« Coutures » : une surabondance de tissus [critique]

« Coutures » : une surabondance de tissus [critique]

Alice Winocour, habituée aux portraits de femmes faisant face à l’adversité, s’intéresse cette fois-ci au monde de la mode en se focalisant sur la trajectoire de différentes figures de ce milieu exigeant avec Coutures. Arrive-t-elle à retrouver le même niveau de sensibilité qu’elle avait insufflée à ses précédentes réalisations ? 

Les rouages d’un monde

Alice Winocour avait marqué les esprits en 2019 avec la sortie de Proxima en prenant comme prisme la relation mère-fille. Cette sensibilité qui transparaissait au travers de cette relation s’était également retrouvée avec Revoir Paris en 2021. Au cœur d’un sujet beaucoup plus poignant mais également clivant avec comme toile de fond les attentats du Bataclan, la réalisatrice avait décidé de s’intéresser aux traumatismes que ce genre d’évènements pouvait provoquer plutôt que de retranscrire ce qui s’était passé.

En découlait un film puissant porté par une Virginie Efira investie et touchante. Une ligne directrice commençait donc à se dessiner autour de ses deux réalisations, le portrait de femmes se battant malgré les obstacles pour finir par s’en affranchir à force de volonté. En regardant de plus près sa dernière réalisation, Coutures, on y retrouve ce qui fait la singularité de son cinéma. Cependant, le niveau y est ici réhaussé.

Au lieu de s’intéresser à une seule figure féminine, le choix est fait de suivre le parcours de différentes figures du milieu. On suit donc le début de carrière d’une mannequin d’origine Sud-Soudanaise, d’une maquilleuse et surtout de la réalisatrice du clip ouvrant le prochain défilé de mode dans lequel prend place le récit. Ces trois protagonistes suivent ainsi une trajectoire qui les fera se croiser à quelques reprises. 

L’ambition est donc grande et peut-être démesurée avec Coutures en s’intéressant aux différentes couches qui forment ce monde fascinant mais malgré tout austère de la mode chic. Cet ensemble de tissus cherche ainsi à former un tout cohérent, mais n’arrive pas à totalement prendre.

Néanmoins, cette prise de risques fonctionne par moment et on ne se sent jamais totalement perdu pendant le visionnage. La réalisatrice arrive toujours habilement à faire la transition entre chaque personnage pour atteindre un final aux allures fantasmagoriques.

Cette pause dans le temps contemple ainsi ces différentes figures meurtries par la vie mais se battant envers et contre tout pour atteindre ce qu’elles souhaitent accomplir. Cette idée de mise en scène forte arrive à retranscrire d’une bien belle manière les tourments auxquels font face les trois protagonistes principales mais cela n’arrive pas à sauver un film qui a vu trop grand.

coutures-parade

A trop vouloir en faire…

La volonté de cette nouvelle production finit par devenir son plus grand handicap. L’idée de se focaliser autour des différentes facettes de cette industrie est louable mais ne tient finalement pas dans un film de 1h47. Le problème ne vient certainement pas des personnages, chacun apportant un arc intéressant à suivre si le tout était abouti.

Parce que l’on sent les sacrifices qui ont été imputés au sein de ce long-métrage. Ne parlons même pas du personnage joué par Garance Marillier, totalement survolé par rapport au reste du casting. Dans le rôle de la maquilleuse, Ella Rumpf fait ce qu’elle peut avec ce qu’on lui donne et arrive à tirer son épingle du jeu durant la rencontre poignante avec la réalisatrice. Dans le rôle de la mannequin en devenir, Anyier Anei offre une prestation teintée de douceur et de légèreté face à un monde prêt à l’engloutir et en devient la révélation du film.

On se rend compte que ces différents parcours sont au fur et à mesure mis de côté au profit de celui de la réalisatrice. La prestation d’Angelina Jolie est d’une remarquable justesse et a certainement dû être difficile à maintenir sur la longueur, vu à quel point ce rôle rejoint ce qu’elle a personnellement vécu. 

Elle en devient le cœur de Coutures mais même elle n’est pas épargnée par le montage. Parce que chaque rôle propose une histoire qui mérite mieux que ce que chacune des protagonistes offre finalement. Le film finit par s’auto-saborder et ne semble délivrer qu’une infime partie de son potentiel. Cela se regarde certes mais la déception en est grande une fois le visionnage terminé.

Coutures est une sortie de piste. En voulant trop proposer, le film finit par chanceler sur ses bases peu solides face à l’immensité de ce qu’il veut raconter. Le constat en est d’autant plus amer tant chaque parcours avait un potentiel certain. Finalement, ce constat est tout de même contrebalancé par la prestation des actrices, avec en tête une Angelina Jolie d’une sensibilité rare.   

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Bande-annonce officielle de Coutures

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