« Project Zero 2 » : Le Japon et ses fantômes reviennent hanter la Playstation 5

"Project Zero 2" : Le Japon et ses fantômes reviennent hanter la Playstation 5

Alors que les jeux vidéo d’horreur rivalisent sans cesse pour nous donner du fil à retordre à éclater des revenants et autres zombies infectés, à l’instar de Resident Evil, qui sort prochainement son nouvel opus, Requiem, revenons sur une licence qui a réussi à tirer ses marrons du feu. Son nom : Project Zero (ou Fatale Frame). Une licence où l’horreur humaine se conjugue au cinéma asiatique, et dont le deuxième volet revient en remake, pour nous hanter sur PlayStation 5, en reprenant son titre international : Fatal Frame 2 : Crimson Butterfly

Aux origines de l’horreur…

Fort du succès de Ring de Hideo Nakata en 1998, l’Asie a été mise en lumière par une nouvelle vision du cinéma d’angoisse et d’épouvante, qui allait changer la donne pour l’avenir de l’horreur au niveau international.

Les fantômes venus d’Asie n’en sont pas forcément leur coup d’essai. On se souviendra des Histoires de fantômes chinois de Ching Siu-Tung et Tsui Hark, où deux amoureux, un collecteur d’impôts étourdi et une princesse fantôme déjà promise, nous plongeaient dans le lyrisme et la poésie d’un amour impossible… Succès incontesté de 1987, le classique de Hong-Kong offrira à l’Asie une vue internationale sur son cinéma…

En 1998, c’est le Japon qui revient sur les traces de Mazaki Kobayashi (Kwaïdan – 1964), afin de nous faire entrer dans une nouvelle ère de terreur pure, sous fond de malaise technologique. Dans une métropole comme Tokyo, hautement réputée pour sa technologie qui se développe de plus en plus, il fallait bien qu’une VHS s’empare d’une malédiction mortelle. Qui regardait la cassette mourrait 7 jours plus tard. Tel est le postulat de Ring, qui posera un regard sombre sur l’aboutissement surnaturel de la technologie analogique, conjugué au shintoïsme et ses esprits malins.

Suivront Ring 2 et une autre saga, Ju-On (The Grudge) de Takeshi Shimizu. Les deux univers sont très rapidement emportés sur la scène internationale pour des remakes US (The Ring – Le cercle de Gore Verbinski, et The Grudge, remake du film de Shimizu revisité par lui-même). Le succès de la Japan Horror devient mondial.

Tecmo, célèbre production de jeux vidéo à succès, à qui on doit les jeux de combats Dead or alive ou bien encore la licence d’action beat’em all Ninja Gaiden, saute sur l’occasion pour lancer un projet cher à l’équipe : Project Zero.

Project Zero : ça fout la trouille… Y a pas photo !

Project Zero est probablement aujourd’hui l’œuvre d’horreur la plus intelligente, mais aussi la plus émouvante en qualité de narration et de style visuel.

Le joueur y incarne Miku, étudiante, qui va chercher son frère disparu dans un vieux manoir abandonné où se sont déroulés des rituels shintoïstes, ainsi que de nombreux meurtres inexpliqués… Charmant, n’est-ce pas ? Pour quelle raison le frère de Miku a-t-il disparu ? Un soir, elle décide d’aller enquêter et se retrouvera prise au piège dans un manoir au passé tragique. A peine entrée dans la demeure, elle devra se débrouiller et se battre contre des entités avec… un appareil photo !

Il existe un paradoxe intéressant entre Ring et Fatal Frame. Les deux œuvres renvoient à l’objet photographique et définissent l’image comme une source révélatrice, mais également de projection du passé, du non-dit et des morts qui habitent le temps présent… La mise en scène du jeu s’appuyant fortement sur la mise en scène du cinéma (il faut voir les plans de caméra utilisés pour renforcer l’angoisse), la menace peut surgir à n’importe quel instant…

La caméra épouse l’atmosphère adroitement et nous plonge dans une ambiance stressante de bout en bout, offrant des clins d’œil évidents aux films cités. De plus, un des points forts de Project Zero est de ne jamais laisser une pièce sure tout le temps… Une idée maline qui met les nerfs du joueur à rude épreuve. Si l’aventure de ce premier opus est convaincante, il reste aussi sur ses gardes en termes d’histoire. Il faudra attendre le second épisode, Crimson butterfly. 

Project Zero 2 : un jeu effrayant et émouvant

Cette fois, on repousse les limites de la narration héroïque standard afin de comprendre pourquoi Mayu et Mio, au détour d’une promenade en forêt, se retrouvent piégées non plus dans un manoir, mais dans un village entier. Très vite, l’angoisse s’installe : Mayu s’évanouit et se réveille seule, Mio a disparu. Elle part donc à la recherche de sa sœur et devra percer le mystère qui englobe cet endroit abandonné, mais une sensation de déjà-vu persiste chez l’héroïne…

Project Zero 2, meilleur opus de la série, est une véritable ode à l’amour entre sœurs. Attachante, l’héroïne devra, comme dans le premier épisode, combattre des fantômes à l’aide d’un appareil photo retrouvé dans une maison, arpenter ce village pour retrouver sa sœur et y découvrir les raisons de sa présence…

Prochainement sur Playstation 5, Fatal Frame 2 (PZ2, mais sous son nom international) nous offre une aventure lyrique, qui s’appuie autant sur la douceur des fantômes chinois que la terreur de Ring. Un univers fait de mystère, de douleur, de culpabilité, où l’héroïne, jeune adolescente fragile et rongée par un passé trouble, doit se dépasser pour affronter son déni…

Pourquoi Project Zero est génial ?

Il est aussi intéressant de comprendre Ring et Fatal Frame comme des médiums qui parlent d’eux-mêmes. Le premier habite l’objet filmique, le second occupe le monde vidéoludique. L’image devient un vecteur qui réfugie nos angoisses, où nous allons chercher des réponses afin de combler nos sensations fortes.

Dans sa thématique, cette licence renverse nos croyances populaires. En effet, dans la réalité, comme nous pouvons le voir actuellement avec l’abondance de contenus diffusés, l’image nous sert à l’information, à l’évasion ou au voyage. Les photos de Project Zero renvoient au passé, à ce(ux) que nous oublions… Les funestes destins qui s’abattent sur nos héroïnes les poussent à découvrir des destins sombres et tourmentés, rattachés au passé, puis à leur propre finitude.

Comme si elles révélaient une facette du monde dont nous ignorons l’existence, les photos de Miku et Mayu aident autant à combattre les esprits qu’à révéler les secrets de leur environnement. Ces jeux vidéo nous renvoient à nos peurs, à nos tourments et, finalement, à notre faiblesse humaine devant notre passé et notre mort inévitable.

Project Zero est une licence riche en sueurs froides qui habite l’entre-deux-mondes. A l’heure où les réseaux sociaux sont de plus en plus omniprésents et véhiculent des vies rêvées, Project Zero, au-delà de son plaisir vidéoludique, offre une belle réflexion sur le passé qui nous hante.

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