L’expressionnisme allemand : naissance et mort d’un mouvement

L’expressionnisme est un mouvement artistique qui débute par la peinture en 1905 et qui va se propager dans tous les arts. Celui-ci va durer jusqu’aux années 1930, où il se heurtera à l’émergence du nazisme qui le bannira.

L’expressionnisme allemand dans l’art pictural

L’expressionnisme est un terme utilisé en contre réaction à l’impressionnisme et au naturalisme. Il est avant tout une vision du monde. En substance, il n’est pas tant un genre artistique que l’expression d’une crise mondiale. Cette expression est à l’image de ce qui se vit dans l’Allemagne de cette période, où il y règne une atmosphère confuse d’espoir, de révolte, d’angoisse, de pessimisme et de violence.

Tout comme l’avaient esquissé certains artistes plus ou moins antérieurs comme Van Gogh, Gauguin, Munch ou encore Le Greco au XVIe siècle, le but est d’exprimer sa propre vision du monde par la subjectivité de l’artiste. L’artiste est au centre de son œuvre.

Deux groupes d’artistes vont caractériser l’expressionnisme Allemand :

  • Le Pont, groupe basé à Dresde et émergeant en 1905. Il définit l’expressionnisme comme l’immédiateté de l’expression intérieure par des dessins rapides, des couleurs pures et peu mélangées. Le mouvement s’émancipe de toutes les autres règles. Parmi les œuvres les plus importantes de ce groupe, on peut citer La tour rouge à Halle, peinte en 1915 et affichant des contrastes rouges et bleus ainsi que des perspectives exagérément déformées, les Danseuses aux Bougies d’Emil Nolde, dont le dessin peu travaillé et les couleurs vives rendent compte de l’immédiateté du trait, ou encore Femmes assises près de l’eau, peinte en 1920 et où l’on peut constater l’influence de Gauguin.
  • Le Cavalier bleu, à Munich et à partir de 1911, avec en figure principale du mouvement Vassily Kandinsky. Le groupe prône un art qui ne reconnaît « ni peuple, ni frontières mais la seule humanité« . Parmi les œuvres incontournables de ce mouvement, on peut citer les abstractions de Kandinsky (Improvisation IX, 1910), Le renard (1913) ou Le suicide, à l’aspect étrange et oppressant, peint en 1916.

Mais l’arrière plan de l’expressionnisme, c’est la guerre et son horreur. Son influence va irriguer le cinéma, un art encore récent. Plusieurs films importants du courant expressionniste feront date et marqueront de manière indélébile le septième art.

L'expressionnisme Allemand : naissance et mort d'un mouvement

Le courant expressionniste au cinéma

Le cabinet du docteur Caligari, film allemand d’horreur réalisé par Robert Wiene en 1920, est le premier film expressionniste. L’écriture du scénario est marquée par l’influence de certains évènements du réel et le film est entièrement tourné en studio.

Les décors sont peints et le tout se caractérise par certains éléments disproportionnés. Les rues et les fenêtres sont bouchées avec un jeu de lumières ayant une place centrale dans la mise en scène et la narration.

Le cabinet du docteur Caligari dévoile un univers très claustrophobique, sans horizon, aux lignes diagonales très prononcées qui sont tout à la fois dynamiques et déséquilibrées. Ainsi, lorsque le personnage de César ouvre les yeux, il porte un regard angoissé et terrifié sur le monde.

Ce pourrait être la vision du monde d’un fou mais il n’en est rien. Cette vision est le reflet de son intériorité. Le film aborde une multitude de thèmes comme le crime, la mort, la folie, l’hypnose ou encore l’emprise mentale.

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Nosferatu le vampire est un film de Friedrich Murnau sorti en 1922 et est rapidement vu comme une adaptation officieuse de Dracula. Le film est uniquement tourné en décors réels. Les décors extérieurs constituent des symboliques fortes du récit.

La montagne suscite l’angoisse et représente une prison, les torrents et la mer agitée représentent un danger latent. Quant au vent, il signale la présence invisible du vampire. L’utilisation des formes en ogives est inspirée de l’art gothique.

On peut également noter l’usage du négatif en montage pour suggérer l’entrée dans un monde inversé : celui des morts. Sensation renforcée avec la mise en scène du franchissement du pont, qui constitue une frontière fantastique. Très prosaïquement, le bien et le mal sont respectivement représentés par du blanc et du noir ou par l’ombre et la lumière.

Les thèmes abordés par Nosferatu le vampire sont nombreux. On y aborde la mort, la maladie, la fatalité ou encore la lutte du bien contre le mal. Bien que le film remporte un vif succès critique, il essuie un échec commercial à sa sortie. Cependant, il devient rapidement une matrice d’inspiration pour le cinéma fantastique, notamment avec quelques clichés comme la lumière qui tue le vampire ou la mise en garde des habitants ignorée par le héros.

Enfin, on peut également citer Metropolis de Fritz Lang sorti en 1927 comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre de ce mouvement. Néanmoins, le film sera un échec critique et public à sa sortie. Il aura toutefois une influence majeure sur le cinéma avec par exemple Blade Runner de Ridley Scott, Le cinquième élément de Luc Besson et bien d’autres.

L’expressionnisme se composa de trois mouvements : l’expressionnisme littéraire ou Frühexpressionismus, l‘expressionnisme de la Première Guerre mondiale jusqu’en 1925 et l’expressionnisme tardif qui disparaîtra sous le régime nazi. Malgré cette mise à l’ombre, le genre marquera indéniablement le monde du cinéma et est encore régulièrement cité aujourd’hui en tant que référence majeure du milieu.

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