En 2002, lors de son discours devant l’assemblée plénière du IVe Sommet de la Terre, Jacques Chirac a dit : “Notre maison brûle et nous regardons ailleurs.” Cette phrase semble toujours bien d’actualité. Et le ballet médiatique déresponsabilisant n’est pas de nature à nous rassurer quant à la possibilité d’une transition écologique digne de ce nom…
Canicule de juin 2026
La canicule qui a eu lieu du 22 au 28 juin 2026 a causé « au moins 2 025 décès supplémentaires » a annoncé ce vendredi 3 juillet Stéphanie Rist, la ministre de la Santé, sur TF1. Ce qui correspond à l’augmentation de 29,1% par rapport à la semaine précédente d’après l’agence de santé publique. Pire encore, les estimations montent à quasiment 6000 décès en excès en France durant la période de canicule du 17 juin au 2 juillet.
Lors d’un reportage publié par France 3 Normandie, Olivier Cantat, climatologue GIEC normand, explique concernant aux températures à Caen, qui étaient de 30,6°C en 1976 et 40,8°C en 2026 :
« On se rend compte que (19)76 était dans son époque une année exceptionnelle, mais replacée dans la destinée actuelle, ça paraît être comme une année classique. Et l’année 2026, elle, apparaît comme une année exceptionnelle. Mais peut-être que dans 20, 30 ou 40 ans, ça deviendra la normale du futur. »

Olivier Cantat développe en indiquant :
« La solution a déjà été décrite par le GIEC international, c’est l’instauration d’une économie bas-carbone […] Il faut absolument se libérer des énergies fossiles, mais on voit bien que ce n’est pas simple. »
Analyse de la désinformation climatique dans la télévision et la radio française en 2025
En 2025, selon l’OMÉ, Observatoire des Médias sur l’Écologie, il y a eu 665 cas de mésinformation sur 386 programmes distincts dans la télévision et la radio française. Durant cette année, Sud Radio comptait 2,07 cas par heure d’information sur ce sujet. Après analyse, l’OMÉ trouve ces tendances :
« Moins les médias traitent de climat, plus ils sont poreux à des stratégies de désinformation […] Les télévisions généralistes sont faiblement poreuses à la désinformation climatique et agissent plutôt comme des remparts. »

Analyse des locuteurs ayant prononcé les cas de mésinformation
On voit notamment ici, que dans les médias privés, les cas de mésinformation climatique proviennent bien plus des journalistes et des chroniqueurs que des médias publics.
Alors que cette canicule aurait pu faire réfléchir autour de ce sujet, les nombreux débats sur la climatisation polluent les temps de parole qui auraient réellement pu se pencher sur les causes, les conséquences et les éventuelles solutions durables face aux canicules à la place.

La classe politique en déni de responsabilité
L’un des éléments les plus contestables du récit politique et médiatique a été l’insistance sur le caractère « inédit » de l’événement. Inédit dans les relevés, oui. Mais imprévisible ? Certainement pas !
Nos modèles scientifiques nous ont permis d’anticiper avec une grande solidité scientifique l’augmentation à venir de la fréquence, de la durée et de l’intensité des vagues de chaleur. Le Haut Conseil pour le climat rappelle que le nombre de jours de vagues de chaleur observé en France métropolitaine au cours de la dernière décennie a été multiplié par six par rapport à la période 1961-1990. Le dérèglement climatique est une évidence connue depuis des décennies et dont on vous avait déjà tracé l’historique dans cet article.
Cela n’a pas empêché Emmanuel Macron d’essayer de s’abriter derrière l’exceptionnalité de la canicule. Le 25 juin, il a assuré que le « gros du travail » avait été accompli depuis 2017, tout en ajoutant qu’il serait impossible de s’adapter à un pic « sans équivalent dans notre histoire ». Sébastien Lecornu a, de son côté, dénoncé ceux qui se transformeraient en « inspecteurs des travaux finis » en affirmant que l’État n’aurait rien fait. L’argument est fragile. Le fait qu’un événement batte un record ne dispense pas de s’y préparer. Surtout quand on sait depuis aussi longtemps que cela allait arriver.

