« Euphoria » : d’iconique à anecdotique [critique]

"Euphoria" : d'iconique à anecdotique [critique]

La série pour adolescents qui a chamboulé la pop culture s’est achevée ce dimanche 31 mai 2026. Euphoria a laissé une empreinte indélébile dans l’imaginaire collectif, avec une esthétique et une atmosphère inoubliables, ainsi que des personnages fascinants. 7 ans après la diffusion de la première saison, la 3ème et dernière a monopolisé nos écrans ces deux derniers mois. Une saison qui s’éloigne totalement de ce qui faisait le charme de la série et qui a fait de nombreux sceptiques.

Nota Bene : cette critique contient des spoilers de la saison 3 d’Euphoria

Le phénomène Euphoria

En 2019, Euphoria débarque sur HBO. La chaîne est connue pour avoir produit parmi les plus grandes séries ayant jamais existé, comme Les Sopranos ou The Wire, en passant par Game of Thrones. Leur marque de fabrique c’est bien souvent la violence dans des univers variés. Une violence qui permet de rentrer dans la tête de personnages complexes et d’aborder des thèmes durs sans tabous.

Euphoria nous plonge dans un lycée qui n’échappe pas à la règle. Ça devient un véritable phénomène. Les vêtements, le maquillage, l’esthétique onirique, les larmes pailletées… On ne peut pas échapper à l’impact de la série. La bande originale signée Labrinth est tout aussi envoûtante. Au-delà de sa direction artistique, la série présente une génération de jeunes en proie au doute quant à l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et celle qu’ils renvoient.

On a un casting parfait d’acteurs émergents qui font, de nos jours, partie des grands noms d’Hollywood : Zendaya, Jacob Elordi, Sydney Sweeney, Hunter Schafer… Tous campent des personnages fascinants.

La saison 2 d’Euphoria sort en 2022 et prolonge l’engouement. On fait face à un produit générationnel qui semble ne jamais s’essouffler… Jusqu’à ce que la troisième saison se profile. Un immense retard, la mort tragique d’Angus Cloud qui jouait Fez, et les carrières à succès des acteurs qui compliquent leurs emplois du temps.

Le tournage de la série s’accompagne de nombreuses rumeurs depuis la saison 2. Rien n’a jamais été confirmé, mais beaucoup de membres de l’équipe partent et ça impacte directement la qualité de la série. Labrinth quitte son poste de compositeur et l’annonce dans un post assassin peu de temps avant la diffusion. C’est Hans Zimmer qui reprend le flambeau, mais on est loin de ses plus grandes œuvres… Et surtout, on est loin de l’essence de la série.

euphoria
Le post énigmatique et accusateur de Labrinth sur Instagram

La saison 3 est annoncée pour une diffusion du 12 avril au 31 mai 2026. Dès le trailer, on commence à douter. Des stripteaseuses, des cowboys, le désert, du sang… Et nos personnages au milieu de tout ça. Une esthétique complètement modifiée pour une ellipse de 5 ans. Plus la diffusion avance, plus le public est déçu et dégoûté : Euphoria est devenue une toute autre série, qui fait à peine sens. 

Une saison finale qui s’est écrasée en plein vol

Euphoria raconte le parcours de Rue et son retour à la vie normale après une overdose. Elle narre l’histoire, que ce soit la sienne ou celle de ses camarades de lycée. Ce n’est pas un long fleuve tranquille et c’est un portrait juste de l’addiction, de la manière dont elle détruit l’addict et ses proches. On suit deux années de lycée lors des deux premières saisons. On fait donc un bond dans le futur pour cette saison 3.

Rue doit de l’argent à une mania de la drogue suprémaciste et ça va l’amener vers des aventures absurdes. La série prend des faux airs de Tarantino très vite, comme si on reprenait les codes de son cinéma sans les comprendre. La violence et la nudité ne servent aucun propos ou alors c’est très superficiel et le fétichisme est très présent. On a toujours reproché à la série son rapport à la nudité, mais force est de constater qu’elle avait un vrai but narratif avant cette saison.

On rentre dans une espèce de guerre de gangs pas très bien ficelée au cœur d’un strip-club. On a des personnages intéressants comme Alamo et Bishop, des gangsters avec une personnalité propre et un sacré charisme, mais pas assez de développement. Le reste de la série est très centré sur le travail du sexe moderne. Jules est devenue une sugar baby qui se fait enrober de plastique par un riche chirurgien, Maddy manage des modèles OnlyFans et Cassie est une de ces modèles.

Chacune de ces filles avait un arc lié à sa sexualité assez important et intéressant. Cassie notamment, qui cherchait à se définir au-delà de ce qu’on voyait de son corps dans la saison 1, avant de plonger dans les pires travers de sa dépendance affective dans la saison 2. Elle est désormais prête à tout et endosse tous les costumes pour être connue : bébé, chien… Des choses malsaines qui provoquent le choc.

Le plus grand gâchis reste Nate Jacobs, qui était la représentation terrifiante d’un jeune en proie à la masculinité toxique. Une vraie bombe à retardement qui brutalisait tout le monde avec une cruauté extrême. Un jeune homme qui doutait également de sa sexualité mais qui restait dans un grand déni. Cette saison a fait de lui un homme dénué de toute violence qui doit de l’argent à des prêteurs sur gages douteux. Il a peu de scènes, mais elles consistent toutes à pleurer, supplier, se faire torturer. Il finit par mourir enterré vivant et mordu par un serpent… Rien que ça.

La mort de Rue

Nate Jacobs est l’un des plus grands gâchis de la télévision moderne. Un méchant de la vraie vie qu’on a décidé de punir au lieu d’aller au bout de son arc. Rue porte la saison malgré les aventures insensées que la série lui impose. Euphoria s’achève avec un épisode qui la voit mourir dans une, il faut l’admettre, très belle scène qui retrace son hallucination finale alors qu’elle fait une overdose. Une belle ode au personnage et à l’esprit originel de la série.

On achève le tout avec une sorte de Deus Ex Machina littéral quand tous les personnages trouvent Dieu après la mort de Rue. Toute la saison a tenté de faire du symbolisme religieux, mais ça sonnait faux. Et ça sonne tout aussi faux alors qu’on nous jette des archétypes bibliques mal retranscrits au visage. La pop culture est remplie de références religieuses, mais celles d’Euphoria sont grossières, comme une couche superficielle censée donner un sens divin à une narration qui n’en fait pas.

Euphoria restera un monument de la pop culture du début des années 2020, mais on verra sûrement toujours sa saison finale comme une erreur de parcours. On peut se souvenir avec nostalgie des grandes heures de la série, mais elles se sont finies il y a bien longtemps. On reste attachés aux personnages et on est satisfaits du destin de certains, tout en admettant qu’on a suivi cette histoire avant tout pour avoir une conclusion. La saison 3 est non dénuée d’intérêt mais grossière et incohérente.

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Le trailer de la saison 3 d’Euphoria

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