Pourquoi « Nomadland » peine à faire l’unanimité ?

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En salles françaises depuis le 9 juin 2021, Nomadland a aujourd’hui reçu un total de 34 trophées. Le film de Chloé Zhao lui a permis de devenir la deuxième femme obtenant le prix de la meilleure réalisatrice. De surcroît, ils s’agit de la première femme de couleur à le gagner. Un film qui tient donc d’ores et déjà une place historique dans le monde cinématographique.

La particularité du film réside également dans le choix de ses acteurs. En effet, la majorité d’entre eux ne jouent pas un rôle. Ils mettent en scène leur réelle vie quotidienne. Un élan d’authenticité qui permet à Nomadland de se démarquer sur le devant de la scène actuelle, pour le meilleur et pour le pire.

Synopsis

Le long-métrage commence après que la crise économique ait détruite une partie du Nevada. Beaucoup d’habitants y ont perdu travail et maison. La chute des entreprises ayant dû mettre la clé sous la porte a emporté avec elle ce qui constituait la région. Ainsi, même les codes postaux ont disparu. C’est dans ce contexte que l’on fait la connaissance de Fern, une sexagénaire devenue précaire à la suite de ces événements. Solitaire depuis la mort de son mari et sans emploi fixe, elle se retrouve au pied du mur, contrainte de faire certains choix de vie. C’est ainsi qu’elle rejoint le monde itinérant, en partant vivre à bord d’un utilitaire aménagé. D’abord seule, elle finit par se lier d’amitié avec d’autres nomades et découvrir une société en marge et jusqu’alors méconnue. Chacun avec ses fêlures et ses problématiques personnelles, ils apprennent ensemble à faire face à leurs chagrins.

Débute alors pour Fern la découverte de l’Amérique de l’Ouest, mêlant paysages et rencontres. Un nouveau départ loin de sa vie passée mais tout aussi enrichissant. De quoi offrir aux spectateurs un vrai voyage visuel mais aussi et surtout spirituel. Pour autant, il faut s’accrocher pour aller jusqu’au bout de ce long-métrage nonchalant.

Nomadland : ses origines économiques

Ce film est inspiré du livre de Jessica Bruder « Surviving America in the Twenty-First Century« , paru en 2017. Plus spécifiquement, Nomadland aborde les conséquences de la crise des Subprimes de 2008, dont le “van-dwelling” (nomadisation de la population).

Jessica Bruder est non seulement l’auteure de Nomadland mais est surtout journaliste, ce qui donne un caractère spécial à son livre. C’est donc là une véritable enquête de terrain. Pour l’écrire, elle a parcouru l’Amérique à la rencontre de ceux qui ont subi frontalement la crise, au point de se retrouver sans rien. À la lecture de celui-ci, on comprend que ces gens ont perdu tout espoir de vivre de nouveau normalement un jour. Leur seul objectif à l’horizon étant de survivre jusqu’au lendemain.

Tout a commencé ainsi. Petit à petit, individuellement, des gens se sont retrouvés à la rue, ou, pour les plus chanceux, à vivre dans leur voiture. En tentant de s’en sortir, ces individualités sont devenues une unité. Un groupe. Une société à part entière. C’est en somme le sujet du film de Chloé Zhao. La réalité concernant la vie de nombreux américains après la crise mondiale. Commence alors la démystification du rêve américain.

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Nomadisation de Fern.

Nomadland, un documentaire ennuyeux

En souhaitant traiter des sujets économiques et sociétaux, le film en devient (trop) un documentaire. Cela implique un synopsis vide de tout suspense et rebondissement. Bien qu’au premier abord, les thèmes abordés sont intéressants, on finit par s’y ennuyer, attendant quelque chose qui n’arrivera finalement jamais. L’authenticité avec laquelle est filmée Nomadland nous perd alors peu à peu. La fragilité des protagonistes les rend attachants et c’est ce qui maintient notre attention. Cependant, le rythme lent nous accable petit à petit.

Cette linéarité met à mal le charme dont aurait pu jouir Nomadland. En effet, à la lecture du synopsis on s’attend à voyager et par conséquent, à vivre des événements riches. Or, les seuls événements qui régissent le film sont les rencontres de Fern. Rien d’époustouflant donc, et la magie s’évapore au fil du visionnage. La monotonie rythme l’histoire du début à la fin au point d’en faire un long-métrage décevant.

Le vrai plus : Nomadland est une poésie subtile

Au-delà d’être une réflexion sur la vie, Nomadland est avant tout une réflexion sur la mort. En effet, en superficie, on suit Fern dans sa reconstruction au fil de son errance. Cependant, avec du recul, on réalise que le fond du film est finalement concentré sur le deuil et la fin de vie. Une problématique abordée plus ou moins subtilement qui la rend poétique. Plusieurs éléments rendent néanmoins ce thème évident : la mort de Bo, celle du fils de Bob, celle de Swankie… De plus, chacune symbolise un décès différent. Le premier a succombé à un cancer, le second s’est suicidé et la troisième a préféré mettre fin à ses jours avant que la maladie ne l’emporte… La mort est donc évoquée sous plusieurs angles.

En revanche, quelles que soient les circonstances de la disparition, le voyage reste la solution, l’exutoire par excellence. Il est avant tout la métaphore de la vie. Les rencontres qui viennent et s’en vont, les aux-revoir et les adieux… Le cycle de l’existence est d’ailleurs bouclé lors d’une des scènes finales : la mort de Swankie qui s’accompagne de la naissance des oisillons qu’elle aimait tant. Cette scène est majestueusement le point culminant de cette réflexion. Swankie est la seule à envisager la mort avec paix et satisfaction. Peut-être est-ce finalement là, le but ultime à atteindre pour chacun des personnages. Peut-être est-ce aussi ce que le film a pour volonté de transmettre au public.

Si l’on considère que le voyage est bel et bien la métaphore de la vie, on se rend compte que le deuil se traduit par une interprétation non-définitive de la mort. Cela permet alors en effet d’appréhender la mort plus sereinement.

« I don’t ever say a final goodbye, I always just say « I’ll see you down the road ». And I do ». (« Je ne fais jamais d’adieu définitif, je dis toujours « On se recroisera sur la route ». Et c’est ce qui se passe ».) – Bob

« One of the things I love most about this life is that there’s no final goodbye ». (« Une des choses que j’aime le plus dans ce mode de vie, c’est l’absence d’adieu définitif ») – Bob

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Bob – Nomadland

 

Entre une forte volonté de pointer du doigt le capitalisme et une aspiration à philosopher sur notre condition humaine, le long-métrage virevolte entre satire et poésie. Quoi que l’on puisse penser de la forme, il est indéniable que Nomadland suscite la réaction. Un film à contre-courant des autres, qui malheureusement perd le spectateur dans un ennui certain, malgré une poésie déconcertante.

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Alyssa Vautier

Diplômée en communication & événementiel, la rédaction a toujours été ma passion première. Ma curiosité et mon amour pour les découvertes me permettent à ce jour d'écrire sur des sujets variés !
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