« Batman Dark Patterns » : une affaire de continuité [critique]

Entre l’année 2025 et 2026, Urban Comics a publié avec un total de 4 tomes la mini-série Batman Dark Patterns. Se centrant sur quatre affaires liées intrinsèquement entre elles, cette histoire parvient-elle à se hisser à la hauteur des récits marquants du Chevalier Noir ?

Quatre histoires, quatre ambiances

Batman Dark Patterns offre une construction intriguante avec ses 12 numéros. Durant sa conception, le scénariste Dan Watters a décidé de diviser son récit en quatre parties avec une thématique sous-jacente qui lie l’ensemble de sa mini-série. En faisant cela, la mini-série en sort gagnante car chacun y trouvera son compte.

Que ce soit la traque d’un tueur, le huis clos ou encore la plongée dans les bas-fonds de Gotham, chaque affaire part sur une base différente. Ce format court peut être un avantage certain quand on constate les différents retours variés des lecteurs mais aussi un défaut.

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En effet, chaque récit est introduit et est conclu en l’espace de trois numéros, ce qui peut casser notre intérêt grandissant durant la lecture de chacune des affaires. Cela arrive souvent durant la conclusion qui accélère le rythme du récit et termine l’affaire en cours de manière abrupte. La frustration est d’autant plus grande quand on apprécie ce qui a été mis en place dans les deux premiers numéros.

Néanmoins, cette frustration est amoindrie grâce à la qualité artistique de Hayden Sherman. Il y a un travail intense qui se ressent essentiellement dans la structure des planches de Batman Dark Patterns. Le dessinateur immerge le lecteur au sein du récit et n’hésite pas à casser de nombreuses fois la tradition rectiligne des cases de bande-dessinée pour y apporter une courbure et des diagonales qui suivent l’action qui s’y passe.

Ses planches bougent et apportent un dynamisme constant. L’effet donné à l’œuvre colle ainsi parfaitement avec la manière dont est représenté le héros de Gotham ainsi qu’avec l’ambiance générale des quatre affaires qui composent ce Batman Dark Patterns.

Concernant l’édition française, on comprend la justification derrière la proposition de séparer chaque tome par une affaire. Néanmoins, le prix en retour reste très élevé pour une histoire de cet acabit. Pour les néophytes, mieux vaut attendre une version compilant l’ensemble des affaires, ce qui sera certainement plus abordable.

Retour aux premières années

La proposition principale concernant le traitement du Chevalier Noir réside dans ce retour en arrière par rapport à la continuité actuelle. Au lieu de suivre le super-héros en parallèle de ses aventures principales, le duo de créateurs décide de se replonger dans ses premières années d’activité.

En s’inspirant de la tenue qu’il portait dans Un Long Halloween, Batman Dark Patterns s’inscrit directement dans l’héritage de ce dernier et de Batman Année Un. Cela se ressent plus particulièrement dans sa manière d’interagir avec son majordome Alfred ou d’aborder les différentes affaires.

Il est bourru, parfois trop spontané dans ses réactions, d’où des erreurs qui auraient facilement pu être évitées, et extrêmement solitaire, enfin plus que le Batman d’aujourd’hui. Ce Batman se fond finalement très bien au sein de cette chronologie. Batman Dark Patterns propose ainsi un prolongement bienvenu des récits de Jeph Loeb et Tim Sale tout en offrant des points de vue intéressants.

On peut en dire de même du traitement de Gotham, ville poisseuse qui en oublie les êtres les plus opprimés en les laissant tout en bas de l’échelle sociale. C’est au sein de cette Gotham ensevelie par les gratte-ciels que la thématique principale de Batman Dark Patterns prend forme. Même si la conclusion finale tente de modeler tant bien que mal en un seul morceau tangible l’ensemble de ce thème, c’est finalement cette représentation qui nous marque.

La mini-série en profite également pour remettre en avant des personnages trop souvent mis de côté, à l’instar de Firefly et Scarface. C’est surtout ce dernier qui profite d’un traitement extrêmement bien ciselé et cohérent avec l’essence même du personnage par le biais de la deuxième affaire. C’est donc le retour de ces différents personnages et de ces thématiques qui font le sel de cette histoire inédite.

Batman Dark Patterns est peut-être le récit bonbon par excellence. Il nous permet de nous replonger dans une époque bien précise de l’histoire du Chevalier Noir et de retrouver des personnages et thématiques qui ont marqué les aventures du super-héros. La mini-série n’oublie pas d’y apporter sa propre touche, aussi bien scénaristiquement qu’artistiquement parlant, pour nous délivrer une histoire honnête et plaisante à suivre malgré sa structure parfois frustrante.

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