Miss. Tic : disparition d’une figure emblématique du street art parisien

Miss. Tic : disparition d'une figure emblématique du street art parisien - Cultea

Décédée des suites d’une longue maladie à 66 ans, Miss. Tic était une pionnière du street art parisien dont les pochoirs poétiques ont fait la notoriété.

Qui était Miss. Tic ?

De son vrai nom Radhia Novat, Miss. Tic est née le 20 mai 1956, fille d’un père immigré tunisien et d’une mère normande. Elle a grandi dans Montmartre avant de déménager à Orly, en 1964, dans la Cité des aviateurs. Miss. Tic deviendra orpheline à l’âge de seize ans à la suite de drames familiaux. Sa mère, son frère et sa grand-mère périssent dans un accident de voiture en 1966, tandis que son père meurt d’une crise cardiaque en 1972. Par ailleurs, l’accident de voiture aura fait d’elle une « gauchère obligée », lui laissant une main atrophiée.

Miss. Tic entreprend des études d’art après le secondaire. Elle fait des études d’arts appliqués et se tourne également vers le théâtre de rue, dans la compagnie Zéro de conduite. Après cela, elle choisit de s’installer en Californie au début des années 1980. Là-bas, elle y fréquentera le milieu punk. Puis, lorsqu’elle revient à Paris, elle se rapproche de collectifs qui peignent dans la rue, sur des pubs ou des palissades. Parmi eux, la bande des Frères Ripoulin et les VLP (Vive la peinture).

« Je venais du théâtre de rue, j’aimais cette idée de l’art dans la rue. »

Miss. Tic, lors d’une interview à l’AFP en 2011.

La plasticienne commence alors à imprimer son art, dès 1985. Elle l’expose sur les murs de son quartier d’enfance et ses alentours, à Montmartre, Ménilmontant, le Marais, Montorgueil et la Butte-aux-Cailles. C’est le début de ses célèbres pochoirs, accompagnés de phrases incisives et poétiques. Par ailleurs, son nom d’artiste – Miss. Tic – est directement inspiré d’une BD Picsou, dont le personnage de la sorcière railleuse, Miss Tick, est issu.

Les travaux de Miss. Tic

Des débuts épineux

Le street art n’a pas toujours été considéré comme de l’art. Ses tags étaient mal perçus et il faut noter que ses premières œuvres lui auront valu quelques démêlés avec la justice. Arrêtée en 1997 pour « détérioration d’un bien par inscription, signe ou dessin », la Cour d’Appel de Paris la condamne en janvier 2000 à une amende de 22 000 francs (3 350 €). Pourtant, cette arrestation aura attiré l’attention de certaines grandes marques sur l’artiste, comme Kenzo ou Louis Vuitton. C’est également pendant les années 2000 que l’art urbain commence à être reconnu.

Miss. Tic pchoir à Paris "Amy, mon amie aux succès damnés" - Cultea
Miss. Tic et son pochoir à Paris « Amy, mon amie aux succès damnés » (source : Flickr)

Ses pochoirs

Ses œuvres ont pour but de raconter sa vie et jouent sur les stéréotypes de la femme séductrice. Les plus connues sont ses fameux pochoirs de femmes aux cheveux noirs et longs, accompagnés de légendes poétiques et politiquement engagées, telles que : « à la vie, à l’amor » ; « je joue, oui » ; « les actes gratuits ont-ils un prix ? » ; « l’émoi passe » ; etc.

« Je me suis dit d’abord : je vais écrire des poèmes. Puis, il faut des images, avec les poèmes. J’ai commencé par des autoportraits, puis j’ai continué vers les autres femmes. »

Poursuit Miss. Tic.

Miss. Tic et son pochoir "je joue, oui" - Cultea
Miss. Tic et son pochoir « je joue, oui » (source : Flickr)

Ses longues silhouettes, ses héroïnes, lui ont été inspirées par un dépit amoureux et auront été exposées sur les murs de Paris, essentiellement. Son premier pochoir sera déposé sur un mur du 14ème arrondissement de la capitale avec la légende : « j’enfile l’art mur pour bombarder des mots cœurs ». Désormais, Miss. Tic est exposée dans des galeries et beaucoup s’intéressent à ses travaux.

Un travail enfin reconnu

Des galeries, en France comme à l’étranger, exposent son travail fréquemment. Des foires d’art contemporain l’invitent. Miss. Tic fait même son entrée dans la collection du Victoria and Albert Museum à Londres, en 2007. Son travail ne cesse d’être remarqué et les opportunités ne manquent pas de tomber. Cette même année, elle crée l’affiche du film La fille coupée en deux, commandée par Claude Chabrol. En 2011, des timbres à l’effigie de ses œuvres sont imprimés par la Poste, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes. Elle fera également partie d’autres projets, comme celui de designer la cinquième ligne de tramway du réseau de Montpellier.

Une carrière emblématique

Pour de nombreuses personnes, Miss. Tic est celle qui a ouvert la voie à de nombreux artistes, dans le street art. L’annonce de son décès s’est d’ailleurs faite avec émoi et plusieurs personnes ont décidé de prendre la parole à son propos.

« Ses pochoirs devenus iconiques, résolument féministes, continueront longtemps à poétiser nos rues. »

Rima Abdul Malak, nouvelle ministre de la Culture.

Christian Guéry, un autre artiste du street art français, s’est également exprimé sur Twitter, ému :

« Les murs du 13e ne seront plus jamais les mêmes. »

https://twitter.com/christianguemy/status/1528384470310592512?s=20&t=Y6eKoqiX4uGLTwwCKzCLJQ

Les hommages se multiplient, tandis qu’on la remercie pour tout le travail qu’elle aura fourni. De fait, elle a ouvert la porte d’un nouveau mouvement artistique, dont la descendance pourrait être comparée au mouvement des colleuses. Précurseur du féminisme dans l’art urbain, Miss. Tic quitte notre monde à 66 ans, mais aura laissé une trace indélébile dans le monde de l’art. 

 

Sources :

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