Elie Buzyn, l’un des derniers survivants de la Shoah, s’est éteint à l’âge de 93 ans

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Il a côtoyé la mort à de multiples reprises. Il était en enfer. Pourtant, il s’en est sorti. Elie Buzyn avait réussi à survivre à la Shoah et s’était promis de ne jamais en reparler. L’homme s’en est allé dans la matinée du 23 mai. 

Du paradis à l’enfer : le camp de Łódź

Polonais de naissance, Elie Buzyn n’a jamais oublié d’où il venait. Il n’aura eu de cesse de se rappeler les bons moments qu’il a passés en Pologne, avant que tout ne s’écroule autour de lui.

En septembre 1939, les Allemands occupent la charmante ville de Łódź. Sur 672 000 habitants, 233 000 sont de confession juive. La ville de Łódź, sous le joug allemand, est rattachée au Wartheland, la circonscription territoriale allemande constituée de territoires polonais annexés.

Le ghetto de Łódź se lève peu à peu. Les juifs sont alors rassemblés afin de faciliter les déportations à venir. Mais les Allemands estiment que les juifs n’obéissent pas assez vite. Ils décident donc de les punir à leur façon, la plus cruelle et barbare qu’il soit.

Dans la nuit du 7 mars 1940, les SS rassemblent un grand nombre de juifs dans une cour. Parmi eux se trouvaient Elie Buzin et sa famille, composée du couple parental et de trois enfants : Avram, le grand frère ; Tauba, la soeur cadette et Elie, le petit dernier. Ensuite, les Allemands décident de choisir trois juifs au hasard et de les exécuter, afin d’instaurer la peur dans les esprits. Parmi eux se trouvent Avram, le grand frère qu’Elie adulait par-dessus tout. Il s’éteignit, à l’âge de 22 ans, dans son propre sang.

Élie venait de perdre son grand frère, lui qu’il adorait plus que tout au monde. Il n’avait plus véritablement de raison de vivre, il savait que tôt ou tard, la mort, symbolisée par une arme allemande, viendrait le chercher.

Une promesse faite à sa mère : la clé de sa survie

Résolu à accepter son sort prochain, comme celui qu’avait connu son frère, Élie n’attend plus rien. Mais en 1942, sa mère, nommée Sarah, lui fait alors changer d’avis et de position.

Mère aimante, Sarah n’était pas religieuse. Néanmoins, elle respectait les différentes religions. Elle prêchait les principes de charité, ainsi que de partage. D’ailleurs, elle a longtemps milité pour le mouvement des femmes sionistes de la WIZO, une organisation qui œuvre pour la promotion des femmes dans la société juive.

Sarah est consciente de la douleur qu’éprouve son fils, mais elle est aussi consciente qu’elle ne survivra pas à cet enfer. Alors, elle place tout son espoir dans Elie. Elle souhaite que lui et sa sœur Tauba survivent quoi qu’il arrive. En 1942, elle aurait confié à Élie ces paroles, que rapporte Le Monde :

« Nous ne survivrons pas. Tu dois tout faire pour rester en vie, essayer de retrouver mes frères, à Paris, et raconter ce qui nous est arrivé. »

Ces paroles ont alors poussé Elie à croire en un futur meilleur. Un futur où il retrouverait la liberté. Les douces paroles prononcées par sa mère permettront à Elie de tenir le coup.

L’arrivée à Auschwitz : le moment où Elie perd ses repères

Pendant presque 5 longues années, Élie va travailler au sein du ghetto comme ouvrier dans le tissage, puis dans la sellerie. Mais en 1944, tout bascule.

On décide d’envoyer les juifs du ghetto de Łódź à Auschwitz, au sein du complexe de la mort. À peine arrivé, Elie est séparé de ses parents, puisque les nazis établissaient deux catégories : les jeunes pour travailler et les plus âgés à exterminer. Elie se retrouve donc seul, avec sa sœur. Il ne reverra jamais ses parents. Un déporté lui aurait même appris la triste vérité par le biais de cette phrase :

« Tes parents sont déjà dans la fumée que tu vois là-bas. »

Le jeune homme n’avait pas connaissance des moyens barbares des nazis pour exterminer les juifs. Il l’apprit par le biais de cette phrase.

Un an après ce drame, en 1945, Elie commence la « marche de la mort ». Voyant les forces russes approcher des camps d’extermination, les SS décidèrent de faire marcher les juifs en direction de Buchenwald, dans le froid glacial, jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Mais Elie, encore une fois, se remémorant la promesse faite à sa mère désormais disparue, ne flancha pas. Même s’il faillit perdre ses deux pieds à cause du froid, il continua de vivre.

Finalement, les Russes parviennent à libérer les prisonniers. Parmi eux, un jeune homme : Elie.

Elie avec des camarades, 1946 - Cultea
Elie avec des camarades, 1946 (source : Mémorial de la Shoah)

L’après-guerre : Elie tient la promesse faite à sa mère

Une fois la guerre terminée, le jeune homme décide de venir en France, au cours de l’année 1956. Lui qui aspire à devenir médecin doit avant tout passer le bac. Il le passe donc, à l’âge de 27 ans.

Il travaille d’arrache-pied pour devenir médecin. Elie finit par devenir chirurgien orthopédique. Sûrement souhaitait-il soulager les gens qui souffraient au niveau des pieds. Seul Elie pouvait comprendre leur douleur, car lui aussi n’a jamais cessé d’avoir mal aux pieds.

Il fonde par la suite une famille avec la femme qu’il a toujours aimée. Il donnera vie à trois enfants, dont Agnès Buzyn, ancienne ministre de la Santé.

Elie mena sa vie tranquillement en devenant marathonien, en s’occupant de sa famille. Mais jamais il n’a souhaité raconter ce qu’il avait vécu entre 1939 et 1945. Les douleurs étaient trop fortes, il ne souhaitait pas replonger dans cet enfer. Un enfer où il avait tout perdu.

Mais en 1993, son fils Gaël lui demande de l’emmener à Auschwitz pour pouvoir se recueillir. Elie, bien qu’encore marqué par l’histoire, accompagna alors son fils dans l’ancien complexe de la mort. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là qu’Elie commencera à raconter aux générations futures ce qu’il avait vécu lorsqu’il n’était encore qu’un adolescent. Ainsi fut tenue la promesse faite à sa mère.

De 1993 jusqu’au dernier jour de sa vie, Elie n’aura eu de cesse de raconter ce que lui et ses semblables ont vécu lors de la Seconde Guerre mondiale. Il répondait à toutes les questions, il ne cessait de témoigner dans les écoles. Il a même écrit un livre, paru en 2018, qui s’intitule J’avais 15 ans : vivre, survivre, revivre : le récit inspirant d’une vie après Auschwitz.

J'avais 15 ans, Elie Buzyn - Cultea
J’avais 15 ans, Elie Buzyn (Source : France Loisirs)

C’est un véritable rempart du devoir de mémoire qui s’est écroulé, mais ses paroles prononcées ont et sauront encore éclairer les jeunesses d’aujourd’hui et celles à venir.

 

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