« Hamnet » (2026) : la catharsis d’une œuvre [critique]

« Hamnet » (2026) : la catharsis d'une œuvre [critique]

En ce début d’année 2026, Chloé Zhao est de retour sur nos écrans avec sa dernière réalisation Hamnet. Ce film, prenant place durant la jeunesse de l’aspirant Shakespeare, durant la création de sa pièce de théâtre Hamlet, choisit plutôt de se tourner vers sa famille et en particulier sa femme, Agnès. Ce choix audacieux permet-il au film de se démarquer de la forme habituelle prise par les films biographiques ? 

Une plongée au cœur du XVIème siècle

Chloé Zhao a toujours été réputée pour sa recherche de naturalisme dans sa réalisation. Cela s’est vu avec The Rider et Nomadland, en faisant jouer devant sa caméra des personnes qui correspondaient aux rôles qu’elle cherchait sans qu’ils soient acteurs pour autant. Cela a valu notamment aux Eternels, sa précédente réalisation, d’offrir un souffle bienvenu au sein d’un univers Marvel cadenassé par les tournages en studios.

Ici, les décors recherchent toujours cette authenticité par le biais de séquences nous plongeant dans les méandres de la forêt jouxtant la propriété où séjourne le jeune Shakespeare au début du long-métrage. On se retrouve ainsi immergé dans un autre monde, teinté de mysticisme et d’un semblant de magie noire tout en s’ancrant dans une réalité palpable.

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Cette frontière si ténue entre réalité et fiction est appuyée par une photographie offrant une lumière qui se veut la plus naturelle possible en minimisant l’utilisation de lumière artificielle. Ce sont les scènes se déroulant durant la nuit tombée qui en profitent le plus, avec une juxtaposition minutieuse des bougies permettant d’axer notre attention autour des points névralgiques de chaque scène en exacerbant les émotions des personnages et les non-dits.

Avec Hamnet, Chloé Zhao prouve encore une fois son talent de metteuse en scène, notamment avec sa dernière scène. Toutes les émotions disséminées le long du film ressortent durant ce final poignant avec en point d’orgue la reprise du morceau On The Nature of Daylight de Max Richter.

Même si thème culte du compositeur a été de nombreuses fois repris au fil des années, son utilisation ici renforce l’émotion qui en découle et qui nous empoigne jusqu’au générique. Néanmoins, tout cela ne marcherait pas sans la prestation silencieuse et touchante de Paul Mescal et surtout celle de Jessie Buckley, qui porte l’ensemble des thématiques du film sur ses épaules et qui dévoile tout son talent durant ce final.

Une question de point de vue 

Hamnet est un biopic à contre-courant des classiques du genre. Si on pouvait penser que l’on suivrait William Shakespeare durant l’entièreté du film, il n’en est rien. Toute la focale se fait autour de sa femme Agnès restée à la campagne au moment où il se rendait à Londres pour construire sa légende. Ce n’est pas pour autant qu’il est oublié par le scénario.

Shakespeare prend ainsi la forme d’une ombre au fur et à mesure du métrage, ce qui appuie la personnalité d’un homme meurtri par les évènements et qui s’efface petit-à-petit pour effectuer sa catharsis à travers l’écriture de sa future pièce Hamlet. Agnès devient donc naturellement le personnage principal en amenant tout d’abord un mysticisme bienvenu qui nous happe durant son introduction.

Cependant, cette vision du monde s’amenuise quelque peu une fois la première partie du film terminée pour se tourner vers ses enfants et les enjeux que cela produit. Cela fait perdre un semblant d’intérêt et entraîne indubitablement un ventre mou au sein de son intrigue par rapport à la proposition marquée de son introduction.

Toutefois, le tout est revigoré durant l’élément déclencheur majeur du long-métrage. A partir de là, le mysticisme reprend sa place légitime le temps d’une scène poignante où Jessie Buckley en profite pour montrer son talent d’actrice et pour justifier le choix de Chloé Zhao de se focaliser autour du personnage d’Agnès.

C’est par son biais que les émotions passent. Elle devient malgré elle le vecteur du silence et de l’éloignement de Shakespeare. Même si l’on pourrait douter de la véracité des évènements narrés par rapport à la réalité des faits, il n’empêche que le film choisit de s’inspirer des théories autour de la création de l’œuvre de Hamlet pour nourrir sa thématique du deuil et de la catharsis.

Et comme dit plus haut, c’est au cours de la première représentation théâtrale, la dernière scène du film, que tout ce qui a été mis en place finit par aboutir à une conclusion pleine de sens. Elle réunit ainsi tous les remords et le silence face au deuil des protagonistes pour qu’ils puissent s’en libérer.

Hamnet est une œuvre qui ne cherche pas à faire plus qu’il n’en faut pour nous toucher. En prenant le risque d’axer son récit du côté de la famille du metteur en scène durant la création de Hamlet, le film renforce sa thématique du deuil et de la catharsis. Elle offre ainsi une proposition qui aboutit à un final qui n’a besoin que de peu de mots pour nous transporter et nous émouvoir.

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Bande-annonce officielle de Hamnet – Date de sortie : 21 janvier 2026

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