« La Chute de la maison Usher » est une épopée horrifique [critique]

Le showrunner de talent Mike Flanagan revient pour une nouvelle collaboration avec Netflix : La Chute de la maison Usher. Dans cette adaptation du recueil de nouvelles d’Edgar Allan Poe Nouvelles Histoires Extraordinaires, il explore de nombreux thèmes aussi horribles que viscéraux. Critique sans spoilers !

Le monde de Mike Flanagan

Mike Flanagan est un adepte de la mini-série poignante. La Chute de la maison Usher est ainsi sa cinquième série Netflix. Sa première collaboration avec la plateforme remonte à 2018, avec The Haunting of Hill House, l’histoire d’une famille brisée et condamnée, liée à une maison qui renferme des secrets inexplicables. Le projet est un véritable succès. Il aborde déjà les sujets phares qui feront son succès : famille, liens étranges, dogmes et destin. Il revient deux ans plus tard avec The Haunting of Bly Manor, puis encore un an après avec le terrifiant Sermons de Minuit qui s’attaque aux mythes liés à la religion. En 2022, il tente de se lancer dans une série destinée à plus d’une saison avec l’adaptation du roman The Midnight Club. Mais elle convainc moins que les autres et est annulée après sa saison 1.

La famille de The Haunting of Hill House

Flanagan a la particularité d’être autonome dans son travail en écrivant et réalisant quasiment l’intégralité de ses projets tout seul. Il fait appel aux mêmes acteurs que l’on retrouve presque à chaque fois, dont sa talentueuse femme Kate Siegel. La Chute de la maison Usher est un projet qui lui tient particulièrement à cœur et dont ses fans ont entendu parler il y a déjà longtemps, excités à l’idée de le voir adapter du Edgar Allan Poe. On n’oubliera pas non plus son travail au cinéma, avec notamment la réalisation de Doctor Sleep en 2019.

La force du propos de La Chute de la maison Usher

La nouvelle série de Mike Flanagan suit une nouvelle famille dans ses mésaventures. La famille Usher, puissante héritière gangrénée de l’industrie pharmaceutique, voit ses enfants mourir les uns après les autres. Le patriarche, complètement désespéré, comprend rapidement que ces disparitions sont liées à son passé. Encore une famille au destin tragique dépeinte par le showrunner, à l’apogée de son génie créatif. 

La Chute de la maison Usher est une réécriture moderne de nouvelles d’Edgar Allan Poe qui s’imbriquent parfaitement ensemble. On retrouve les thèmes de prédilection de Flanagan dans ce portrait de famille morbide. Néanmoins, il navigue plus aisément qu’auparavant entre différents genres et tons. La série est ainsi un somptueux mélange de thriller psychologique et de fantastique, ponctuée d’instants horrifiques glaçants. Parfois même, on touche à la comédie, sans jamais qu’elle ne soit de trop. Cette famille est grotesque, mais elle est surtout maudite. La richesse l’a pourrie jusqu’à la moelle et ils mènent un train de vie futile offert par de l’argent sale. Par leurs portraits, on approche des thèmes plus religieux et prophétiques, comme les sept péchés capitaux ou bien les entités démoniaques. Une lecture de la corruption chez l’Homme certes, mais des portraits qui n’en sont pas moins complexes.

Un casting puissant

Chaque membre de la famille Usher oscille entre stéréotype et humain profondément blessé. Chaque personnage est perdu, malsain, et traîne un nombre incalculable de casseroles. Il est plus ou moins facile de les détester, entre junkie désespéré, médecin sans scrupule et jeune idiot accro à la débauche. Le patriarche Roderick est bien le plus complexe de tous, d’autant plus que c’est autour de lui qu’est centré le récit. L’acteur Bruce Greenwood lui donne vie avec beaucoup de justesse. Tout le casting offre des performances impressionnantes. On retrouve beaucoup d’acteurs de tous les âges, déjà vus dans les projets de Flanagan. Chacun convainc sans souci. Et on applaudit tout particulièrement Kate Siegel dans l’un de ses meilleurs rôles. Clin d’œil aussi à Mark Hamill qui surprend dans un rôle calme et glaçant, mais surtout à Carla Gugino qui élève la série à des sommets.

La meilleure réalisation de Flanagan ?

Plus le temps passe, plus le showrunner est rodé. Il garde les forces de son univers et en diminue les faiblesses. Son esthétique est léchée, son rythme beaucoup mieux géré que dans des productions comme Sermons de Minuit, et ses thèmes sont explorés avec justesse comme toujours. On pourrait lui reprocher quelques stéréotypes un peu forts chez ses personnages dans La Chute de la maison Usher, ou plutôt un certain manque de développement chez quelques-uns.

Néanmoins, l’aspect prophétique de la série lui donne un rythme qui lui convient parfaitement et qui séduit rapidement en tant que spectateur. La formule est simple et efficace, et c’est ce dont il manque parfois dans ses travaux. Il n’est pas toujours simple d’aborder de telles références bibliques, antiques ; un aspect philosophique et misanthrope qui cherche à fouiller les moindres recoins du sens de la vie. Si on ne fait pas face à la meilleure production de Flanagan, on fait bien face à la plus accessible. La construction narrative est très bien structurée et permet de vivre une véritable expérience émotionnelle. On la doit également à son travail du body horror et à ses séquences horrifiques en général remplies de références et de détails.

A travers ce portrait de famille pourrie de l’intérieur, on nous pose les questions de l’appât du gain, de ce qu’est la vraie réussite et de ce qu’elle peut coûter. Avec des références multiples, la série touche en plein cœur, quand elle ne choque ni ne fait sourire. Une vraie claque en pleine figure sur l’aspect humain et émotionnel.

La Chute de la maison Usher est disponible en intégralité depuis le 12 octobre 2023 sur Netflix. Toutefois, si vous espérez une saison 2, sachez que celle-ci ne verra pas le jour. Cela a été confirmé par un porte-parole de Netflix au Daily Express

La bande-annonce de La Chute de la maison Usher

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