« La bataille de Gaulle : J’écris ton nom » : finalement à la mesure de ses ambitions ? [critique]

« La bataille de Gaulle : J'écris ton nom » : finalement à la mesure de ses ambitions ? [critique]

À peine un mois après la sortie de L’âge de fer, la dernière partie du diptyque du réalisateur Antonin Baudry axée autour de la figure de Charles de Gaulle débarque au cinéma. La bataille de Gaulle : J’écris ton nom parvient-il à garder le cap ambitieux lancé par le premier volet ?

Un récit qui s’effrite

Dès les premières minutes de cette deuxième partie, on se replonge directement dans l’action laissée quelque peu en suspens par le film précédent. Ici, pas de résumé. Ce diptyque est vu comme un seul et même long-métrage, d’où cette fenêtre de sortie très proche entre L’âge de fer et J’écris ton nom. C’est ainsi, qu’après la bataille de Bir Hakeim, nous sommes plongés dans la campagne du Fezzan.

Entreprise par le général Leclerc sous la direction du général de Gaulle, cette conquête culmine à l’écran par la bataille de Ksar Ghilane. À l’instar de Bir Hakeim, ce combat acharné des Français libres face aux blindés allemands est également connu par ce déséquilibre certain entre les deux forces opposées et la résistance des Français face à un ennemi à la puissance écrasante de l’ennemi sur le papier.

la-bataille-de-gaulle : j'écris-ton-nom-leclerc

Cette transposition à l’écran, malgré une intensité plus importante par rapport à la bataille finale de L’âge de fer, souffre d’un manque de souffle certain pour nous faire vivre le conflit qui se passe à l’écran. Les moyens sont là pour un film français mais quelque chose manque pour nous investir réellement dans ce que l’on regarde. Ce n’est certainement pas le jeu de Niels Schneider dans le rôle du général Leclerc qui contrebalancera tout cela.

Englué dans une intensité parfois inappropriée lorgnant sur la caricature tout en mangeant de temps à autre ses répliques, il est dur de rester attentif à ce qu’il dit et de s’investir par la même occasion. Encore plus quand il est censé porter sur ses épaules la bataille à laquelle on assiste. On fait face à une sorte d’acte manqué.

Cette introduction endommage notre appréciation de cette deuxième partie mais heureusement, les qualités que l’on avait aperçues dans L’âge de fer réapparaissent petit-à-petit. Toutefois, quelque chose a changé. Cette volonté de raconter les évènements français majeurs durant la Seconde Guerre Mondiale se retourne contre son réalisateur.

Tout s’enchaîne sans temps mort, transformant le film en grille de bingo. Le sous-texte introduisant le lieu où se passe l’action de la scène en est un exemple révélateur. Il y est utilisé à son paroxysme et semble témoigner d’un manque de confiance dans la compréhension de son histoire.

Beaucoup de choses introduites dans la première partie sont ici développées, que ce soit la résistance, la force armée de la France libre ou encore la gestion américaine de ce mouvement en exil avec un général de Gaulle reliant l’ensemble. Toutefois, tous ces éléments narratifs semblent être survolés et certains sont approfondis au minimum. On pourrait citer par exemple la question autour des troupes de la France libre composées en grande partie de soldats enrôlés au sein des pays colonisés, ce qui peut amener toute une réflexion sur cet oubli flagrant dans les livres d’Histoire.

Le film prouve clairement qu’il n’a pas le temps de le faire. Même si tout cela est intéressant pour tout amateur de films historiques, il devient difficile d’y percevoir une note personnelle au sein de tout cet enchaînement.  

Dans l’ombre du général

Dans L’âge de fer, la toile principale était de suivre le général de Gaulle tentant contre vents et marées de reconstituer une France fière pour faire face à la trahison de son pays à ses propres valeurs. Il y avait donc une ligne claire, un fil conducteur et cela créait une forte attache émotionnelle.

Ici, changement de cap. Le général devient une figure majeure, une image vers laquelle son armée et la résistance veulent tendre. Cette transfiguration est une des idées les plus intéressantes du film mais nous détache ironiquement du personnage.

C’est là que l’on s’aperçoit à quel point le général nous avait tant marqué dans le précédent volet. C’est pour cela que les meilleures scènes de J’écris ton nom sont celles où on le retrouve face au général Giraud. Elles fonctionnent également grâce à la très bonne alchimie entre Simon Abkarian et Thierry Lhermitte. Cependant, en se détachant du général pour s’intéresser à la force qu’il transmet à ses alliés, cela permet d’approfondir les personnages secondaires de son récit.

Malgré l’incarnation mitigée de Niels Schneider dans le rôle du général Leclerc, d’autres s’en sortent bien avec en tête Félix Kysyl. Il dessine au fur et à mesure du film un portrait bienveillant et touchant de Jean Moulin, un homme qui se battra jusqu’au bout pour ses convictions.

Néanmoins, le rôle de Livia prouve rapidement ses limites. Ce personnage créé de toutes pièces pour représenter de manière allégorique la résistance sous l’occupation finit par devenir une coquille vide servant seulement de vecteur pour le récit que veut raconter Antonin Baudry et les personnages qu’il veut faire apparaître.

On notera également la mise en avant du rôle du président Roosevelt dans ce deuxième volet. Même si le trait est parfois un poil forcé, le président américain devient le représentant d’un autre fil conducteur que veut aborder le réalisateur et qui deviendra l’axe majeur de ce diptyque.

Une question d’identité

Tout le long de ces deux films, un thème majeur finit par ressurgir. La question d’appartenance à une idée, à une doctrine ou à un pays. C’est là où le diptyque frappe fort. Qu’est-ce qui caractérise tout cela ? Ce sont des hommes et des femmes convaincus que le monde dans lequel ils vivent s’engouffre vers un chemin qui va à l’encontre de tout ce qu’ils croient.

D’autres en profitent pour asseoir leur domination, à l’image des Etats-Unis dans J’écris ton nom. Cette vision que l’on voit rarement dans les productions de ces dernières années nous rappelle que les intentions de cet allié durant le dernier grand conflit mondial n’étaient pas forcément louables.

Tout cela fait grandement écho à ce qui se passe aujourd’hui dans un monde où la confiance se fait rare et les divisions plus fréquentes. Le message d’Antonin Baudry est clair. Dans ces moments de noirceur, il ne faut pas baisser les bras et il faut plutôt se battre pour ce que l’on croit. Tout cela fera ressurgir notre propre identité, trop souvent oubliée.

La bataille de Gaulle : J’écris ton nom possède un intérêt certain si l’on met de côté ses défauts. Malgré une introduction complexe et un déroulé qui s’embourbe dans ce qu’il veut raconter, le film d’Antonin Baudry possède un message qu’il parvient à faire passer. Il y arrive ainsi avec plus de bien que de mal et prouve par la même occasion qu’il a en son sein quelque chose qui manquait dans certaines grosses productions Pathé de ces dernières années : un cœur qui bat.

Restez à jour : découvrez toutes les vidéos de Cultea sur notre chaîne TikTok

Bande-annonce officielle de La bataille de Gaulle : J’écris ton nom

Related Posts

Laisser un commentaire