Les langues en voie d’extinction sont nombreuses et partout sur le globe, avec un total de 5000 langues en danger dans le monde. Aujourd’hui parlées par peu de locuteurs, ces formes linguistiques pourraient disparaître d’ici 2100. Et pourtant, on découvre chaque année une vingtaine de langues. Mais pourquoi sauver un langage, comment les découvre-t-on, comment les sauvegarder et quels sont les enjeux ?
Pourquoi sauver une langue ?
La préservation de ces langages peu parlées pourrait sembler à certains contre-productive. Surtout quand on cherche à rassembler les peuples sous un seul langage par exemple. Mais ce travail de sauvegarde détient une véritable valeur scientifique : comme la compréhension de « manières de penser » des peuples, livrant parfois des « indices vitaux » qui permettent de « percer les mystères de l’évolution humaine, de la neurologie et même de la science médicale ».
Par ailleurs, Mandana Seyfeddinipur, gérante des archives des langues en danger à l’Académie des sciences et des sciences humaines de Berlin-Brandebourg déclare :
« Chacune de ces langues est une expression de la créativité de l’esprit humain, souvent avec une sagesse dont nous n’avons vraiment aucune idée. »
Découvrir des langues
En 2018, la découverte du jedek, une langue du nord de la Malaisie, émouvait la presse. En effet, ce langage ignore des notions comme « voler », « acheter », « vendre » mais a un vocabulaire plus large pour décrire le « partage » et l' »échange ». Ces trouvailles ne sont pas si rares : près d’une vingtaine de langues sont découvertes chaque année.
Au XXème siècle, les méthodes de recensement commençaient par l’exploration d’une région méconnue, puis par le recueil du vocabulaire des locaux. Enfin, on compare les langues et on établit la cartographie linguistique de la région selon les similitudes observées. Ensuite, les chercheurs peuvent revenir approfondir le travail de recueil, notamment pour comprendre la grammaire et enregistrer le parler des locuteurs. Mais pour les langues en voie d’extinction, il faut d’abord retrouver les derniers locuteurs.
C’est l’histoire de Nelita Campos, qui vit à Ucayali au Pérou. Elle parle l’Iskonawa. Ce langage s’est effacée au cours des deux derniers siècles. Depuis une dizaine d’années, le linguiste Roberto Zariquiey de l’université d’Harvard travaille avec elle afin d’enregistrer et de répertorier cette langue. Les locuteurs sont le peuple Isakonawa, qui a disparu à force d’esclavage, notamment entre 1879 et 1912 lors de la Fiebre del caucho (la fièvre du caoutchouc). Seulement une vingtaine de personnes saurait parler ce langage aujourd’hui.

Sauvegarder les langues
Pour vraiment sauvegarder un langage, il s’agit de le transmettre et de l’utiliser. Pour cela, on peut encourager à apprendre les langues rares, aux enfants par le biais de l’école, ou bien d’application. C’est le cas pour l’Iskonawa. Mais on peut aussi proposer d’autres façons de mettre en valeur une forme linguistique : l’utiliser dans les médias ou dans la vie quotidienne et publique. Comme le métro à Toulouse qui annonce les stations en Occitan par exemple.
Cependant, des langues parfois « isolées » rendent la démarche d’apprentissage plus complexe. En effet, en Amazonie, parmi 300 langues parlées, de nombreuses se trouvent dans ce cas de figure. C’est-à-dire qu’elles ne se rapportent pas à d’autres langues. Le français peut facilement se rapporter à l’espagnol ou à l’italien qui sont des langues latines, mais pas à l’anglais et à l’allemand qui sont des langues germaniques.
Quels mystères restent-ils à percer ?
Derrière le processus de l’apprentissage d’un langage, réside celui de l’apprentissage d’une culture et de ses mécanismes. Par exemple, les aborigènes d’Australie ont un sens instinctif des points cardinaux, même dans une pièce sans fenêtre. Ce sens est encore difficile à transmettre. On peut également citer la connaissance de certaines espèces animales et végétales. Celles-ci inspirent et alimentent la médecine tout comme les nouvelles technologies, notamment en Amazonie où la biodiversité est dense et regorge de mystères à découvrir.
Par ailleurs, les pays qui possèdent un plurilinguisme important sont nombreux : le Mexique et la Chine compte chacun près de 300 langues, l’Inde 424, le Nigeria 520, l’Indonésie plus de 700, et la Papouasie Nouvelle-Guinée 839 langues.
Sauver les cultures locales, sauver l’environnement
En colonisant le monde, l’Europe a imposé sa manière de penser. Et ainsi en imposant ses modes de vie, ses langues, sa religion, elle a éliminé ceux des régions qu’elle annexait. Notamment avec la mise en place des états nations, qui se construisent souvent autour d’une seule langue officielle par le baiais de l’administration, l’école oules médias qui imposent cette forme linguistique.
On le sait, un langage sert à décrire, comprendre et appréhender l’environnement de celui qui la parle. Ce n’est pas pour rien qu’il y a des dizaines de façon de parler de la pluie en anglais. C’est pourquoi la sauvegarde de ces savoirs va de paire avec la sauvegarde de l’environnement. Pour savoir comment et quoi préserver, ce qui est important et ce qui peut être amélioré dans une région, il faut savoir communiquer avec elle.
Les langues disparaissent et apparaissent. Elles évoluent et grandissent avec nous, ce sont les témoins de nos cultures et de nos singularités. Alors, ne les laissons pas s’éteindre.