L’attitude d’Emmanuel Macron pendant la canicule a été particulièrement révélatrice. En affirmant que le « gros du travail » avait été fait, le président a déplacé le débat. Au lieu d’examiner concrètement l’état des écoles, des hôpitaux, des logements et des villes, il a invité les médias à comparer des bilans globaux et des déclarations d’intention. Hors, si on analyse le bilan écologique de la classe macroniste, celui-ci est indéniablement anémique.
Le Haut Conseil pour le climat juge d’ailleurs que les actions politiques françaises restent « nettement insuffisantes » face aux besoins d’atténuation et d’adaptation. Il souligne le sous-dimensionnement des financements, les retards accumulés et la nécessité urgente d’adapter les établissements scolaires, universitaires et les conditions de travail.
Ce qui aurait pu (et dû) être fait
Les solutions aux divers problèmes causés par la canicule n’ont rien de futuriste. Elles sont connues, documentées et souvent déjà expérimentées à petite échelle.
- Repenser les villes : les îlots de chaleur urbains sont connus depuis longtemps. Le béton, l’asphalte et les façades emmagasinent l’énergie durant la journée et la restituent la nuit, empêchant les organismes de récupérer. Le portail gouvernemental consacré à l’adaptation rappelle lui-même que les vagues de chaleur seront plus fréquentes, plus intenses, plus longues et plus précoces, et que les villes sont particulièrement vulnérables. Pourtant, quelles actions d’ampleur sont mises en place ?
- Rénover les logements en pensant aussi à l’été : pendant des années, la rénovation énergétique a été présentée essentiellement comme une politique hivernale : isoler pour réduire le chauffage. C’était nécessaire, mais incomplet. Un bâtiment rénové doit aussi être capable de ne pas accumuler la chaleur en été. Il fallait imposer plus tôt la prise en compte du confort d’été dans les rénovations : protections solaires extérieures, volets, ventilation traversante ou nocturne, isolation des toitures, matériaux limitant la surchauffe, végétation et réduction des surfaces minérales autour des immeubles…
- Transformer les écoles : la France compte environ 40 000 écoles, dont une grande partie a été construite sans véritable prise en compte du confort ni de la santé des élèves. Ainsi, les bacheliers ont particulièrement souffert en cet été 2026 et des écoles ont dû être fermée à cause des risques pour la santé. Une adaptation va s’avérer nécessaire, avec des moyens d’ampleur.
- Adapter réellement le travail : Il aura fallu attendre un décret de mai 2025 pour renforcer les obligations des employeurs pendant les épisodes de chaleur intense. Le texte prévoit notamment l’aménagement des horaires, l’adaptation des postes, la limitation de l’exposition au soleil, l’accès à l’eau et l’utilisation d’équipements appropriés. Mais le Code du travail ne fixe toujours pas une température générale au-delà de laquelle le travail devrait automatiquement être suspendu… Des progrès restent donc à faire.

Hypocrisie médiatique
Pendant des années, celles et ceux qui avertissaient que les vagues de chaleur allaient devenir plus précoces, plus longues et plus violentes ont été présentés comme des alarmistes ou des idéologues… Comme si la science et le réchauffement climatique étaient des avis sans fondement, pas plus valables que d’autres.
Puis, lorsque leurs avertissements se sont matérialisés sous la forme d’écoles fermées, d’hôpitaux surchauffés et de températures historiques, on s’est soudain demandé pourquoi personne n’avait rien prévu pour palier à ce problème sur ces mêmes plateaux.
Une partie des médias audiovisuels a contribué à construire l’écologie « politique » comme un sujet ridicule. Les propositions écologistes y ont souvent été isolées de leur raisonnement scientifique, puis soumises à des éditorialistes chargés de les commenter sous l’angle du « bon sens », comme si leur avis avait la moindre valeur.
Nous subissons depuis des années un climatoscepticisme banalisé à l’antenne. Une étude menée par Data for Good, QuotaClimat et Science Feedback a recensé 128 cas de désinformation climatique au cours du seul premier trimestre 2025 dans les programmes d’information de dix-huit grandes chaînes de télévision et stations de radio françaises. Cela représente près de dix séquences de désinformation par semaine. Sud Radio et CNews arrivent sans surprise largement en tête de ce classement de la honte.

Et aujourd’hui, ces mêmes médias osent s’insurger de ce qui aurait pu ou dû être fait alors qu’ils ont été vecteur d’une désinformation et mésinformation de masse durant des années.
La canicule de juin 2026 n’a pas seulement révélé l’impréparation des infrastructures. Elle a surtout révélé l’inaction des pouvoirs publics. Elle a révélé une impréparation médiatique crasse, doublée d’un négationnisme scientifique effarant. Beaucoup de rédactions savent couvrir une température record. Elles savent moins bien raconter les décennies de décisions politiques, économiques et éditoriales qui ont permis ce record meurtrier.
Article écrit en partenariat avec Robin Uzan
- Canicule. « Nous vivons aujourd’hui nos étés du futur » – France 3 Normandie
- Au moins « 2 025 décès supplémentaires » ont été recensés pendant la canicule du mois de juin, annonce la ministre de la Santé – Franceinfo
- Canicule de juin 2026 : les décès ont augmenté de presque 30 %, selon Santé publique France – Le Monde
- Désinformation climatique – OMÉ
- Canicule et droit du travail : que dit la loi ? – Le Monde
- Ecoles et chaleur : agir maintenant – Cerema
- Canicule : mais qui donc aurait bien pu prévoir ? – Arrêt sur Images
- Désinformation climatique – Data For Good


