celle-ci fera monter sur le trône Louis-Philippe d’Orléans, qui continuera pour partie le travail de libéralisation entamé en 1814.

 

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